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Full text of "L'argent-métal, la hausse des cours de 1914 à 1920"

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L'ARGENT-MÉTAL 



LA HAUSSE DES COURS 



DE 1914 A 1920 



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André PAILHAS 

docteur en droit 
diplômé de l'école libre des sciences politiques 



L'ARGENT-MÉTAL 



LA HAUSSE DES COURS 



DE 1914 A 1920 




PARIS 



LIBRAIRIE GÉNÉRALE DE DROIT & DE JURISPRUDENCE 

Ancienne Librairie Chevalier-Marescq et C ie et ancienne Librairie F. Pichon réunies 

F. PICHON et DURAND-AUZIAS, administrateurs 

Librairie du Conseil d'Etat et de la Société de Législation comparée 

20, RUE SOUPFLOT (5 e ARR*) 

1922 



ERRATA 



Page 42, note 2, au lieu de E. Dollians, lire F. Dolléans. 

Page 62, au bas de col. 11, au lieu de — 785,5, lire — 285,5. 

Page 70, avant-dernière ligne, au lieu de le contrôle, lire le contrôleur. 

Page 78, ligne 12, au lieu de / sh. 4 pence, lire 1 sh. 5 pence. 

Page 83, tableau, col. 4 et 5, au lieu de la circulation brute, lire 
l'émission totale. 

Page 96, note 1, inclure les quatre dernières lignes dans les guille- 
mets. 

Page 127, ligne 6, au lieu de Honthly, lire Monthly. 

Page 149, ligne 10, au lieu de vendus, lire vendu. 

Page 171, ligne 18, au lieu de ce cours, , lire ce cours ; 

Page 171, ligne 19, au lieu de indien ; , indien,. 



INTRODUCTION 



Une étude, qui eût été publiée voici quarante ans sur la 
question de l'argent, se fut presque passée d'introduction : 
on ne songeait alors qu'à prendre parti pour ou contre la 
question du bimétallisme, et il n'était pas besoin d'exposer 
l'intérêt d'un sujet qui passionnait l'opinion. 

La situation est actuellement bien différente : dès avant 
la guerre, la politique du monométallisme-or avait triom- 
phé dans la plupart des Etats. Sans doute l'Extrême- 
Orient gardait une circulation d'argent, mais les projets 
ne manquaient pas qui tendaient à faire de l'or la base du 
système monétaire de ces pays. Même en Chine, et avant 
d'avoir doté cet Empire d'un système monétaire qui 
méritât vraiment ce nom, certains voulaient déjà intro- 
duire le principe du Gold Exchange Standard. Aussi bien 
cette institution, dont des chercheurs érudits font remon- 
ter Forigine au temps de Platon, avait-elle avant la guerre 
toutes les faveurs. 

Ainsi l'argent ne présentait plus que l'intérêt secondaire 
d'un métal propre, tout au plus, à servir à la frappe des 
monnaies divisionnaires. 

Et pourtant il n'est peut-être pas de produit qui ait 
ressenti aussi vivement les conséquences de la guerre. 
Dès avant 1915 et avant la hausse générale des prix, le 



2 LA. HAUSSE DU COURS DE l'àRGENT 

cours de l'argent s'éleva. Il devait atteindre en 1920 un 
taux qui, jamais encore, n'avait été enregistré. Le phéno- 
mène est d'autant plus surprenant que le cours de l'argent, 
après une longue période de baisse, était, malgré quelques 
variations violentes mais de faible amplitude, resté à un 
niveau très bas depuis le début du xx e siècle. 

Aussi paraît-il intéressant de rechercher les causes d'un 
mouvement de hausse dont les conséquences furent res- 
senties par tous les pays. On ne saurait, à notre avis, le 
faire sans examiner successivement les conditions de la 
production de l'argent, la nature et l'ampleur de la 
demande au cours de la guerre et l'influence de ces divers 
facteurs sur la fixation des cours, comme aussi la consé- 
quence de la venue sur le marché de certains stocks de 
métal blanc. Tel est, dans ses grandes lignes, le résumé 
de notre ouvrage. 

Nous souhaiterions que cette étude pût être de quelque 
utilité à qui voudra connaître une phase de l'histoire de 
l'argent, ou s'intéresser aux problèmes monétaires des 
pays de l'Extrême-Orient qui participent de plus en plus 
à la vie économique du monde. 

Février 1922. 



PREMIÈRE PARTIE 
LA PRODUCTION 



CHAPITRE PREMIER 
MINERAIS ET GISEMENTS D'ARGENT 

La majeure partie de l'argent extrait dans le monde 
n'est qu'un sous-produit du traitement d'un ou de plu- 
sieurs autres métaux. Relativement peu de mines sont 
exploitées exclusivement pour l'argent qu'elles renfer- 
ment, et le métal extrait de cette source ne forme qu'une 
faible proportion de la production mondiale de l'argent. Il 
se présente en effet dans la nature le plus souvent réuni 
à un ou plusieurs autres métaux. Les plus fréquentes de 
ces associations sont celles avec l'or, le cuivre, le plomb 
et le zinc. Ces cinq métaux ont une tendance à se trouver 
en commun et lorsque Ton découvre l'un, il est rare que 
le même gisement ne contienne aussi un ou plusieurs des 
quatre autres. Certes, on trouve aussi Fargent combiné 
avec 1 etain, notamment en Bolivie, ou bien avec le nickel 
et le cobalt comme dans la province d'Ontario (Canada), 
mais de tels cas sont exceptionnels tandis que la liaison 
avec For, le cuivre, le plomb ou le zinc est chose générale. 

Les possibilités de combinaison sont nombreuses, il en 



4 LA. HAUSSE DU COURS DE i/ARGENT 

est néanmoins que Ton rencontre plus fréquemment : 
ainsi l'or et l'argent se présentent presque invariablement 
ensemble, avec ou sans association de métaux communs, 
de même le plomb et le zinc se trouvent rarement l'un 
sans l'autre et les minerais de ce type, notamment ceux 
où le plomb prédomine, sont souvent riches en argent, car 
le plomb et l'argent ont l'un pour l'autre une particulière 
affinité. Il est rare de trouver des minerais de cuivre qui 
ne contiennent de l'or, ou même de l'argent et de l'or, en 
quantité plus ou moins grande. 

La production du métal blanc a ainsi des sources diver- 
ses et un départ entre elles est chose difficile, car seul le 
Service Géologique des Etats-Unis publie une pareille 
analyse. Voici cependant une évaluation approximative 
basée sur le chiffre de production de l'année 1912 et qui 
est due au Professeur G. Gullis : 

Pourcentages 
de la production 
Sources mondiale 

Minerais plomb, argent. 32 j Minerais fc base de métaux 

Minerais cuivre, argent 23 > 65 

_.. . .' D ... 1A { communs. 

Minerais complexes (1) . 10 ; 

Minerais or, argent . 15 ) ... . , ,. 

. ' ■ #-rt ftA 35 Minerais de métaux précieux. 

Minerais d argent (2). . 20 ) 

Ces proportions furent établies à une époque où les 
gisements de Gobait (Canada) étaient en plein rendement, 
elles devraient actuellement être modifiées, et la part de 
l'argent extrait des minerais à base de métaux communs 
portée à 75 0/0 au détriment de l'autre catégorie. 

1. Comprenant notamment des minerais de zinc-argent, plomb- 
zinc-argent, cuivre-or-argent. 

2. Argent natif, argent sulfuré, argent chloruré. 



MINERAIS ET GISEMENTS D ARGENT 5 

On rencontre des minerais d'argent sur presque toute 
la surface du globe, cependant les pays qui possèdent les 
gisements les plus riches et les plus abondants se trou- 
vent le long de l'épine dorsale montagneuse qui sous des 
noms divers traverse du nord au sud les deux Amériques. 
L'Australie et l'Espagne renferment des gisements impor- 

Tableau de la production mondiale de l'argent (en millions d'onces) 





Monde 
total 


Amérh 
Total 


jue d 

tn en 


u No 

'à § 

10 S- 


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.2 

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Eco 


o 

a, 
o 
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'35 
< 


.2* 

< 


1909 


207,2 


154,5 


54,7 


72,3 


27,5 


15,1 


2,2 


16 


13,8 


4,6 


1 


4910 


226,6 


167,9 


57,1 


78 


32,8 


17,1 


2 


17,4 


15,9 


5,3 


1 


1911 


229,0 


173,4 


60,3 


80,6 


32,5 


18,4 


1,2 


14,4 


15,6 


5 


1 


1912 


226,8 


170,2 


63,7 


74,6 


31,9 


17,3 


2,8 


13,9 


15,9 


5,5 


1,2 


1913 


224,4 


169,3 


66,8 


70,7 


31,8 


18,6 


2,1 


13,1 


15,2 


5,1 


1 


1914 


180,0 


128,3 


72,4 


27,5 


28,4 


14,7 


2,4 


12,9 


15,3 


5,4 


1 


1915 


182,8 


141 


74,9 


39,5 


26,6 


8,7 


2,9 


13,6 


10,1 


5,4 


1,1 


1916 


166,7 


122,6 


74,4 


22,8 


25,4 


9,9 


2,6 


15,5 


8,4 


6,5 


1,2 


4917 


173,7 


128,9 


71,7 


35 


22,2 


10,3 


2,3 


15,5 


8,4 


7,5 


1,1 


1918 


198,0 


151,3 


67,8 


62,2 


21,3 


10,3 


2,9 


14,7 


7,4 


10,2 


4,2 


1919 


174,0 


134,8 


56,6 


62,6 


15,6 


7,4 


2,8 


14,7 


4,8 


8,3 


4,2 


1920 


170,1 


134 


56,5 


64 


13,5 


3,5 


3 


15,5 


5 


8 


4,4 



Nota. — Ces chiffres sont extraits des U. S. Mint Reports sauf en ce 
qui concerne l'Australasie et le Mexique. Pour l'Australasie il nous a paru 
préférable de ciler les résultats publiés par les services des Mines des 
divers Etats de la Confédération. Pour le Mexique nos chiffres sont extraits 
des évaluations publiées dans le Commercial and Financial Chronicle 
(45 juillet 4924, p. 220) qui nous ont paru serrer de plus près la réalité. 



b LA HAUSSE DU COURS DE L ARGENT 

tants de plomb argentifère, et on trouve aussi au Japon 
dans la région de Kosaka des minerais cuivre-argent (1). 

En 1913 les Etats-Unis, le Mexique, le Canada et l'Aus- 
tralie ont produit 187,9 millions d'onces (2) soit près de 
84 0/0 de la production mondiale qui s'éleva cette année 
à 224,4 millions d'onces. 

Depuis cette époque, et malgré la hausse ininterrompue 
des cours, la production de l'argent dans le monde a 
décru d'une façon sensible. Cette diminution que l'on ren- 
contre dans les quatre Etats précédemment indiqués, eut 
dans chacun d'eux des causes particulières, mais toutes en 
définitive s'unirent pour déterminer un ralentissement 
dans l'extraction de ce métal précieux. 

1. Cf. amples développements au sujet des minerais et gisements 
d'argent dans L. de Launay, Traité de métallogénie. 

2. L'once Iroy pèse 34 gr. 1035. 



CHAPITRE II 

CANADA 

L'ÉPUISEMENT DES GISEMENTS DE COBALT 



Au cours des années qui ont précédé la guerre, le 
Canada joua un rôle important sur le marché de l'argent. 
Sa production qui en 1903 était de 3 millions d'onces avait, 
surtout à partir de l'année 1909, cru rapidement, elle attei- 
gnit près de 33 millions d'onces en 1910. Cette ascension 
si brusque fut suivie jusqu'à aujourd'hui d'un déclin pres- 
que aussi rapide : 12,7 millions d'onces seulement furent 
extraites du sol du Dominion en 1920 (1). Une analyse 

1. Tableau de la production d'argent dans les provinces de : 











l'Ontario 


la Colombie Britannique 






en onces 


en onces 


1903. . . 




17.777 


2.966.204 


1910. 








30.366.366 


2.407.887 


1913. 








28.411.261 


3.312.343 


1914. 








25.139.214 


3.159.897 


1915. 








22.748.609 


3.565.852 


1916. 








21.608.158 


3.392.872 


1917. 








19.301.835 


2.655 994 


1918. 








17.198.737 


3.921.336 


1919. 








11.934 179 


3.554.598 


1920 (chiffres provisoires) 


10.800.000 


2.700.000 


Statistique extraite des Annual Report 


of the Minister of Mines, 


Ottawa, et Annual 


Report of the Minister of Mines \ British Colum- 


bia. 













8 LA. HAUSSE DU COURS DE i/ ARGENT 

détaillée des sources de la production canadienne peut 
seule faire apparaître la cause de ces brusques varia- 
tions. 

Sur les 32.869.264 onces d'argent produites au Canada 
en 1910, 30.366.366 onces provenaient de la province 
d'Ontario, 2.407.887 de la Colombie Britannique et une 
centaine de milles onces environ des provinces de Québec 
et du Yukon. Les gisements de la province d'Ontario, 
dont la majeure partie se trouve dans le district de Cobalt, 
sont de découverte récente. Ils furent mis à jour acciden- 
tellement lors de la construction d'une ligne de chemin de 
fer de la Temiskaming and North Ontario Railway C° 
en 1903, et les premières expéditions de minerai argenti- 
fère commencèrent en 1904 pour prendre très rapidement 
un grand développement. Ces gisements qui comprennent 
un mélange intime d'argent, cobalt, cuivre, nickel et arsenic 
présentent, en général, dans leurs couches supérieures, 
des filons d'une richesse remarquable. La Nipissing Mine 
a extrait, notamment, en 1914, 929 tonnes de minerai d'une 
teneur moyenne de 2.439 onces à la tonne. Cette société 
minière est, il est vrai, une des plus favorisées du district, 
néanmoins des teneurs aussi élevées ne devaient point 
être considérées ici comme exceptionnelles. Des minerais 
aussi riches permettent l'extraction de l'argent avec un 
coût de production peu onéreux : le rapport de la même 
Société, pour l'année 1912, indique un prix de revient 
moyen de 17,39 cents par once, soit 28,14 0/0 du prix de 
vente. 

Cependant la brillante contribution que le district de 
Cobalt avait apportée à la production canadienne ne devait 
point se maintenir longtemps au niveau atteint en 1910. 
Ces gisements sont formés de fdons verticaux, d'environ 



LA PRODUCTION CANADIENNE *J 

60 mètres de profondeur, dont la teneur va en général 
en décroissant, à mesure que l'on s'enfonce plus profondé- 
ment dans la terre. Les géologues les présentent comme 
des sortes de racines de tout un système dont la partie 
supérieure aurait disparu au cours des siècles par suite de 
l'érosion et de l'action des agents atmosphériques. L'exploi- 
tation intensive dont ces minerais ont été l'objet dès 
leur découverte, a amené l'épuisement rapide des gise- 
ments, et tandis que 30 millions d'onces étaient extraites 
du district de Cobalt en 1910, ce chiffre était tombé à 
10,8 millions d'onces en 1920. Certes, il existe encore dans 
le district de Cobalt des mines qui, grâce à leur situation 
privilégiée, peuvent jouir, durant quelque temps encore, 
de l'exploitation de minerais très riches, néanmoins, pour 
la majorité d'entre elles, des frais de plus en plus élevés (1) 
de main-d'œuvre et d'outillage, s'appliquant à un minerai 
d'une teneur décroissante, ont été une charge très difficile à 
supporter. La chute de prix de l'argent au cours de l'année 



1. Voici, extraits de The Minerai Industry, 1918, page 262, les 
résultats de la Crown-Reserve Mining C°, qui fut l'une des compa- 
gnies minières les plus importantes du district de Cobalt : 







Prix de 


Prix de 






vente en 


revient en 






ceuts par 


cents par 




Production 


once 


once 


1911. 


3.430.902 


53,46 


10,67 


1912. 


2.714.766 


62,32 


14,02 


1913. 


1.766.678 


59,45 


23,02 


1914. 


1.425.320 


51,92 


28,95 


1915. 


657.395 


52,40 


45,01 


1916. 


274.470 


70,40 


69,30 


1917. 


329.670 


80,63 


55,60 



2. Cf. à ce sujet le chapitre consacré à l'argent dans The Minerai 
Indus try (annuel). 



10 LA HAUSSE DU COURS DE l' ARGENT 

1920 a amené ainsi la fermeture d'un certain nombre de 
mines canadiennes. 

Les progrès techniques, dans le traitement des minerais, 
peuvent permettre cependant de prolonger, dans une cer- 
taine mesure, l'activité du camp de Cobalt. Le développe- 
ment de l'application du procédé de concentration par 
flottement qui, avec un prix de revient réduit, permet une 
récupération plus complète du métal, peut avoir à cet 
égard une heureuse influence. 

L'histoire de la Colombie Britannique peut paraître 
monotone à côté de celle du district de Cobalt : sa produc- 
tion qui s'élevait à 3.312.343 onces en 1913 était de 
3.554.598 onces en 1919. L'argent extrait de cette province 
provient dans la proportion de 75 0/0 de minerais de 
plomb argentifère situés dans les districts de Kootenay 
Est et Kootenay Ouest, le solde de 25 0/0 est le sous- 
produit du traitement de cuivres argentifères des districts 
de Rossland, Frontière et Côte. 

Les faibles variations de la production de cette province 
ne rentrent que pour une part très restreinte dans le cadre 
général de la production canadienne qui est surtout 
influencé par le rendement de l'Ontario. Les événements 
de la dernière décade pourraient inviter au pessimisme 
les observateurs de la production de l'argent au Canada. 
Certes nous avons fait allusion à l'action des progrès tech- 
niques qui peuvent prolonger de quelques années l'acti- 
vité de la région de Cobalt, néanmoins ce n'est là qu'un 
facteur temporaire, on ne peut placer d'espoir de relève- 
ment que dans la découverte de nouveaux gisements. Il 
est à cet égard un nouvel élément, qui n'a eu que peu 
d'importance au cours de ces dernières années, mais qui 
pourrait être amené à prendre un grand développement. 



LA PRODUCTION CANADIENNE 11 

Récemment fut découvert dans les districts d'Alice Arm et 
de Bear River de la Colombie Britannique, un riche gisement 
de minerai or-argent et de minerai de cuivre et de plomb 
argentifères. En 1916, le professeur J. Turnbull, délégué 
par le Gouvernement canadien, en fit un examen détaillé 
et conclut dans son rapport (1) en faveur des belles pers- 
pectives de cette découverte. Des compagnies minières 
ont déjà commencé leur exploitation et la mine Dolly Var- 
den a produit 1.170.000 onces dans la période écoulée 
entre le 1 er septembre 1919 et le 30 septembre 1920. 

La prospection des régions encore vierges du centre et 
du nord canadien peut réserver bien des surprises et per- 
mettre, avec le développement du gisement récemment 
découvert, de redonner au Canada la place importante 
qu'il est en train de perdre rapidement. On ne doit point 
oublier en effet que si en 1910 près de 33 millions d'onces 
étaient extraites de ce pays, en 1903 ce chiffre n'était que 
de 3 millions d'onces ; un essor analogue peut naître de 
découvertes nouvelles. 

1. Cf. Annual Report of the Muùster of Mines, Ottawa, 1916. 



CHAPITRE III 



AUSTRALASIE 

LA GUERRE ET LES DIFFICULTÉS DE TRAITEMENT 
DES MINERAIS ARGENTIFÈRES 



De même que le Canada, l'Australasie a vu depuis 1914 
sa production d'argent décroître d'une façon importante 
et passer de 18,6 millions d'onces en 1913 à 7,4 millions 
d'onces environ en 1919. Cette évolution n'est point due 
cependant à un épuisement des gisements métalliques, 
mais bien plutôt à l'organisation toute spéciale dans ce 
pays de l'industrie de l'argent dont l'état de guerre para- 
lysa presque complètement l'activité. 

L'Australasie ne possède point de mines dont l'argent 
forme l'objet principal de l'exploitation, ce métal précieux 
n'est extrait ici que comme sous-produit de la métal- 
lurgie du plomb, du zinc et aussi du cuivre. Plus des 
trois quarts de la production du Dominion (1) proviennent 
de la région de Broken Hill dans la Nouvelle-Galles du 



1. Le reste de la production argentifère australienne provient des 
minerais or-argent de la Nouvelle-Zélande, ainsi que des galènes de 
Zeehan et des pyrites de Mount Lyell en Tasmanie. 



LA PRODUCTION DE l'aUSTRALASIE 13 

Sud (1). Ces gisements découverts en 1882 par M. Charles 
Rasp ne commencèrent à être exploités qu'à partir de 
1893. Ils présentent à l'analyse un mélange intime de 
blende et de galène argentifères. Au début les teneurs 
moyennes étaient de : 

Plomb : 25 0/0. Zinc : 25 0/0. Argent : 775 grammes 
par tonne. 

Depuis une quinzaine d'années le pourcentage en métaux 
utiles a diminué, il est descendu au-dessous de 16 0/0 
pour le zinc et pour le plomb, la teneur en argent tom- 
bant à 400 grammes environ. 

Le traitement de ces minerais présente dès le début un 
problème complexe. Les procédés de concentration alors 
en usage permettaient bien d'extraire la plus grande 
partie du plomb et une partie de l'argent, mais, parmi les 
boues résiduelles, se trouvaient à peu près tout le zinc et 
une fraction assez importante de l'argent. Les découvertes 
scientifiques des métallurgistes allemands, spécialisés 
d'ailleurs depuis plusieurs générations dans la distillation 

1. Tableau de l'argent extrait de la Nouvelle-Galles du Sud (en 

onces) : 

Argent contenu dans 
Argent traité en les concentrés Production 





Australie 


exportés 


totale 


1912. 


5.220.538 


8.293.711 


13.514.249 


1913. 


5.908.638 


8.596.251 


14.504.889 


1914. 


5.486 286 


7.879.240 


13.360.526 


1915. 


5.302.199 


1.710.058 


7.012.257 


1916. , 


6.382.518 


1.725.374 


8.107.892 


1917. 


7.562.286 


983.693 


8.545.979 


1918. 


8.724.018 


535.943 


9.239.961 


1919. 


5.886.947 


417.871 


8.304.818 



Chiffres extraits de YAnnual Report of the Department oj Mines. 
New South Wales, Sydney (annuel). 



14 LA HAUSSE DU COURS DE i/àRGENT 

du zinc, leur permirent d'élaborer des procédés de récu- 
pération payants, et, entre 1905 et 1910, ils purent passer 
d'importants contrats à longue échéance qui leur don- 
naient un quasi-monopole pour le traitement des concen- 
trés de zinc australiens. 

Pour diminuer les frais de transport dont le coût de 
production des métaux serait lourdement grevé, on fait 
subir, dans le voisinage de la mine, un premier traitement 
aux minerais bruts, afin de n'expédier à l'usine métallur- 
gique que des concentrés ayant une teneur' métallique 
beaucoup plus élevée. C'est ainsi que, parle traitement de 
minerais bruts et de boues résiduelles (1), les compa- 
gnies du district de Broken Hill arrivent à produire des 
concentrés plombeux d'une teneur moyenne de 65 0/0 de 
plomb et des concentrés de zinc titrant environ 45 0/0 de 
ce métal, qui tous deux contiennent de l'argent. 

Une grande partie des concentrés plombeux était avant 
la guerre traitée dans les fonderies de la Broken Hill Pro- 
prietary G Limited à Port Pirie (2) et aussi dans l'usine 
de la Sulphide Corporation à Cockle Creek près Newcastle, 
dans la Nouvelle-Galles du Sud. Le reste de la produc- 
tion — 1/3 environ — était en général vendu à des mai- 
sons allemandes. 

Pour les concentrés de zinc la situation était différente, 
la presque totalité en était, ainsi qu'il a été signalé plus 
haut, à la disposition des maisons allemandes qui en rétro- 
cédaient une partie à l'industrie belge. Les sociétés austra- 
liennes n'en traitaient qu'une très faible part : une ving- 
taine de milles tonnes étaient expédiées par la Sulphide 

4. Produits des traitements imparfaits de jadis qui encombraient 
les abords des mines. 
2. Port de la côte méridionale de l'Australie du Sud. 



LA. PRODUCTION DE ï/aUSTRALASIE 15 

Corporation aux usines de sa filiale — la Central Zinc C° — 
à Seaton Crew (Durham, Angleterre), et quelques mil- 
liers de tonnes étaient traitées à la fonderie de zinc que la 
Broken Hill Proprietary C° Limited avait annexée à titre 
d'expérience à son usine de Port Pirie. 

La métallurgie allemande était ainsi devenue le complé- 
ment nécessaire de l'industrie minière australienne ; en 
outre, grâce à l'activité d'entreprises spécialisées dans ce 
commerce, l'Allemagne était parvenue à avoir une 
influence prépondérante sur le marché des métaux pro- 
duits en Australie (1). 

La déclaration de guerre vint rompre brusquement le 
fonctionnement de cette organisation économique interna- 
tionale. L'envoi des concentrés en Allemagne fut sus- 
pendu et les compagnies minières australiennes virent 
ainsi s'accumuler chez elles des quantités de produits à 
demi-finis, qui, malgré les hauts prix du plomb et du zinc, 
ne pouvaient néanmoins être placés sur le marché. Aussi, 
un certain nombre d'entre elles furent bientôt amenées à 
cesser toute production, cependant que d'autres, par égard 
pour leur personnel, ne travaillaient que demi-temps. 

Devant cet événement imprévu, les compagnies miniè- 
res australiennes restèrent un long temps désemparées. 
Dès l'abord un problème juridique se posait : les compa- 
gnies allemandes arguaient par l'organe de leurs corres- 
pondants que la guerre n'était qu'une application du cas 
de force majeure prévu par les contrats, et que ceux-ci 



1. Les maisons Béer, Sondheimer et G de Francfort, Aron, Hirsch 
et fils d'Halberstadt et la Metallgesellschaft de Francfort, avaient créé 
en Australie de nombreuses succursales et filiales. Cette dernière 
Société, notamment, tenait sous sa dépendance l'Australian Métal G 
de Melbourne. 



16 LA HAUSSE DU COURS DE l'àRGENT 

n'étaient que suspendus dans leur exécution et non point 
annulés. Divers procès furent engagés, notamment celui 
de la Broken Hill Proprietary G contre l'Australian 
Métal G , ou celui de la Zinc Corporation contre Aron, 
Hirsch et fils, d'Halberstadt. Pour ce dernier notamment, 
une décision définitive ne fut obtenue devant la Cour 
d'appel de Londres que le 21 décembre 1915, et pour la 
Broken Hill Proprietary G ce n'est qu'un ordre du Board 
of Trade qui annula les contrats conclus entre 1910 
et 1912. 

A cette première cause de lenteur s'ajoutait encore l'in- 
certitude sur la durée de la guerre. La plupart des com- 
pagnies minières de Broken Hill n'étaient point très dési- 
reuses de créer une industrie métallurgique pour laquelle 
elles ne se sentaient point suffisamment préparées (2) ; 
elles craignaient de ne pouvoir lutter contre la concur- 
rence allemande après la guerre. En outre, l'établisse- 
ment de fonderies de zinc nécessitait l'immobilisation de 
très gros capitaux et demandait un temps assez long — 
1 ou 2 ans — pour leur construction. La question de la 
main-d'œuvre se posait, non seulement pour l'érection des 
usines, mais aussi pour leur fonctionnement, un grand 
nombre d'ouvriers spécialisés, pas plus qu'un état-major 
de techniciens, ne pouvant s'improviser (3). 

1. Cf. Rapport de MM. James et Farrie, inspecteurs des Mines du 
district de Broken Hill dans YAnnual Report oj the Department of 
Mines, New South Wales, pour l'année 1914. 

2. Cf. discours de M. F. -A. Govett, Président du Conseil d'Adminis- 
tration de la Zinc Corporation à l'Assemblée annuelle de cette Société 
tenue à Londres en juin 1915, reproduit dans Y Engineering and 
Mining Journal du 17 juillet 1915. 

3. On mit aussi en avant la situation géographique de l'Australie 
et son éloignement des grands marchés mondiaux qui auraient laissé, 
après la guerre, cette industrie dans une situation défavorable. 



LA PRODUCTION DE l'aUSTRALASIE 17 

Quelques compagnies minières purent faire quelques 
expéditions de concentrés aux Etats-Unis et au Japon, 
mais de réelles difficultés pour se procurer le fret dispo- 
nible ainsi que le régime de prohibition d'exportation des 
minerais établi par le Gouvernement australien vinrent 
arrêter ces courants commerciaux naissants. Dans un but 
politique le Gouvernement australien tenait à modifier la 
situation subordonnée de l'industrie minière nationale 
avant la guerre et à lui assurer son .autonomie. En juin 1915 
les usines de la Broken Hill Proprietary G , à Port Pirie, 
furent rachetées par une société nouvelle groupant toutes 
les compagnies minières de Broken Hill, à l'exception de 
la Sulphide Corporation (1). Le consortium, qui avait pris 
le nom de Broken Hill Associated Smelters Proprietary, 
devait s'occuper du traitement et de la vente des concen- 
trés de plomb pour une période de cinquante ans. Des pro- 
jets furent rapidement mis à exécution pour l'extension 
des usines de Port Pirie, de manière à permettre la pro- 
duction annuelle de 160.000 tonnes de plomb et de 6 mil- 
lions d'onces d'argent. 

Une association analogue, la Zinc Producers Associa- 
tion Proprietary Limited, fut fondée à Melbourne au 
début de 1916 pour grouper les producteurs de concen- 
trés de zinc et leur permettre le traitement ou la vente de 
leur produit. Cette association entra en rapport avec le 
Gouvernement britannique avec qui elle a conclu un 
contrat assurant à ce dernier « la livraison des stocks de 
« concentrés de zinc existant en Australie au 31 décembre 
« 1917 et la fourniture annuelle d'un tonnage déterminé 

i . Cette dernière possède sa propre fonderie à Gockle Greek (Nou- 
velle Galles du Sud). 

2 



18 LA. HAUSSE DU COURS DE l'àRGENT 

« de concentrés de zinc à partir du 1 er janvier 19J8. Les 
« livraisons pourront atteindre jusqu'à 250.000 tonnes 
« pendant la durée de la guerre et, Tannée qui suivra la 
« conclusion de la paix, elles pourront être portées à 
« 300.000 tonnes pendant les neuf années ultérieures » (1). 
Devant l'assurance de débouchés importants, tout un déve- 
loppement industriel put être entrepris pour le traitement 
des concentrés de zinc : l'usine de Port Pirie fut agrandie 
et l'on créa l'Amalgamated Zinc G , qui érigea en Tas- 
manie, à Risdon, une usine pour l'obtention du zinc par 
l'électrolyse. 

Des difficultés de main-d'œuvre n'ont point encore per- 
mis à ce gros effort industriel de donner son plein rende- 
ment, l'industrie minière australienne fut en effet, depuis 
1917, la victime de grèves diverses qui paralysèrent son 
activité ; la dernière et la plus importante commença en 
mai 1919 pour ne se terminer qu'en novembre 1920. 

Ainsi, depuis 1914, par suite d'abord de difficultés 
internationales, puis de ces troubles intérieurs, la produc- 
tion australienne d'argent a fortement décru. Il importait 
d'en souligner les causes pour faire apparaître leur carac- 
tère exceptionnel et combien, avec la paix à l'extérieur et 
le calme à l'intérieur, cette industrie peut retrouver sa 
prospérité d'an tan. 

1. Cf. Engineering and Mining Journal, n° du 43 août 1918. 



CHAPITRE IV 



MEXIQUE 

LA GUERRE CIVILE Y DÉTERMINE UNE CHUTE DE LA 
PRODUCTION DE L'ARGENT 



Le Mexique fut jadis le plus grand pays producteur 
d'argent, et l'exploitation de ses mines, dès le xvi e siècle, 
fut pour l'Espagne une source de profits énormes. Les 
gisements argentifères y sont d'une telle richesse et 
s'étendent sur de telles surfaces que, malgré une exploi- 
tation ininterrompue depuis au moins quatre siècles, ce 
pays occupait encore dans les années qui précédèrent la 
guerre de 1914, le premier rang parmi les pays produc- 
teurs d'argent. En 1911, plus de 80 millions d'onces d'ar- 
gent furent extraites de son sol, ce chiffre était de 75 mil- 
lions d'onces environ en 1912, soit 32 0/0 de la production 
mondiale durant cette année (1). 

Bien que les gisements argentifères se puissent trouver 
sur presque toute l'étendue du territoire mexicain, on les 
rencontre plus fréquemment sur les hauts plateaux situés 
sur l'arête montagneuse fortement minéralisée qui, du Nord 
au Sud, traverse tout le continent américain. C'est ainsi 
que les Etats de Sonora, Ghihuahua, Durango, Zacatecas, 
San Luis Potosi, Aguascalientes, Jalisco, Guanajuato, 

1. V. tableau de la production d'argent du Mexique, p. 5. 



20 LA. HAUSSE DU COURS DE L'ARGENT 

Hidalgo et Mexico sont les plus importants au point de 
vue de la production de l'argent. 

La plupart des types de minerais argentifères sont 
traités au Mexique, il est toutefois digne de remarque 
que ce pays est un de ceux qui extraient le plus d'argent, 
de minerais d'argent natif ou de minerai quartzeux 
or-argent. C'est d'ailleurs cette catégorie de minerais qui 
fournit jadis la plus grande partie de la production mexi- 
caine. On les trouve largement exploités dans les Etats 
d'Hidalgo (districts de Pachuca et Real del Monte), Gua- 
najuato, Zacatecas, Chihuahua et San Luis Potosi. En 
outre les minerais or-argent d'El Oro, aux confins des 
Etats de Mexico et de Michoacan, ont une renommée mon- 
diale (1). 

La production argentifère extraite de minerais à base 
de métaux communs tels que le plomb ou le cuivre tend 
à avoir au Mexique un rôle qui s'élargit de jour en jour. 
C'est surtout dans les Etats du Nord que ces gisements 
sont le plus activement exploités : mentionnons à titre 
d'exemple les plombs argentifères de Mapimi (Etat de 
Durango), Santa Eulalia (Etat de Chihuahua), Sierra 
Mojade (Etat de Cohahuila) et les fameux gisements de 
cuivre argentifère de Cananea, Nacozari et Moctezuma, 
dans l'Etat de Sonora. 

Les troubles politiques qui, à partir de 1912, ont à peu 
près désorganisé la vie économique du Mexique, ne pou- 
vaient manquer d'avoir une influence désastreuse sur la 
plus fructueuse des industries du pays ; de 80.050.000 
onces en 1911, la production tomba à 22.838.000 onces 



4. Il convient notamment de signaler les mines El Oro, Esperanza, 
Dos Esfrellas, dans le district d'El Oro. 



LA. PRODUCTION MEXICAINE 21 

en 1916. C'est seulement en 1919, avec un chiffre de 
62.682.000 onces, bien inférieur aux niveaux élevés des 
années qui précédèrent la révolution, que le Mexique 
arrive, grâce à la défaillance des Etats-Unis, à reprendre 
le premier rang parmi les Etats producteurs d'argent. A la 
suite du renversement du Gouvernement Madero, le pou- 
voir politique fut livré aux factions, et, jusque s il y a 
deux années, pas un chef ne put imposer son autorité 
sur l'ensemble du pays. A la faveur de cette confusion 
politique le brigandage devint un véritable fléau. Tour à 
tour pillées ou rançonnées par les divers partis qui guer- 
royaient dans les provinces, les exploitations minières, 
dont la plupart étaient possédées et dirigées par des 
étrangers, ne pouvaient avoir qu'une existence précaire. 
Tantôt marchant à programme réduit, tantôt complète- 
ment fermées, suivant les fluctuations des luttes dans 
l'Etat où elles se trouvaient situées, les diverses exploita- 
tions minières ne conservaient même parfois quelque acti- 
vité que pour éviter le pillage ou la destruction dont une 
exploitation fermée eût facilement été la victime. La 
main-d'œuvre était devenue rare et son rendement avait 
fortement baissé, cependant qu'il était devenu presque 
impossible de se procurer de l'étranger aucun matériel 
neuf ou même des pièces de rechange pour parer à 
l'usure de l'outillage en service. Le cyanure de sodium, 
qui joue un rôle très important dans le traitement des 
minerais argentifères, était devenu presque introuvable. 
Avant la guerre ce produit était importé d'Angleterre et 
d'Allemagne, et, tandis que les communications avec l'Al- 
lemagne étaient interceptées,, l'importation venant d'An- 
gleterre s'était considérablement réduite, la presque tota- 
lité de la production anglaise de ce sel étant réservée aux 



22 LÀ HA.USSE DU COURS DE LARGENT 

compagnies minières de l'Afrique du Sud et du Canada. 
De plus, les matières premières qui étaient jusqu'alors 
employées pour la fabrication du cyanure de sodium 
avaient été détournées en majeure partie vers la fabrica- 
tion des poudres. La désorganisation des transports par 
voie ferrée, tandis que les rails étaient enlevés en de nom- 
breux endroits, ou que les ouvrages d'art étaient dyna- 
mités, ne permettait même pas le transport à la côte des 
produits extraits ; de tels voyages étaient d'ailleurs rendus 
hasardeux du fait des bandes qui couraient la campagne. 
La production était ainsi devenue très onéreuse (1), d'au- 
tant que les divers gouvernements qui se succédèrent au 
pouvoir et dont les besoins financiers étaient grands, 
avaient imposé aux mines d'argent le maximum de taxes 
dont ils les pouvaient charger (2). Des difficultés législa- 
tives étaient venues compliquer encore l'exploitation 
minière. La Constitution de février 1917 enlevait aux étran- 
gers le droit de posséder des mines au Mexique, à moins 
qu'ils ne renoncent à la protection de leur gouvernement. 
Le 5 septembre 1917 était promulgué un décret sur la 

1. Voir ci-dessous le coût comparé de quelques matériaux néces- 
saires à l'exploitation des mines, extrait du rapport de PAmparo 
Mining C° (Etat de Jalisco) pour l'année 1917 : 

Prix en 1912 Prix en 1917 

en $ en $ 

Dynamite 9,90 par caisse 17,80 

Cyanure de sodium . . . 0,18 par livre 0,89 

Coke 20 par tonne 70,50 

2. M. R. T. Bayliss, Président de la Buena Tierra Mining C°, décla- 
rait à l'Assemblée générale de cette Société à Londres, le 18 septem- 
bre 1917, que la Société qui payait $ 5.869 de taxes en 1912, verrait 
pour une production analogue cette charge portée à $ 25.830 en 
1917. 



LA PRODUCTION MEXICAINE 23 

confiscation des mines non exploitées, cependant que, dans 
le but avoué de restaurer la circulation monétaire natio- 
nale, un décret du 27 septembre 1917, modifié le 22 mars 
1918, édictait l'obligation de réimporter en or une partie 
de la valeur de l'argent exporté. Il était cependant de 
Tintérêt de tout gouvernement mexicain de favoriser le 
développement des mines d'argent, qui, outre qu'elles sont 
une des principales richesses nationales, peuvent être 
aussi pour le budget une des plus importantes sources de 
revenu. Le gouvernement actuellement au pouvoir sem- 
ble orienter dans ce sens sa politique. Ainsi ce pays, si 
heureusement doué au point de vue des minerais argenti- 
fères, peut être amené à voir sa production d'argent aug- 
menter de jour en jour, revenir au chiffre de 80 millions 
d'onces et même le dépasser ; les techniciens fondent de 
grands espoirs sur lui. 



CHAPITRE V 

LES ETATS-UNIS 

DÉCROISSANCE DES QUANTITÉS PRODUITES MALGRÉ LA HAUSSE 
DES COURS. CONDITIONS LOCALES DE LA PRODUCTION DE 
L'ARGENT. 

GÉNÉRALISATION : APPLICATION A LA PRODUCTION MONDIALE. 

Ne le cédant avant la guerre qu'au Mexique, les Etats- 
Unis ont gardé de 1914 à 1918 la première place parmi 
les Etats producteurs d'argent (1). Avec la défaillance 
mexicaine leur rôle prépondérant s'est affirmé davantage 
et en 1916,44 0/0 de l'argent produit dans le monde 
étaient extraits du sol des Etats-Unis. Une part propor- 
tionnelle aussi grande comme la variété des minerais 
traités permettent, semble-t-il, de trouver dans l'étude de 
la production américaine les caractéristiques d'ordre 
général qui sont celles dans le monde de l'industrie extrac- 
tive de l'argent. 

La grande surface des Etats-Unis de l'Amérique du 
Nord qui s'étend sur plus de 57° de 'longitude et 23° de 
latitude offre à l'homme une grande variété de climats et 
de sols. Si les vastes plaines centrales permettent à l'agri- 
culture de se développer sur de larges espaces, les Mon- 
tagnes Rocheuses et les hauts plateaux qu'elles supportent 
jusques au Pacifique, présentent une zone fortement 

i'. Cf. tableau de la production de l'argent aux Etats-Unis, page 5. 



LA PRODUCTION DES ÉTATS-UNIS 25 

minéralisée. C'est là que se trouve concentrée la presque 
totalité de la production d'or et d'argent du pays. On ren- 
contre aux Etats-Unis la plupart des types de minerais 
argentifères : le Montana, l'Arizona, l'Alaska, l'Utah et 
la Californie renferment de grandes quantités de cuivre 
argentifère, la galène et la blende se trouvent dansl'Idaho, 
l'Utah, le Montana et le Colorado, tandis que des minerais 
or-argent et même de l'argent natif, existent en quantités 
importantes dans le Nevada et le Colorado. Si une nature 
de minerai prédomine dans un Etat déterminé, les diver- 
ses sortes coexistent en général, et, dans une même pro- 
priété minière, il n'est point rare que plusieurs sortes de 
minerais soient mises à jour. Cette variété constitue une 
difficulté importante dans la métallurgie de l'argent, en 
revanche elle tend à donner à la production des Etats- 
Unis une stabilité relative dont ne jouit point le Canada. 
La production d'argent des Etats-Unis n'a point connu de 
variations énormes comme celle de son voisin du nord : 
d'un chiffre de 55,2 millions d'onces en 1901 elle se déve- 
loppe jusqu'à un maximum de 74,9 millions d'onces en 
1915 puis, après avoir marqué un court temps d'arrêt en 
1916, elle décroît jusqu'à 56,6 millions d'onces en 1919. Il 
est remarquable de constater une diminution des quantités 
extraites durant ces dernières années, alors que le cours 
de l'argent s'élevait à un niveau jamais encore atteint. 
Ces deux mouvements divergents paraissent de prime 
abord contradictoires, et seule une étude détaillée de la 
production d'argent du pays peut donner une explication 
de cette anomalie apparente. 

Le Service Géologique des Etats-Unis publie à cet égard 
tous les ans des informations précieuses. Les Minerai 
Resources of the United States renferment notamment la 



26 



LA HAUSSE DU COURS DE L ARGENT 



décomposition des sources de la production d'argent du 
pays en trois catégories : minerais quartzeux (argent seul 
ou or-argent) minerais de cuivre argentifères et minerais 
plomb-argent. Cette dernière classe groupe en même 
temps les minerais de zinc et quelques minerais de fer. 



Analyse de la production d'argent des Etats-Unis (en onces) (1) 




ORIGINE 


Années 


Minerais quartzeux 


Minerais 
plomb-argent 


Minerais 
cuivre-argent 


1909 


20.779.970 


19.046.567 


17.486.160 


1910 


23.284.423 


18.287.743 


16.024.543 


1911 


25.375.833 


18.995.208 


16.736.799 


1912 


26.527.891 


20.985.651 


18.521.343 


1913 


28.134.614 


24.802.361 


18.250.253 


1914 


27.964.463 


26.828.958 


14.829.821 


1915 


25.864.473 


27.707.892 


18.781.365 


1916 


24.720.005 


29.526.292 


24.541.236 


1917 


22.169.268 


28.314.570 


20.235.543 


1918 


21.654.476 


25.935.229 


20.462.597 


1919 


19.144.529 


19.820.006 


13.002.722 



L'examen de ce tableau fait apparaître des différences 
dans la variation de chacun de ses trois éléments. 



1. Le total des trois rubriques donne une production annuelle qui 
diffère parfois légèrement de celle indiquée au tableau de la page 5. 
Cette évaluation est l'œuvre du Service Géologique seul, tandis que 
celle de la page 5 est le résultat d'un ajustement avec les chiffres 
obtenus par le Service de la Monnaie. 



LA. PRODUCTION DES ÉTATS-UNIS 27 

La quantité d'argent extraite des minerais secs ou quart- 
zeux va croissant jusques en 1913 où elle atteint le chiffre 
de 28.134.614= onces puis elle décroit jusqu'à 19.144.529 
onces en 1919. Ces variations, aussi bien en hausse qu'en 
baisse, se produisent sans à-coup et d'un mouvement régu- 
lier, d'une façon apparemment indépendante du cours du 
métal. La chute des six dernières années a, en effet, une 
cause toute spéciale : 50 0/0 environ de la production 
argentifère extraite de ces minerais provient de l'Etat de 
Nevada qui à lui seul a fourni de ce chef en 1913 : 
15.251.904 onces d'argent, en 1919 sa contribution n'était 
plus que de 6.571.262 onces. Cette différence de 8,6 mil- 
lions d'onces couvre à peu près celle que nous avons vue 
plus haut pour l'ensemble du pays. La majeure partie de 
la production d'argent de l'Etat de Nevada provient du 
district de Tonopah dans le comté de Nye. Un examen 
détaillé des rapports annuels des sociétés minières du 
district fait apparaître un épuisement croissant du gise- 
ment. A la Tonopah Belmont G la teneur du minerai 
passe de 26,33 onces d'argent par tonne en 1913 à 
15,88 onces en 1917, à la Tonopah Mining G de 21 ,84 onces 
à 14,19 onces, il en est ainsi pour presque toutes les 
mines importantes du district, sauf pour la Jim Butler 
Mining C° qui, durant la même période, présente une 
amélioration de 23,75 onces à 25,20 onces d'argent par 
tonne. Au cours des mêmes années, le tonnage extrait des 
mines les plus importantes du district a diminué de 13 0/0, 
cependant que la teneur moyenne des minerais baissait 
de 35,7 0/0. On pourrait certes penser qu'une hausse des 
cours de l'argent ait dû avoir quelque influence pour 
ralentir la chute de la production du district, dans le cas 
notamment où le prix de l'argent aurait crû plus rapide- 



28 LA. HAUSSE DU COURS DE i/ARGENT 

ment que son coût de production, un intéressant article (1) 
de M. J. A. Garpenter attaché à l'exploitation d'une des 
mines de la région montre qu'il n'en est point ainsi. Se 
basant, tant sur les chiffres publiés dans les rapports 
annuels des Sociétés minières, que sur des observations 
personnelles, il a établi que de 1913 à 1917 la hausse du 
coût de production dans le district de Tonopah fut à peu 
près égale à la hausse de l'argent, malgré des progrès très 
sensibles dans l'économie des matériaux et des produits 
divers nécessaires à l'exploitation de la mine. Il ne nous 
a pas été possible d'obtenir en France des renseignements 
suffisants pour mettre complètement à jour l'étude de 
M. Garpenter, néanmoins, devant la continuation du mou- 
vement de chute de la production de l'Etat de Nevada, 
nous sommes amenés à penser que l'appauvrissement du 
district de Tonopah n'a fait que s'accentuer (2). L'année 1919 
a paru cependant devoir être le début d'une ère de pros- 
périté nouvelle. L'annonce de découvertes de gisements 
miniers dans le district de Divide, provoqua une spécula- 
tion effrénée sur les terrains ainsi que la création de nom- 
breuses sociétés minières. Les résultats obtenus depuis 
cette époque, tout en confirmant l'intérêt réel de ces 
découvertes montre que le « boom » de 1919 était excessif 
et les espérances bien exagérées. Un nombre important 
de ces sociétés nouvelles est déjà entré en liquidation. 

1. Cette étude intitulée «L'Effet de la guerre sur les mines de 
Tonopah » a paru dans le numéro du 5 octobre 1918 de V Engineering 
and Mining Journal. 

2. La production d'or extraite des minerais siliceux du Nevada a 
marqué une chute parallèle à celle de l'argent et a passé de 558.813 
onces en 1913 à 220.473 onces en 1919. Les minerais siliceux du 
Nevada étant en général du type or-argent, la cause de ces deux phé- 
nomènes est identique. 



LA PRODUCTION DES ÉTATS-UNIS 29 

En présence de l'épuisement des gisements de minerai 
siliceux, la part de la production d'argent des Etats-Unis 
extraite de minerais à base de métaux communs paraît de 
jour en jour devoir prendre plus d'importance. Si tout 
minerai argentifère ne contient point de cuivre, il est 
pratiquement vrai que tout minerai de cuivre contient 
plus ou moins d'argent (1). Parfois la proportion de métal 
commun est si faible que l'argent est extrait à titre prin- 
cipal, c'est le cas notamment de certains minerais or- 
argent-cuivre qui rentrent dans la catégorie de minerais 
quartzeux que nous venons d'étudier, mais la faible teneur 
en argent des minerais de cuivre qui fournissent la majo- 
rité de la production cuprifère des Etats-Unis ne laisse à 
l'argent qu'un rôle de sous-produit. Ce caractère est 
d'ailleurs bien mis en lumière dans les rapports publiés 
périodiquement par les sociétés qui exploitent ces mines 
de cuivre. Ces documents contiennent en général un tableau 
détaillé du coût de production du cuivre, dans lequel, 
après en avoir énuméré les divers éléments, on défalque 
les « sommes provenant de la récupération d'or et d'ar- 
gent ». Ce dernier chiffre est en général très faible : par 
exemple pour l'Utah Gopper C° (Bingham Canon, Utah) 
pour un prix de revient en 1915 de 7,50 cents par livre la 
déduction à effectuer du fait de la récupération d'or et 
d'argent n'était que de 0,62 cent par livre. Les rapports 
de la Nevada Consolidated Copper C° (Nevada) indiquent 
des résultats analogues. La quantité moyenne de métaux 
précieux contenue dans ces minerais est donc très faible, 
de 8.494.300 tonnes de minerai FUtah Copper C° a extrait 



1. Cf. tableau page 26, la production d'argent extraite de minerais 
cuivre-argent. 



30 LA HAUSSE DU COURS DE L* ARGENT 

en 1915 : 156.207.376 livres de cuivre, 413.912 onces 
d'argent et 36.760 onces d'or. Certes ces mines, ainsi que 
celles de la Nevada Consolidated Copper C°, appartiennent 
au groupe, dit porphyrique, d'une teneur en métaux pré- 
cieux très faible, et qui n'arrivent à produire d'impor- 
tantes quantités d'argent qu'à la suite du traitement d'un 
énorme tonnage de minerai ; néanmoins si la majorité des 
minerais de cuivre argentifères traités sont d'une teneur 
supérieure, le chiffre n'en est point très élevé. Dans le 
Montana où 10.521.219 onces d'argent furent extraites de 
ces minerais en 1918, la teneur moyenne était de 
1,64 onces par tonne. 

Bien qu'ils contiennent si peu de métal précieux les 
minerais cuivre-argent ont fourni en 1916 24.541.236 
onces, soit près du tiers de la production des Etats-Unis. 
Dans la mesure de ce chiffre important, on conçoit aisé- 
ment que la production de l'argent soit presque indépen- 
dante du cours de ce métal, dans tous ces cas en effet 
elle n'est qu'une exploitation accessoire à l'exploitation 
principale. Le prix de revient de l'argent n'est ainsi qu'un 
prix de revient fractionnel et ne doit strictement com- 
prendre que les frais de récupération proprement dit du 
métal précieux. Certes, dans quelques cas limite, le cours 
de l'argent peut rendre ou non payante l'exploitation du 
minerai, mais pour la plus grande partie de ces 24 mil- 
lions d'onces la production est fonction, non point du cours 
de l'argent, mais plutôt du marché du cuivre et de son 
influence sur la production de ce métal. Une comparaison 
des quantités de cuivre (1) et d'argent (extrait de minerais 



1. Production du cuivre aux Etats-Unis, chiffres extraits de Y Engi- 
neering and Mining Journal : 



LA PRODUCTION DES ÉTATS-UNIS 



31 



cuprifères) (1) produites aux Etats-Unis confirme d'ailleurs 
cette remarque. Après une chute en 1914, la production 
de cuivre croît en 1015, s'enfle sensiblement en 1916, 
reste presque au même niveau en 1917, décline en 1918 
puis subit une baisse importante en 1919. La production 
d'argent extraite de minerais de cuivre présente une évo- 
lution analogue, sauf durant l'année 1917 où elle marque 
une chute sensible alors que la production cuprifère se 
maintient à peu près au niveau de l'année précédente. Un 
rapide exposé de la production cuprifère aux Etats-Unis 
de 1914 à 1919 va nous donner l'explication de ces faits. 
Le début de la guerre avait fortement déprimé le mar- 
ché du cuivre, à la suite de l'incertitude née de ces cir- 
constances exceptionnelles, les usines américaines ne 
s'approvisionnaient plus qu'au jour le jour, quant à l'ex- 
portation vers l'Europe, qui jouait auparavant un rôle si 
important, elle fut complètement désorganisée. La cote 
du cuivre fut suspendue d'août à octobre, et lorsqu'elle fut 
reprise, les cours restèrent pendant plusieurs mois infé- 
rieurs à la moyenne du premier semestre. En présence de 
ces circonstances critiques les mines de cuivre avaient, 
durant le deuxième semestre, réduit sensiblement leur 
production. Cette politique se poursuivit pendant le pre- 



Livres 



1913. . 


1.225.735.834 


1914. . 


1.158.581.876 


1915. . 


4.423.698.160 


1916. . 


1.942.776.309 


1917. . 


1.922.555.903 


1918. . 


1.869.749.686 


1919. . 


1.209.614.818 


. Cf. tableau page 26. 





32 LA HAUSSE DU COURS DE L'ARGENT 

mier trimestre de 1915, mais, devant les premières démar- 
ches des Gouvernements alliés dont les besoins s'affir- 
maient, la production se développa vivement, pour atteindre 
son maximum au cours de l'année 1916. Ace moment, mines 
et usines travaillaient à plein rendement. En septembre 1916 
la France et l'Angleterre signèrent un énorme contrat 
d'achat de 200.000 tonnes [long tons) de cuivre qui devaient 
être livrées durant le premier semestre 1917. Il circulait 
le bruit que les trois quarts de la production du premier 
semestre 1917 était déjà vendue, les acheteurs se pres- 
saient, la hausse des cours était journalière et continue, 
tout fut mis en œuvre pour accroître la production des 
mines et usines. L'entrée des Etats-Unis en guerre au mois 
d'avril vint troubler cet essor. Au cours des mois de juil- 
let, août et septembre, d'importantes grèves révolution- 
naires (1) atteignirent fortement la production du Montana 
qui est le plus important des Etats producteurs de cuivre 
argentifère de l'Union. Bien que 1.922.555.903 livres de 
cuivre aient été produites aux Etats-Unis en 1917 contre 
1.942.776.309 l'année précédente, l'extraction d'argent de 
minerais cuprifères subit une chute sensiblement plus 
forte et passa de 24.541.236 onces en 1916 à 20.235.643 
en 1917. Plus de la moitié de la différence entre ces deux 
chiffres provient de la chute de production du Mon- 
tana (2). Une partie du reste doit être attribuée à l'Etat 
de Californie où l'industrie minière fut fortement gênée 

1. Provoquées par l'Association ouvrière des I. W. W. (Industrial 
workers of the world). 

2. Production du Montana 1916 1917 

Cuivre livres 354.995.058 274.936. 024 

Argent extrait des minerais 
cuivre-argent .... onces 11.226.034 8.911.389 



LA PRODUCTION DES ÉTATS-UNIS 33 

par la rareté de la main-d'œuvre, l'insuffisance des 
moyens de transport, ainsi que leur prix élevé. Ces faits 
influencèrent à un moindre degré la production de cuivre 
de Tannée, car ils furent compensés par une augmenta- 
tion des quantités de cuivre extraites d'Etats situés plus à 
l'Est, où ces difficultés furent moindres et où la teneur en 
argent des minerais est beaucoup plus faible, comme par 
exemple le Micbigan, le New Mexico. 

La gêne, qui résultait pour les mines de cuivre de la 
participation des Etats-Unis à la guerre, se développa au 
cours de l'année 1918. Les moyens de transport étaient 
fréquemment encombrés. D'autre part, les mines avaient 
à faire face à de sérieuses difficultés de main-d'œuvre : 
une grande partie de leurs meilleurs ouvriers s'étaient 
engagés dans l'armée et bien d'autres avaient été attirés 
vers les industries nouvelles de l'Ouest, telles que celle 
des constructions navales où, avec un travail moins pénible 
et mieux rémunéré, ils pouvaient jouir des distractions 
des grandes villes. Parmi les ouvriers restés à la mine, il 
se développa en bien des endroits une propagande révo- 
lutionnaire intense, le rendement baissait et les Sociétés 
minières se voyaient à de courts intervalles obligées 
d'élever les salaires. Dès le mois de septembre 1917 le 
War Industries Board avait assumé le contrôle des prix 
du cuivre, pour lequel il fixa un prix maximum jusqu'à la 
fin de 1918. Avec un prix de revient croissant, bien des 
Sociétés minières virent leurs marges de bénéfice se réduire 
de jour en jour et beaucoup restreignirent leur produc- 
tion au cours de 1918. Ce mouvement devait se développer 
bien plus encore l'année suivante, où le chiffre de la 
production du cuivre passa de 1.869.749.686 livres en 
1918 à 1.209.614.818 livres en 1919. A la suite de l'armis- 

3 



34 LA HAUSSE DU COURS DE l' ARGENT 

tice, on s'était vite aperçu que les Gouvernements alliés 
avaient, aux cours des années précédentes, exagéré leurs 
achats et constitué des stocks qui pesaient sur le marché. 
La reprise économique escomptée ne se produisait pas, et 
l'Allemagne notamment, jadis l'un des plus gros consom- 
mateurs de cuivre du monde, tardait à reprendre ses achats 
d'avant-guerre. Aussi durant l'année 1919 la production 
d'argent extraite des minerais de cuivre tomba à 13 mil- 
lions 002.722 onces, chiffre le plus bas qui ait été enre- 
gistré depuis bien des années. 

En ce qui concerne les quantités d'argent extraites de 
plombs et de zincs argentifères (1) qui représentent 37 à 
38 0/0 de la production totale d'argent des Etats-Unis, 
une comparaison avec la production (2) de ces métaux 
communs montre les mêmes liens d'interdépendance que 
celle que nous venons de voir pour le cuivre, et est assez 
suggestive pour que tout commentaire soit superflu (3). 
On peut aussi remarquer que la production du plomb et 
du zinc suivit une évolution analogue à celle du cuivre car 

1. Cf. tableau de la page 26. 

2. Tableau de la production du plomb et du zinc aux Etats-Unis, 
extrait de The Minerai Industry : 





Plomb (provenant de 

minerais extraits du sol 

des Etats-Unis) 


Zinc 




Tonnes de 2.000 liv. 


Tonnes de 2 


1913 . . . 


433.476 


358.262 


1914 . . . 


538.735 


370 312 


1915 . . . 


535.922 


507.142 


1916 . . . 


592.241 


680.018 


1917 . . . 


581.716 


682.411 


1918 . . . 


556.233 


525.350 


1919 . . . 


454.921 


471.084 



3. Voici quelques exemples de teneur moyenne de minerais de 



LA. PRODUCTION DES ÉTATS-UNIS 35 

elle fut influencée par les mêmes causes générales (1). 
Une différence cependant est à noter en 1914 : le début 
de la guerre, qui écarta du marché du plomb et du zinc 
deux importants producteurs tels que l'Allemagne et 
l'Australie, fut favorable aux mines américaines, et, à ren- 
contre du cuivre, la production de plomb et de zinc aux 
Etats-Unis fut plus élevée en 1914 qu'en 1913. 



♦ + 



Les pages qui précèdent ont montré la complexité du 
problème de la production de l'argent, et de quelle façon 
parfois bien affaiblie les variations de cours sur le marché 
exercent à cet égard une influence. Les constatations faites 

plomb et de zinc argentifères qui illustrent, comme pour les mine- 
rais cuprifères, le rôle de sous- produit que joue ici l'argent. 
Consolidated Interstate Callahan Mining C° (Idaho) 
Résultats du 3 e trimestre 4916 

Minerai extrait 38.695 tonnes. 

( Zinc 25,70 0/0 

Teneur moyenne < Plomb .... 5,6 0/0 

( Argent. ... 1,8 onces par t. 

Daly West Mining G (Park Gitj, Utah) 
Résultats de l'année 1913 

Minerai extrait 60.788 tonnes. 

L Plomb .... 5,0 0/0 

Teneur moyenne < Zinc 4,3 0/0 

( Argent. ... 7,7 onces par t. 

1. Certes un examen détaillé de la production de l'argent extrait 
de minerais de plomb et de zinc argentifères, pourrait faire apparaî- 
tre des modifications intéressantes dans sa composition. Le dévelop- 
pement remarquable de la découverte et de l'exploitation de gise- 
ments nouveaux dans le Montana, notamment sur le terrain de la 
Butte and Superior C°, pourraient être donnés en exemple comme 
tendant à compenser l'épuisement d'un certain nombre de gisements 
de l'idaho, mais cela nous entraînerait à de longs développements 
qui sortiraient du cadre que nous nous sommes tracés. 



36 LA. HAUSSE DU COURS DE l' ARGENT 

à ce sujet depuis la guerre furent la cause de quelques 
surprises. De bons esprits pensaient, en ce qui concerne 
notamment les minerais quartzeux,que la hausse des cours 
allait déterminer la réouverture de nombreuses- mines 
abandonnées, et beaucoup escomptaient même de ce chef 
un accroissement important de la production de l'argent. 
Les faits ne vinrent point confirmer ces espérances. 

Il est bon de rappeler en effet que si la baisse des 
cours de l'argent depuis 1872 avait amené la fermeture 
de nombreuses mines, l'arrêt de leur activité ne s'effec- 
tua point brusquement. Elles s'éteignirent, bien plutôt, 
peu à peu, après l'épuisement méthodique de tous les 
minerais riches dont l'extraction était facile. Dans la pra- 
tique normale des exploitations minières, au contraire, la 
direction de l'entreprise utilise le profit de l'exploitation 
de minerais à forte teneur, soit pour effectuer des travaux 
de recherche, soit pour permettre le traitement de mine- 
rais pauvres, parfois insuffisamment rémunérateurs. La 
tâche de ceux qui auraient voulu faire revivre ces exploi- 
tations abandonnées était donc devenue bien lourde. En 
outre de coûteux travaux d'exhaure nécessaires dans bien 
des cas, il était aussi, souvent, indispensable d'effectuer 
d'assez longs travaux préliminaires pour la mise à jour de 
minerais payants. L'importance de ces mises de fonds, 
pour un résultat souvent aléatoire et parfois lointain, fît 
hésiter techniciens et capitalistes. Ces exploitations ayant, 
par hypothèse, cessé d'être payantes avec les cours nor- 
maux d'avant la guerre, la situation du marché de l'argent 
ne paraissait point suffisamment consolidée pour per- 
mettre de se risquer dans une politique de développement. 
Certes il peut être aisé, de calculer maintenant sur le 
temps passé, les bénéfices qu'eussent pu donner l'exploita- 



LÀ PRODUCTION DES ÉTATS-UNIS 37 

tion de tel ou tel gisement, mais on ne doit point oublier 
que les cours de l'argent ont toujours été d'une grande 
instabilité et que depuis 1872 ils baissèrent presque sans 
arrêt. Le caractère exceptionnel des circonstances nées de 
la guerre montrait la durée précaire des cours du moment, 
et l'avenir de la situation politique internationale était 
trop obscur pour qu'il fut possible de fonder un espoir de 
durée quelconque. D'abord la croyance à une guerre 
courte, puis les divers bruits relatifs aux tentatives de 
paix, ne furent point de nature à inciter des capitalistes à 
immobiliser leurs fonds dans une entreprise dont le ren- 
dement ne paraissait devoir être assuré que pendant la 
période troublée alors traversée. Les premières mises de 
fonds, déjà importantes par suite de l'état des mines aban- 
données, eussent été encore sensiblement accrues par le 
coût élevé des matériaux et de la main-d'œuvre. 

Certes, la hausse du prix de l'argent n'eut pas sur l'extrac- 
tion des minerais quartzeux l'influence que d'aucuns 
attendaient, mais si elle ne suffit pas à augmenter la pro- 
duction de l'argent provenant de cette source, l'on peut 
néanmoins affirmer qu'elle en ralentit la chute. 

Pour les minerais cuivreux, plombeux ou zinceux nous 
avons déjà vu que l'argent n'étant le plus souvent qu'un 
sous-produit, sa production est intimement liée au marché 
de ces métaux; il est même arrivé dans certains cas 
qu'un développement de la production de ces métaux 
n'amenât point une croissance proportionnelle des quan- 
tités d'argent extraites. La récupération de l'argent néces- 
sitant suivant les mines une perte plus ou moins grande 
de métal associé, il fut souvent, à certaines époques, et 
pour certaines usines, avantageux d'avoir un rendement 
plus élevé en cuivre, plomb ou zinc et de ne point reçu- 



38 LA HAUSSE DU COURS DE L'ARGENT 

pérer l'argent inclus dans le minerai, ou du moins de ne 
point pousser cette récupération aussi loin qu'on l'eut fait 
en d'autres temps. 

Mais parmi toutes les causes qui peuvent influer sur le 
cours de l'argent, il convient de ne pas omettre la plus 
essentielle : la découverte, que ce soit de gisements 
nouveaux ou qu'elle consiste en progrès importants dans 
la technique. Depuis 1914, ces deux éléments n'ont eu 
sans doute qu'une importance assez faible ; on ne doit 
point oublier cependant l'influence qu'ils ont exercée 
autrefois et la part alors prise par eux dans les boulever- 
sements qui se manifestèrent sur le marché de ce métal. 
Quelques années seulement après que leur existence eut 
été reconnue, les gisements du Cobalt représentaient le 
septième environ de la production mondiale de l'argent. 
D'autre part, l'emploi du traitement par cyanuration eut 
pour résultat d'abaisser, de 20 à 2 ou 3 onces, la teneur 
payante, en ce qui concerne les minerais d'argent sulfuré, 
et la définitive mise au point d'un procédé nouveau, celui 
de la concentration par flottement, va améliorer encore 
cette proportion. Par ailleurs, il importe de ne pas négli- 
ger que l'on rencontre à travers le monde, en quantités 
assez importantes, des minerais de manganèse-argent, 
gisements pour lesquels des procédés pratiques de traite- 
ment n'ont pu être encore trouvés. 

La mise à jour de gisements nouveaux, l'exploitation 
rendue possible par des découvertes scientifiques de rocs 
auparavant sans valeur, comme aussi un besoin plus 
grand de métaux associés — plomb, cuivre et zinc — 
telles sont les causes capables de déterminer un accroisse- 
ment dans la production de l'argent, que la hausse des 
cours seule fut impuissante à provoquer. 



DEUXIÈME PARTIE 
LÀ DEMANDE 



CHAPITRE PREMIER 
LA CONSOMMATION INDUSTRIELLE DES PAYS OCCIDENTAUX 

La demande de l'argent tend à devenir très variée et 
très complexe. Avec les progrès de l'industrie de nou- 
veaux débouchés se sont affirmés et leur importance tend 
à s'accroître de jour en jour. A la fabrication de l'orfèvre- 
rie d'argent sont venus s'ajouter, comme dérivés, l'argen- 
ture, la fabrication du ruolz, etc.. La médecine a fourni 
aussi sa part dans les débouchés nouveaux de ce métal. 
Mais c'est surtout la photographie et la cinématographie 
dont le rôle se développe de jour en jour, qui tendent à 
devenir un des facteurs les plus importants de la con- 
sommation industrielle de l'argent. Une analyse de la 
demande de l'argent ne serait donc point complète si Ton 
passait sous silence ces besoins de l'industrie. Et cepen- 
dant l'incorporation d'un tel élément dans une étude 
générale sur l'argent est chose fort délicate, car il est très 
difficile d'en évaluer l'importance d'une manière précise. 

Certes, l'on pourrait songer de prime abord à consulter 
les publications des Bureaux de garantie. Chacun sait en 



40 LA. HAUSSE DU COURS DE l'àRGEJNT 

effet qu'en France, notamment, une législation spéciale (1) 
réglemente étroitement la question des titres des ouvrages 
d'argenterie mis sur le marché par l'industrie nationale. 
Pour l'exécution de ces dispositions, elle organise le con- 
trôle des Bureaux de garantie où, après vérification, des 
fonctionnaires compétents apposent leur poinçon et certi- 
fient le titre des objets qui leur sont obligatoirement pré- 
sentés. Les chiffres publiés par ces Bureaux pourraient, 
semble-t-il, fournir des éléments certains capables de 
servir de base à une évaluation de la consommation indus- 
trielle de l'argent. Leur aide est cependant très impar- 
faite ; outre qu'il est d'importants pays tels que l'Angle- 
terre, l'Allemagne, la Belgique où pareil contrôle officiel 
n'existe point, il en est d'autres comme l'Italie où il n'est 
que facultatif. D'ailleurs, même dans les Etats où pareille 
réglementation est instituée, il est difficile d'en tirer des 
renseignements suffisamment complets : le champ en est 
très variable suivant les diver spays (3), et surtout bien des 
emplois de l'argent échappent complètement à un tel con- 
trôle. Le ruolz, l'argenture, le plaqué, les sels employés 
en photographie forment d'importants éléments dans la 
consommation de l'argent sur lesquels les Bureaux de 
garantie ne nous donnent aucune lumière. 11 est à peine 
besoin de mentionner la fraude dont d'application de ces 
prescriptions officielles n'est point exempte, notamment 
ence qui concerne les produits exportés. Enfin, même dans 



1. Loi du 19 brumaire an VI (9 novembre 1797) dont quelques dis- 
positions ont été modifiées par des lois subséquentes, mais dont les 
dispositions principales subsistent encore. 

2. Russie, Portugal, Autricbe-Hongrie, Norvège, Suède, Suisse. 

3. En Suisse, par exemple, le contrôle n'est obligatoire que pour 
les boîtiers de montre. 



LA CONSOMMATION INDUSTRIELLE 41 

la mesure où les données des Bureaux de garantie nous 
fournissent des éléments d'appréciation, ce sont unique- 
ment des chiffres de production brute, sans qu'il soit pos- 
sible de faire le départ du métal provenant de refontes 
de vieilles matières qui y est inclus. 

En fait si les données des Bureaux de garantie peuvent 
être utilisées, ce ne peut être qu'à titre accessoire à des 
enquêtes auprès de l'industrie et du commerce des métaux 
précieux. On ne peut parler des enquêtes privées faites à 
ce sujet sans évoquer les remarquables travaux du doc- 
teur Soetbeer qui portent plus spécialement sur la période 
1876-1880, puis sur la décade 1881-1890. Ce savant, qui 
entreprit des investigations larges et patientes, qualifie 
pourtant l'estimation de la consommation industrielle des 
métaux précieux de « difficile, incertaine et sujette à de 
grandes erreurs » (1) ; et plus loin, envisageant les quan- 
tités de vieilles matières à déduire pour arriver à la con- 
sommation nette, il ajoute : « leur évaluation ne peut se 
faire, sous toutes réserves, que par la combinaison de 
diverses données et à l'aide de conjectures » (2). Dans une 
partie de son importante étude sur les emplois industriels 
des métaux précieux (3), M. André Touzet a essayé, par des 
enquêtes personnelles en France et en Allemagne, de 
reprendre ces mêmes recherches. Il en arrive cependant 
à se reporter pour une grande partie du champ de son 



1. Cf. page 35 de la traduction française de son ouvrage publié 
en 1889 : Matériaux pour faciliter V intelligence et V examen des rap- 
ports économiques des métaux précieux et de la question monétaire, 
Ad. Soetbeer, Paris. 

2. Ibid., page 36. 

3. Paris, 1910. Thèse de Doctorat en droit soutenue devant la 
Faculté de Bordeaux. 



42 LA HAUSSE DU COURS DE L ARGENT 

étude aux chiffres de la Monnaie des Etats-Unis (1). Cette 
administration a en effet dans un effort louable essayé de 
grouper dans un volume annuel de nombreux renseigne- 
ments relatifs aux métaux précieux. S'appuyant pour le 
territoire national sur des renseignements recueillis 
auprès des industriels ainsi que sur des données fournies 
par les Bureaux d'essai officiels, et pour les pays étrangers 
sur les réponses aux questionnaires transmis aux Admi- 
nistrations intéressées par la voie diplomatique, elle 
arrive à donner notamment un tableau détaillé de la con- 
sommation industrielle de l'argent dans le monde. Ce 
qu'une administration nationale ne peut faire à ce sujet 
qu'avec de très grandes difficultés, une administration 
étrangère ne peut espérer mieux le réussir, et en fait les 
statistiques de la Monnaie américaine ont suscité les plus 
vives critiques (2). En effet, outre qu'une collection de 
renseignements venus de l'étranger pourrait être l'objet de 
l'ensemble des critiques que chacune de ces informations 
prises individuellement suggère, la Monnaie américaine, 
probablement dans le but d'uniformiser les résultats obte- 
nus par des méthodes disparates (3), ne se borne point à 

1. Ibid., page 93 : « Mais ce travail très complexe que nous avons 
« entrepris pour quelques pays, nous n'avons pu le mener à bien 
« pour la presque totalité de tous les autres. N'ayant pu par la force 
« même des choses rectifier qu'un volume minime d'erreurs, nous 
« estimons préférable d'utiliser la statistique générale de la Monnaie 
« américaine telle qu'elle est, en faisant à son sujet les plus expres- 
« ses réserves. Chacun est prévenu qu'elle est un instrument défec- 
« tueux et par suite d'un emploi dangereux... ». 

2. Cf. à ce sujet les pages 84 et 85 de l'intéressante étude de 
E. Dollians publiée dans Questions monétaires contemporaines, Paris, 
1905. 

3. Dans l'évaluation des déductions pour refontes de vieilles matiè- 
res, il existe notamment d'assez grandes divergences entre les Admi- 
nistrations des divers pays. 



LA CONSOMMATION INDUSTRIELLE 43 

transcrire les chiffres reçus des administrations étrangères 
mais elle leur fait parfois subir des corrections dont la 
base n'est point publiée (1). 

En résumé, pour l'évaluation de la consommation indus- 
trielle nette de l'argent, on n'a que des données très 
imparfaites, fruits d'approximations successives des diver- 
ses administrations entre les mains de qui elles ont passé, 
et le rétablissement des faits véritables en devient prati- 
quement impossible. 

A titre d'indication, nous mentionnons qu'en 1912 la 
Monnaie américaine (2) donnait le chiffre de 67.900.000 
onces pour la consommation industrielle nette de l'argent 
dans le monde sauf l'Inde et la Chine, ce qui, comparé à 
une production de 226,8 millions onces pour la même 
année, donnerait une proportion d'environ 30 0/0 pour la 
consommation industrielle nette. Nous n'essayerons point 
de discuter ce chiffre, ni de donner des évaluations per- 
sonnelles en une matière où l'on a pu dire avec juste rai- 
son : « on aurait à coup sûr grand'peine à prouver que ces 
« évaluations sont fausses, mais nous aurions grand'peine 
« aussi à démontrer qu'elles sont justes » (3). 

La guerre a rendu encore plus obscures ces questions 
délicates en tarissant la principale source de renseigne- 



1. L'Administration française des Monnaies et Médailles publiait 
aussi avant la guerre dans son Rapport annuel une estimation de la 
consommation industrielle de l'argent et il est curieux de constater 
que dans la plupart des cas les chiffres à elle fournis par les pays 
étrangers, présentaient d'importantes divergences avec ceux publiés 
par la Monnaie américaine. 

2. Cf. U. S. Mint Report, 1913, page 259. Cette page et celles qui 
précèdent, ont l'intérêt de montrer une partie de la genèse de ce 
chiffre et son caractère d'incertitude. 

3. Gournay, Economiste Français, 1896, 2 e semestre, page 804. 



44 LA HAUSSE DU COURS DE L'ARGENT 

ments que les chercheurs pouvaient consulter. Depuis 1913 
le rapport annuel de la Monnaie des Etats-Unis ne donne 
en effet d'informations que sur la seule consommation 
nationale. Aussi bien, s'il est vrai qu'au cours de la guerre 
la consommation industrielle de l'argent a varié dans le 
monde, ces variations ne furent point un des facteurs les 
plus importants qui influèrent sur la hausse des cours du 
métal, pas plus d'ailleurs qu'elles ne l'avaient été en temps 
de paix. Cette demande peut fournir certes la matière à 
un ensemble important de transactions sur le marché, mais 
par suite de son caractère en général peu variable (3) 
et de la faible importance individuelle de chacune des 
demandes qu'elle groupe, elle se prête peu à susciter des 
variations de cours très sensibles. Ces fluctuations dépen- 
dent beaucoup plus des autres éléments de la demande de 
l'argent que nous allons étudier, tels que les achats des diver- 
ses Monnaies et surtout ceux de l'Inde et de la Chine dont 
les ordres passés en général pour un chiffre élevé et à des 
époques très irrégulières, attirent l'attention incessante 
des spéculateurs. 



CHAPITRE II 
LA FRAPPE MONÉTAIRE DES PAYS OCCIDENTAUX 



Les espèces monétaires ont une grande durée et Ton 
envisagerait volontiers le stock monétaire d'un pays se 
suffisant de longues années à lui-même, s'il ne fallait son- 
ger à pourvoir au remplacement de pièces frayées ou 
disparues, et aussi à maintenir toujours une juste pro- 
portion entre le montant de la circulation et la richesse et 
le nombre des habitants. Si à cela, on ajoute les frappes 
de la Métropole pour satisfaire aux besoins des colonies, 
on réunit ainsi l'ensemble des causes qui amènent les 
Monnaies des divers pays sur le marché de l'argent. En 
1913 par exemple, l'ensemble des frappes monétaires, 
limité au cadre restreint de ce chapitre (1), s'éleva à un 
poids de 68 millions d'onces (2). Ce serait chose hâtive que 
de comparer ce chiffre à celui de la production mondiale 
de l'argent, afin de déduire l'influence de cette demande 
sur les cours. Le métal qui sert au monnayage ne pro- 

1. A raison de leur importance exceptionnelle, ainsi que de leur 
caractère particulier, nous consacrerons des études spéciales aux 
demandes de l'Inde et de la Chine Les expressions de «frappe moné- 
taire » ou de a demande monétaire » employées au cours de ce cha- 
pitre, ne le seront doue que dans ce sens restreint qui exclut la Chine 
et l'Inde. 

2. Cf. U. S. Mint Report, 1913. 



46 LA HAUSSE DU COURS DE L 'ARGENT 

vient point que de matières neuves, la refonte de vieilles 
pièces frayées fournit à cet égard un appoint important. Il 
est donc indispensable de dégager le montant des frappes 
nettes qui seul indique une demande nouvelle de nature à 
influer sur les cours de l'argent. 

La déduction à opérer est chose délicate, car si l'on se 
réfère au Rapport du Directeur de la Monnaie américaine 
qui donne un tableau du chiffre des refontes, on peut 
constater pour cette année 1913 des omissions fort impor- 
tantes : ni l'Allemagne, ni l'Espagne, ni le Mexique par 
exemple n'y figurent et le total de 10,8 millions d'onces 
ainsi publié est certainement inférieur à la réalité. Le por- 
ter à 15 millions d'onces ne semblera point une majora- 
tion excessive. Un rapprochement avec le montant total 
du monnayage, fait apparaître un chiffre d'environ 43 mil- 
lions d'onces, qui est approximativement celui de la frappe 
nette des pays occidentaux au cours de l'année 1913. 

Bien qu'inférieure à la demande pour la consomma- 
tion industrielle (1), la demande pour la frappe exerce 
cependant sur le marché une action plus forte. La Com- 
mission américaine des changes internationaux réunie en 
1903, insista sur la manière antiéconomique dont les Mon- 
naies effectuaient leurs achats, à de larges intervalles et 
par grosses quantités susceptibles d'imprimer aux cours 
des variations violentes. Il fut alors proposé une entente 



1. Nous avons vu, page 43, que la Monnaie américaine évalue la 
consommation industrielle d'argent par les pays occidentaux à 
67.900.000 onces pour l'année 1912. 

2. Cf. Report on the introduction of the Gold Exchange Standard 
inlo China and other silver-using countries submitted to the Secre- 
tary of State, october {, 1903, by the Commission on International 
Exchange. 



LES FRAPPES MONÉTAIRES 47 

entre les Banques d'émission afin de réformer ces prati- 
ques. Gomme bien d'autres vœux celui-ci ne fut point 
réalisé (1). Une telle organisation eut pu trop facilement 
être détournée de son but initial et devenir le premier jalon 
d'une évolution vers l'élargissement du rôle monétaire de 
l'argent ; à cette époque où les controverses sur le bimé- 
tallisme n'étaient point apaisées, la crainte de cette éven- 
tualité rendit ces propositions suspectes à bien des gou- 
vernements. 

Les circonstances nées de la guerre devaient apporter 
d'importantes modifications à la demande pour la frappe, 
en lui donnant d'abord une ampleur plus grande, puis en 
la supprimant complètement. 

Diverses furent les causes qui, dès le début des hostili- 
tés, amenèrent un accroissement des besoins de métal des 
divers gouvernements. La mobilisation augmentait dans 
une large mesure les sources de dépense et dans les ména- 
ges modestes où un seul portemonnaie suffisait, la division 
du foyer avait créé deux centres de dépense là où aupa- 
ravant il n'y en avait qu'un seul. Le paiement des troupes, 
dont la solde ne s'élevait souvent qu'à des chiffres peu 
élevés, ainsi que celui des diverses allocations accordées 
par l'Etat aux familles des démobilisés, nécessitèrent aussi 
un gros mouvement de monnaie divisionnaire. Enfin les 
pratiques de thésaurisation qui se répandent dans les cam- 
pagnes en des temps troublés, constituèrent un impor- 
tant appel d'espèces, que des frappes successives et tou- 
jours plus abondantes n'arrivaient point à satisfaire. 

Une augmentation des besoins de monnaie divisionnaire, 

4. L'idée ne devait recevoir qu'une application exceptionnelle au 
cours de la guerre, à la suite de l'accord conclu entre les Alliés en 
1916 pour centraliser leurs achats d'argent. 



48 LA HAUSSE DU COURS DE L* ARGENT 

comme conséquence de la guerre, avait été prévue dès long- 
temps, et de bons esprits pensent que les approvisionne- 
ments d'argent que l'Allemagne constitua en 1913 et 1914 
ne furent qu'un des incidents de sa préparation à une lutte 
prochaine. Dès le début des hostilités, consciente des gros 
besoins auxquels elle allait avoir à faire face, la Monnaie 
de Londres fit de gros achats sur le marché (1). Une fut 
pas permis à la France de prendre des mesures aussi 
rapides, car, tandis que la mobilisation enlevait à leurs 
fonctions la majorité du personnel de la Monnaie, il fut 
pendant un temps assez long, impossible de réorganiser le 
service. Vers la fin du mois d'août 1915 cependant, un 
atelier monétaire fut établi à Gastelsarrazin et peu de 
temps après, la frappe commença : d'abord au taux de 
9 millions de francs par mois, elle fut portée peu à peu 
au chiffre de 20 millions de francs. . 

La France était limitée à cet égard par les conventions 
monétaires, dites de l'Union latine, dont la dernière en 
date, celle du 4 novembre 1908, fixait un contingent 
maximum de 16 francs par tête d'habitant pour la circula- 
tion de monnaies divisionnaires du pays (2). Ce chiffre ne 



1. Tableau des achats d'argent effectués par la Monnaie de Paris : 

Années Francs 

1914 4.499.589,42 

1945 23.624.278,44 

1916 53.742.665,77 

1917 56.917.507,60 

1918 19.684.182,35 

Chiffres extraits des Rapports annuels de la Commission de con- 
trôle de la circulation monétaire au Président de la République fran- 
çaise, publié tous les ans en annexe au Journal Officiel. 

2. Cf. Arnauné, La Monnaie, le Crédit et le Change, Paris, 1913, 
Ile Partie, Chapitre III. 



LES FRAPPES MONÉTAIRES 49 

devait être atteint que par la frappe de métal provenant 
de refontes d'écus. Cependant un décret rendu au début 
des hostilités autorisa, vu les circonstances exception- 
nelles, Tachât et le monnayage de lingots. Dans l'esprit du 
Gouvernement, ceux-ci ne constituaient qu'une avance de 
matière et dès que les circonstances le permettraient, il 
serait procédé au retrait et à la démonétisation d'une 
quantité de pièces de 5 francs d'un poids de fin équiva- 
lent. C'est ainsi que la Monnaie de Paris, dont les achats 
de métal neuf avaient été insignifiants au cours des 
années qui précédèrent la guerre (1), fut amenée à effec- 
tuer sur le marché de l'argent des opérations de plus en 
plus importantes. 

L'examen des chiffres publiés par les Monnaies amé- 
ricaine (2) et britannique révèle une attitude analo- 



1. Dans les années qui précédèrent la guerre, les achats d'argent 
de la Monnaie de Paris étaient fort peu importants et étaient simple- 
ment destinés à remplacer les insuffisances de métal dues au frai, 
dans la réfection en cours des monnaies divisionnaires. Refontes de 
monnaies de Napoléon III lauré et refonte d'écus, telles étaient les 
deux sources de métal des frappes de monnaies divisionnaires, et les 
achats d'argent ne s'étaient élevés pour 1913 qu'à 396.143 kilo- 
grammes. 

2. Tableau des achats de la Monnaie des Etats-Unis : 
Année fiscale commen- 
çant le 1 er juillet En onces de fin 

1913 1.779.992,99 

1914 3.395.694,87 

1915 6.545.161,26 

1916 6.161.680,34 

1917 34.211.367,91 

1918 9.122.029,99 

(dont 4.087.079,91 onces 

1919 g Iqk Kii oo ) représentent des achats 

effectués en vertu du Pit- 
man Act). 



Chiffres extraits de VU. S. Mint Report. 



50 



LA HAUSSE DU COURS DE 1/ ARGENT 



gue (1). Il en fut de même pour les autres pays, la Russie 
notamment, mais le manque de renseignements statisti- 
ques ne nous permet point de donner de précision à leur 
égard. 

Des demandes aussi importantes ne pouvaient laisser 
indifférent un marché de l'argent appauvri par la réduc- 
tion de la production mondiale. Au cours des années 1915, 
1916, 1917 et 1918 les cours en subirent la forte influence. 
En outre, l'action de ces achats fut amplifiée par la 
concurrence qui ne tarda pas à se manifester entre les 
diverses Monnaies. Des surenchères se produisaient de 
jour en jour, et, pour limiter dans une certaine mesure la 
hausse désordonnée des cours, une entente fut conclue en 
1916 entre les Gouvernements alliés pour régulariser 
leurs achats (2). Peu après d'ailleurs, au milieu de Tan- 
née 1918, en présence de la crise grave dont l'Inde était 
menacée, les Gouvernements anglais et américain établi- 
rent un contrôle rigoureux de la distribution de l'argent : 
les neutres en furent privés et les Alliés sévèrement 
rationnés. 



1. Tableau des achats de la iMonnaie britannique : 

Années Onces standard 



1913 


4.927.626,53 


1914 


21.360.334,14 


1915 


27.952.923,76 


1916 


28.323.480,60 


1917 


14.417.500,36 


1918 


37.686.227,36 


1919 


12.886.294,49 



Chiffres extraits de YAnnual Report of the Deputy Master and 
Comptroller of the Mint of the United Kingdom et de la circulaire 
Montagu du 8 septembre 1921. 

2. Cf. infrà, IVe Partie, Section 111. 



LES FRAPPES MONÉTAIRES 51 

Et cependant, à cette époque, une thésaurisation très 
développée avait amené dans les divers pays une pénurie 
de monnaie divisionnaire, dont l'acuité fut surtout grande 
sur le Continent. Le commerce entravé faisait entendre 
ses doléances. Par suite de la hausse des cours de l'argent 
à Londres et à New- York, rendue encore beaucoup plus 
sensible sur le Continent à la suite de la dépréciation des 
changes, la frappe jadis fructueuse était devenue onéreuse, 
et à partir de l'année 1919 la Monnaie française cessa 
d'acheter des lingots. D'ailleurs, depuis longtemps déjà, 
en présence d'une demande immense de monnaie divi- 
sionnaire, à laquelle les frappes accélérées des ateliers 
monétaires ne pouvaient complètement donner satisfac- 
tiou, les divers Gouvernements avaient eu recours à l'em- 
ploi de succédanés. Dès le début des hostilités, la Banque 
de France, instruite en cela par l'expérience de 1871 (1), 
avait procédé à l'émission de billets de 5 francs, et jus- 
qu'en février 1915 les mandats postaux eurent force libé- 
ratoire dans le Royaume-Uni (2). Le Gouvernement russe 
fit des émissions spéciales de timbres-postes sur papier 
fort pour satisfaire aux demandes de pièces de 10, 15 et 
20 kopecks (3). Les pays neutres ne furent point exempts 
de pareille crise ; c'est ainsi que, la Banque de Hollande 
ne pouvant d'après les lois en vigueur émettre des billets 
d'une valeur inférieure à 10 florins, le Gouvernement 
néerlandais avait, dès 1915, décidé, d'accord avec le Prési- 
dent de la Banque, de mettre en circulation des petites 

1. Cf. Decharme, Les petites coupures de billets. Alcan, 1911, pages 
36 et s. 

2. Cf. Currency and Bank notes Act 1914 (4 et 5 Geo. V, Chapi- 
tre XIV). 

3. Cf. Montagu, Annual Bullion Letter, 1915. 



52 LA HAUSSE DU COURS DE L* ARGENT 

coupures pour une somme ne devant pas dépasser 25 mil- 
lions de florins (1). 

Dans notre pays, il ne fut pas jugé opportun de faire 
émettre par la Banque de France des coupures de 
faible valeur ; ce soin fut laissé aux Chambres de com- 
merce qui lancèrent dans la circulation des billets de 
1 franc et de 50 centimes, gagés en général par une 
somme égale en billets de la Banque de France. Certes, le 
caractère régional de ces bons de monnaie, et le peu de 
soin qui fut mis à renouveler ceux qui étaient salis ou 
déchirés, amoindrirent l'intérêt que le public aurait pu en 
retirer ; néanmoins malgré ces défectuosités ils répondi- 
rent à un réel besoin. 

Tandis que la demande des Monnaies occidentales avait 
été une des premières causes de la hausse des cours de 
l'argent, l'excès même de l'élévation des cours qui suivit 
la libération du marché en 1919, tarit cette demande et 
provoqua même des ventes de métal qui furent un des 
facteurs les plus importants de la chute de l'argent 
en 1920. 

Dans la plupart des pays, en effet, la valeur métallique 
des monnaies divisionnaires dépassa leur valeur nomi- 
nale, et les divers Gouvernements furent obligés de 
prendre des mesures en présence de ce nouveau danger. 
En France, où dès le 12 février 1916 le trafic des espèces 
à des cours supérieurs à leur valeur légale avait été inter- 
dit, une loi du 20 octobre 1919 réprima la fonte par les 
particuliers des monnaies d'or et d'argent. Depuis la fin 
de l'année 1918, les achats de lingots par la Monnaie 



1. Cf. Rapport présenté à l'Assemblée générale des actionnaires de 
la Banque de Hollande, le 31 mai 19i5. 



LES FRAPPES MONÉTAIRES 53 

avaient cessé, et la frappe des monnaies divisionnaires 
n'était plus alimentée que par du métal provenant de 
refontes, soit d'écus, soit de pièces, à l'effigie laurée de 
Napoléon III, dont une loi du 12 mars 1918 avait ordonné 
la démonétisation (l). D'ailleurs ces frappes nouvelles ne 
servaient qu'à fournir un aliment aux spéculations de 
thésaurisateurs ou de trafiquants, et n'apportaient aucun 
soulagement aux difficultés de la circulation ; elles furent 
complètement arrêtées à partir du 14 mai 1920 (2) alors 
que les bons de monnaie de la Chambre de commerce de 
Paris venaient d'être émis dans le public. Le 14 avril 
1920, M . Raphaël-Georges Lévy avait déposé sur le bureau 
du Sénat une proposition de loi tendant à la démonétisa- 
tion des monnaies divisionnaires d'argent. 

Dans les autres pays, le danger était analogue, avec 
plus ou moins d'acuité cependant, suivant l'état de 
leur change, et plusieurs d'entre eux, pour remédier aux 
difficultés de la situation, furent amenés à changer les 
bases de leur système de monnaies divisionnaires. Vers 
la fin du mois de novembre 1919 (3), la Hollande décida 
l'abaissement du titre de ses monnaies d'argent à 720 mil- 

1. Le rapport présenté au Sénat par M. Beauvisage (Sénat. Doc. 
Pari., 1918, p. 120), nous donne l'intéressant exposé des raisons qui 
motivèrent cette loi. Outre le dessein de retirer de la circulation 
des pièces trop frayées, le Gouvernement avait aussi celui de 
fournir un aliment aux frappes de monnaies divisionnaires, alors que 
le souci du change et le prix élevé de l'argent détournaient de l'achat 
de lingots, et que, d'autre part, il ne restait plus à la Banque de 
France que des écus étrangers remboursables en or par leur pays 
d'origine et que la limite de 649 millions de francs prévue par la Con- 
vention de 1908 pour les refontes d'écus était presque atteinte. 

2. Cf. Rapport de la Commission d'enquête sur la circulation moné~ 
taire pour l'année 1920 (Journal Officiel, Annexes, février 1921). 

3. Loi du 27 novembre 1919. 



54 LA. HAUSSE DU COURS DE i/ ARGENT 

lièmes, en janvier le Canada adopta le titre de 800 mil- 
lièmes, et fin mars 1920 l'Angleterre prit une mesure plus 
radicale encore en réduisant le titre de 925 à 500 mil- 
lièmes. Cependant, dès janvier 1920, le Reich allemand 
démonétisait ses monnaies divisionnaires, voie dans 
laquelle l'Italie l'avait précédé en 1917 (1). 

1. Décret du 1«" octobre 1917. 



CHAPITRE III 



LA DEMANDE INDIENNE 



I 



La demande d'argent de l'Inde avant 1914. Son impor- 
tance. — Les premières années de la guerre et la 
désorganisation du commerce extérieur de l'Inde. 

Aucun élément d'information n'est regardé avec plus 
d'intérêt par le spéculateur sur l'argent, que les états 
périodiques de la composition des réserves indiennes. En 
effet, suivant les circonstances, apparaît ou s'efface un for- 
midable acheteur, le Gouvernement de l'Inde, qui, en 1913- 
1914 (1), reçut de l'étranger plus de 35 millions d'onces 
d'argent. En outre, les nouvelles relatives au cours de la 
mousson, qui dans un pays agricole comme F Inde sont un 
indice de prospérité ou de misère quasi-générale, sont 
reçues à Londres avec anxiété ; les importations nettes 
d'argent de l'Inde pour le compte des particuliers s'éle- 
vèrent en effet à 35 millions d'onces en 1913-1914. Au cours 
de cette année, l'Inde a donc importé, tant pour les besoins 
de sa circulation que pour ses besoins industriels et sociaux, 

1 . Dans l'Inde, l'année fiscale commence le 1« arril. 



56 LA. HAUSSE DU COURS DE l'àRGENT 

une quantité d'argent équivalente à près du 1/3 de la pro- 
duction mondiale. Une proportion aussi grande pourrait 
surprendre beaucoup, si l'on ne songeait que l'Inde a une 
surface d'environ 5.400.000 (1) kilomètres carrés, peuplés 
de plus de 315 (2) millions d'habitants, dont 245 millions, 
vivant sur environ 3.350.000 kilomètres carrés, sont direc- 
tement soumis à l'Administration anglaise. 

De tout temps, l'argent fut l'élément prépondérant, 
voire presque unique, de la circulation indienne, et, si, à 
partir de l'Act du 26 juin 1893, la faculté de frapper des 
roupies fut désormais réservée à l'Etat, et fut suspendue 
en fait pendant plusieurs années, les besoins qui se mani- 
festèrent par la suite obligèrent le Gouvernement de 
l'Inde à reprendre le monnayage et à faire de très impor- 
tants achats de métal sur le marché de Londres. Presque 
tous les ans, les statistiques du contrôleur de la circula- 
tion de l'Inde indiquent une absorption de roupies par 
le pays. 

Certes, les besoins de la circulation monétaire d'une 
nation s'accroissent avec le développement de sa richesse, 
et nous n'avons garde d'oublier cet élément dans un pays 
comme l'Inde, où l'apport du capital et de l'intelligence 
britanniques ont amené des transformations importantes 
dans l'organisation économique et financière du pays. De 
plus, la pénétration de la roupie toujours plus avant dans 
les régions de l'intérieur peut donner à cet argument un 
développement nouveau. Néanmoins, il est en cette 
matière un facteur d'absorption qui, s'il n'est pas spécial 
à l'Inde, s'exerce cependant ici avec une ampleur rencon- 



Soit plus de huit fois la surface de la France. 
Chiffres du census de 1911. 



LA DEMANDE DE L'iNDE 57 

trée rarement en d'autres pays. La thésaurisation indienne 
est devenue légendaire, et beaucoup donnent volontiers à 
ce phénomène le caractère mystérieux dont on pare sou- 
vent les faits peu connus de la vie des peuples d'Extrême- 
Orient. Cependant un rappel des conditions économi- 
ques et sociales de l'Inde peut permettre de jeter quelque 
lumière sur ce problème. 

Ce pays, en effet, où 94 0/0 des habitants sont illettrés 
et où la population qui vit dans les villes est une infime 
minorité, n'a qu'une organisation bancaire très peu déve- 
loppée. En outre, l'état sommaire des moyens de com- 
munication rend difficile et lente la circulation des 
monnaies et oblige à garder un stock métallique propor- 
tionnellement plus grand que [dans nos pays occidentaux. 
D'autre part, la succession d'années de mauvaises récoltes 
aux années de prospérité incite le cultivateur à mettre en 
réserve les bénéfices qu'il a pu retirer de la vente de ses 
produits, afin de n'être point pris au dépourvu en des 
temps moins propices. Dans ce pays, où les habitations 
sont des huttes de terre et où l'on n'a point la ressource 
de coffre-forts pour mettre les valeurs à l'abri des vols, 
de l'incendie, de l'humidité ou des ravages des insectes, 
le paysan n'a d'autre voie ouverte à son désir d'épargne, 
que l'enfouissement d'argent dans la terre, ou mieux 
encore l'achat de bijoux ou de colliers de roupies que por- 
tera son épouse. « La femme du paysan indien lui tient 
lieu de banque » a-t-on pu dire (1) avec juste raison, et 
il est aisé de comprendre en effet combien plus avanta- 
geux est pour lui l'emploi de ses économies en achats de 



1. Cf. Mukerjee (R.), The foundat ions of Indian Economies, Lon- 
dres, 1918, page 239. 



58 LA HAUSSE DU COURS DE L'ARGENT 

lourds anneaux d'argent, qui, tout en augmentant l'attrait 
et la bonne humeur de sa compagne, pourront en des 
années de disette être échangés contre de la nourriture 
ou des vêtements. 

Les coutumes religieuses et sociales de l'Inde favori- 
sent d'ailleurs cette pratique. Il n'est point de cérémonie 
nuptiale sans l'offre à la mariée de cadeaux en argent ou 
en or, bijoux qui serviront à la parer et qui chez les Hin- 
dous forment pour elle une propriété insaisissable (1). 
Cette coutume est si bien établie et si universellement 
respectée, que bien des pauvres gens font, à Foccasion 
des noces, des dépenses somptuaires dont la lourde charge 
les grève toute leur vie durant. 

On a volontiers fait intervenir, pour expliquer la thé- 
saurisation indienne, la force d'une tradition née à la suite 
des envahissements successifs du pays par des races 
diverses, ainsi que la période de troubles et d'insécurité 
pour la propriété privée dans laquelle vécut longtemps le 
pays. Certes ces arguments sont intéressants à rappeler au 
point de vue historique, mais nous constatons que l'état 
économique actuel du pays donne une suffisante explica- 
tion du phénomène, et, en le différenciant nettement du 
problème de la thésaurisation dans les pays occidentaux, 
lui enlève en partie le caractère défavorable qu'on y 
attache généralement. 

Pour donner satisfaction à ses grands besoins d'argent, 
le pays ne peut compter sur sa production indigène qui 
est insignifiante : les mines de plomb argentifère de 



1 . Cf. Royal Commission on Indian Finance and Currency, 1913- 
1914, Appendices, vol. III, page 674 et Minutes of évidence, vol. I, 
Questions 6.490-6.491. 



59 

Bawdwin situées dans le Tawnpeng, l'un des plus petits 
Etats du nord de Burmah, produisaient en effet 27.500 
onces d'argent en 1909, 125.209 onces en 1913, 750.374 
onces en 1917, et 2.165.607 onces en 1919. Certes, ces 
chiffres d'extraction croissants témoignent d'un dévelop- 
pement remarquable, mais ils restent hors de toute pro- 
portion avec les besoins du pays. L'Inde est donc obligée 
d'importer de l'étranger de grosses quantités d'argent 
achetées en majeure partie sur le marché de Londres ; 
c'est ainsi que pour les cinq années fiscales qui précédè- 
rent la guerre, les statistiques du commerce maritime de 
l'Inde indiquent une moyenne annuelle d'importations 
nettes de plus de 43 millions d'onces d'argent pour le 
compte des particuliers. A cela, il faut en outre ajouter 
les achats irréguliers de l'Etat. Depuis le mois de novem- 
bre 1907, le Gouvernement de l'Inde avait arrêté ses 
frappes de roupies (1), et durant les années 1907 et 1908 
la crise commerciale avait amené un reflux de roupies 
vers les caisses du Trésor, qui n'en possédaient pas moins 
de Rp. 480 millions (2) en septembre 1909. Depuis lors 
une absorption, lente mais continue, avait réduit ce 
chiffre à Rp. 150 millions, à la fin d'avril 1912. Pour 
satisfaire aux besoins devenus urgents, le Gouvernement 
de l'Inde importa 56 millions d'onces d'argent en 1912- 
1913 et 35 millions d'onces en 1913-1914, qui alimentèrent 
durant ces deux années un monnayage actif. L'on conçoit 



1 . Frappes de métal neuf à l'exclusion des refontes. 

2. Dans les documents indiens les roupies sont comptées en lakhs 
et en crores . Nous avons cru préférable d'employer au cours de notre 
exposé le système de computation en milles et millions : 

\ lakh == Rp. 100.000, qui s'écrivent 1,00,000. 

1 crore = 100 lakhs = Rp. 10.000.000, qui s'écrivent 1,00,00,000. 



60 LÀ HAUSSE DU COURS DE L'ARGENT 

combien le développement d'une pareille demande qui, à 
l'exclusion des besoins privés, absorba en une année le 
quart de la production mondiale, peut influencer le 
marché de l'argent, avec quelque discrétion que soient 
effectués les achats (1). En l'occurrence, le secrétaire 
d'Etat pour l'Inde se crut même obligé de prende de telles 
précautions, pour éviter de donner l'éveil à la spécula- 
tion, qu'il fut l'objet d'une demande d'enquête parlemen- 
taire, et que de vifs débats furent engagés à la Chambre 
des Communes sur ce sujet. 

Les roupies ainsi frappées par le Gouvernement circu- 
laient côte à côte avec l'or au pair légal de 1 sh. 4 pence 
ou de 15 roupies pour 1 souverain. La suspension de la 
frappe libre depuis 1893 permettait à la roupie de cir- 
culer pour une valeur légale bien supérieure à sa parité 
métallique, cependant que le mécanisme monétaire, dit 
du Gold Exchange Standard (étalon d'or au point de vue 
du change), maintenait la stabilité du change en or, grâce 
à la balance commerciale favorable de l'Inde, et, dans les 
périodes de dépression, grâce au jeu de réserves d'or situées 
à Londres. Cet or pouvait être en effet classé administra- 
tivement dans la partie conservée à Londres de l'une des 
deux caisses suivantes : la Gold Standard Reserve (réserve 
de l'étalon d'or) et la Paper Currency Reserve (fonds 
d'échange des billets) (2). La Gold Standard Reserve était 
alimentée par les bénéfices réalisés sur la frappe des 
roupies. 

4 . Cf. India Office, Return of Correspondance vith the Bank of 
England and Messrs. Samuel Montagu and Company, relating to the 
Purchases of silver, in 4912, Cmd 400, Londres, 1912. 

2. Le Trésor indien conserve aussi à Londres une partie de son 
avoir (Government balances), qui est placé en compte courant à la 
Banque d'Angleterre ou employé en achats de fonds d'Etat. 



LA DEMANDE DE i/lNDE 61 

L'importance, la composition, la répartition géographi- 
que de ces Reserves et de l'encaisse du Trésor indien, ainsi 
que la mise au point de procédés pour éviter la chute du 
change au-dessous du pair, telles étaient notamment les 
principales questions qui faisaient l'objet des recherches 
de la Commission monétaire indienne réunie à Londres le 
17 avril 1913 et dont le rapport fut signé le 24février 1914. 
Les événements nés de la guerre, tout en développant 
d'une manière inouïe l'absorption d'argent par l'Inde, 
allaient poser aux dirigeants de Ylndia Office et du Gou- 
vernement de l'Inde des problèmes nouveaux et soumet- 
tre le mécanisme du Gold Exchange Standard à l'épreuve 
de difficultés que la Commission d'enquête de 1913-1914 
n'avait point envisagées au cours de ses longs et minu- 
tieux débats. 

Ces diffîcutés qui devaient aller jusqu'à mettre en péril 
la participation de l'Inde à la guerre, ne se manifestèrent 
point au début des hostilités. A la suite de la panique et 
du trouble dans les relations commerciales, qui suivirent 
la déclaration de guerre, le change indien eut une ten- 
dance à baisser au-dessous du pair. Par une déclaration 
de politique ferme et la mise en vigueur de mesures appro- 
priées, telles notamment que la vente de traites sur Lon- 
dres [Reverse Councils), le gouvernement réussit à main- 
tenir le change au pair. 

A l'absorption de roupies si élevée en 1911-1912 et 
1912-1913, avait fait place un reflux dans les caisses du 
Trésor. Dès 1913-1914 l'absorption qui était de Rp. 
104,9 millions l'année précédente était tombée à Rp. 
53,2 millions par suite d'une mousson défavorable et de la 
crise bancaire qui sévit en automne 1913; l'année sui- 
vante elle se changea en un reflux de Rp. 67 millions. Le 



62 



LA HAUSSE DU COURS DE L ARGENT 






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LÀ DEMANDE DE i/lNDE 63 

Gouvernement de l'Inde avait donc, dès l'année 1913-1914, 
suspendu ses achats d'argent pour la frappe, et ce n'étaient 
point les événements de 1914-1915 qui l'allaient inciter à 
les reprendre. Au 31 mars 1915 en effet les caisses du Trésor 
contenaient 388,4 millions de roupies. Les bazars indiens, 
attirés par le bas prix de l'argent en 1914, avaient, durant 
l'année 1914-1915, porté leurs achats de métal à l'étranger 
à plus de 60 millions d'onces, chiffre qui durant l'année 
suivante, à la suite de l'échec partiel de la mousson, et 
aussi des difficultés nombreuses que la guerre avait apporté 
aux transports maritimes et au commerce international, 
tomba à 35 millions d'onces. 



1 . Importations nettes. 

2. Exportations nettes. 

3. 1914-1915 1915-1916 1918-1919 1919-1920 

Council bills (Trai- 
tes du Trésor sur 
l'Inde) 107,9 310,5 309,1 345,5 

Reverse Councils 
(Traites du Trésor sur 
Londres) .... 130,6 73,4 70,8 185,8 

Transferts télégra- 
phiques émis par la 
Bank of Montréal, s 

New- York. . . . 22,6 

— 22,7 237,1 238,3 182,3 

Chiffres extraits du Report on the Opérations ofthe Currency De- 
partment for the year, 1920-1921. N'ayant pu avoir encore le Report 
pour l'année 1920-1921, nous n'avons pu fournir ces détails pour 
cette dernière année où la valeur des Reverse Councils a excédé celle 
des Council bills de Rp . 285,5 millions. 



64 



LA HAUSSE DU COURS DE L ARGENT 





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LA DEMANDE DE L INDE 



65 



Tableau de 1 absorption d'espèces et de billets par la circulation 
monétaire indienne (1) (en millions de roupies) 



Années 
fiscales 


1911-12 


1912-13 


1913-14 


1914-15 


1915-16 


1916-17 


1917-18 


1918-19 


1919-20 


Or . . . 


114,0 


153,7 


162,6 


74,8 


— 4,0 


13,7 


116,4 


52,1 


-33,2 


Argent (piè- 
ces de 1 et 

1/2 roupie) 


115,4 


104,9 


53,2 


— 67,0 


104,0 


338,1 


278,6 


450,2 


200,9 


Billets . . 


75,6 


0,6 


28,7 


- 34,3 


78,7 


181,8 


154,8 


517,2 


230,3 


Accroi s sè- 
ment (— ) 
ou diminu- 
tion (-{-) du 
solde du 
compte du 
Trésor in- 
dien dans 
les ban- 
ques . 

Total. . 


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-14,0 


- 6,1 


- 4,3 


5,3 


— 45,7 


— 18,3' 


— 19,4 


-20,2 


303,1 


245,2 


238,4 


— 30,8 


184,0 


487,9 


531,5 


1.000,1 


377,8 








II 
















1< 


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1917 











Les besoins croissants d'argent et les difficultés 
monétaires du Gouvernement indien 

Avec Tannée 1916-1917, le problème de la demande 
d'argent de l'Inde allait entrer dans une phase nouvelle. 
Le courant régulier des importations pour compte privé 
allait s'arrêter, et les besoins divers d'argent de Tlnde 
allaient se concentrer sous la forme dune énorme absorp- 



1 . Chiffres extraits du Report on the Opérations of the Currency 
Department, 

5 



66 LA HAUSSE DU COURS DE LARGENT 

tion de roupies jetant ainsi sur la Monnaie le soin d'appro- 
visionner le pays en métal blanc, alors que les besoins 
allaient s'accroître dans une mesure exceptionnelle. L'ex- 
posé de cette demande énorme de roupies, et celui des 
mesures prises par le Gouvernement de l'Inde pour y faire 
face, malgré d'énormes difficultés tant pour trouver sur le 
marché les quantités d'argent nécessaires que pour adapter 
le Gold Exchange Standard aux circonstances nouvelles 
créées par le prix élevé du métal, embrassent avec l'étude 
d'un élément prépondérant de la hausse du cours de l'argent 
depuis 1915, celle d'un des problèmes monétaires les plus 
intéressants et les plus imprévus que la guerre ait fait 
naître. Bien qu'il ne soit pas l'objet direct de notre étude, 
l'exposé des faits relatifs à la demande exceptionnelle 
d'argent par l'Inde pendant la guerre, nous obligera à 
donner quelques aperçus sur ces événements peu connus 
en France. 

A. — Développement de la demande de roupies dans l'inde 

1. Arrêt des importations d'argent pour le compte des 
particuliers. — Certes les taux élevés des primes d'assu- 
rances ainsi que l'incertitude et les fréquents délais dans 
les transmissions de dépêches par câbles n'étaient point 
de nature à faciliter les mouvements d'argent entre l'Inde 
et le marché de Londres, mais ces difficultés, n'eussent 
point été un motif suffisant pour l'abstention d'achats des 
spéculateurs indiens, si la hausse des cours de l'argent, 
qui s'affirma dès le début de 1916, n'avait amené sur le 
marché de Bombay un afflux de « country bars » (1). 

1 . On désigne ainsi des lingots provenant de la refonte de bijoux 
parles indigènes. 



LÀ DEMANDE DE i/lNDE 67 

Cette offre avait suffi en grande partie à satisfaire les 
besoins du pays, et, durant l'année 1916-1917, on note 
sur le marché de Bombay une divergence remarquable 
entre le prix local et la parité du cours de Londres. Il y 
eut même à certains moments un écart de 5 roupies par 
100 tolas (1) entre les cours de l'argent dans FInde et le 
coût de reconstitution des stocks par des importations 
nouvelles, venant de Londres (2). Les achats de métal à 
l'étranger furent donc à cette époque rarement profita- 
bles, et les statistiques du commerce extérieur de l'Inde 
indiquent, pour l'année fiscale 1916-1917, ce fait excep- 
tionnel d'une exportation nette d'argent pour le compte 
des particuliers s'élevant à 10 millions d'onces (3) en 
majeure partie dirigées sur l'Egypte, Geylan et les îles 
Bahrein. 

Des raisons nouvelles allaient au cours de cette année et 
des années suivantes supprimer l'iutérêt pour les bazars 
d'acheter de l'argent au dehors. Avec le cours élevé de 
l'argent, l'épargne sous forme de roupies avait vu accroî- 
tre son intérêt et sa faveur (4), et il allait devenir plus 
profitable de se procurer le métal nécessaire à la fabrica- 
de bijoux, par la fonte de roupies plutôt que par des achats 
de lingots à l'étranger. En 1910 en effet le Gouvernement 



998 

1 . L'argent est coté à Bombay en roupies par 100 tolas à n . 

1 tola = 180 grains troy, 480 grains troy= 1 once troy. 

2. Cf. India, Report on the Opérations of the Currency Department ', 
for the year 1916-1917, page 4. 

3. Il est vrai que ces exportations d'argent turent faites sous forme 
de roupies, et une partie importante d'entre elles fut effectuée pour 
le compte du Gouvernement, par des banques privées. 

4. La thésaurisation sous forme de roupies permettait d'éviter le 
risque d'une chute éventuelle du cours de l'argent. 



68 LA HAUSSE DU COURS DE L* ARGENT 

de l'Inde avait, dans un but fiscal, fait supporter à l'argent 
importé un droit de 4 annas (1) par once. A cette époque 
le cours de l'argent était tel que la charge d'une pareille 
taxe n'avait aucune influence au point de vue monétaire ; 
mais du jour où le cours du change sur Londres n'excéda 
plus la valeur métallique de la roupie d'une quantité 
supérieure ou égale au montant du droit, il devint plus 
avantageux pour les bazars indiens de se procurer l'argent 
pour les besoins industriels par des refontes d'espèces 
plutôt qu'en important des lingots. Ces conditions se réali- 
sèrent au cours de Tannée 1916-1917 et surtout des 
années suivantes ; d'ailleurs dès le 3 septembre 1917 le 
Gouvernement interdit l'importation d'argent dans l'Inde 
pour le compte des particuliers. Ce n'était point la prohi- 
bition de refonte des espèces monétaires, qui devait appor- 
ter quelque modification à cet état de choses. La déposi- 
tion de M. Gubbay, contrôleur delà circulation monétaire 
dans l'Inde, devant la commission d'enquête de 1919, 
montre que les autorités responsables n'entretenaient point 
d' illusions sur l'efficacité de cette dernière mesure (2). 

Ainsi, en partie durant l'année 1916-1917 et presque 
complètement au cours des années suivantes, la circula- 
tion de roupies eut à suppléer au déficit créé sur le mar- 
ché indien par l'absence de toute importation d'argent 
pour le compte des particuliers, charge très lourde si Ton 
se rappelle que durant les 5 années qui précédèrent la 
guerre les importations (nettes) s'élevèrent aune moyenne 
annuelle de plus de 43 millions d'onces. Cependant ce 

1. Soit 4 pence par once, le cours du transfert télégraphique étant 
au pair. 

2. Cf. Comiitee on Indian Exchange and Currency, 1919, Minutes 
of évidence. Questions 236-246. 



LA. DEMANDE DE l'iNDE 69 

phénomène, s'il était de nature à préoccuper le Gouver- 
nement, n'était en somme qu'une modification dans les 
procédés d'achat et de répartition du métal importé. 
D'autres faits en revanche, ont, tout en élargissant la 
demande de roupies, amené en même temps un accrois- 
sement des besoins d'argent de l'Inde. 

2. Diminution notable des importations d'or. — La 
roupie eut à suppléer dans une très large mesure à la 
réduction énorme des importations de souverains et de 
lingots d'or qui s'étaient élevées de 19094910 à 191 3-1914 à 
aune moyenne annuelle de Rp. 281,5 millions pour tom- 
ber àRp. 78,7 millions de I913-1914à 1918-1919(1). De tout 
temps en effet l'or fut apprécié dans l'Inde, et les archives 
de la Compagnie des Indes nous signalent la circulation 
de pièces d'or appelées « mohurs », notamment dans la 
région de Madras (2). Si l'usage de cette monnaie s'était, 
à de certains moments, restreint devant l'envahissement 
des roupies, il avait au cours des années qui ont précédé 
la guerre augmenté dans une proportion assez importante. 
Il serait faux cependant d'en prendre la mesure aux chif- 
fres d'importations nettes d'or que nous avons mentionnés 
plus haut, et dont la majeure partie est absorbée par les 
besoins industriels et sociaux. L'or est dans l'Inde importé 
sous deux formes, souverains et lingots, dont les pro- 
portions variaient suivant les années tout en laissant en 
général la part la plus importante aux souverains, leur 
rapport était en moyenne au cours des années 1909-1910 
à 1913-1914, de 12 à 7. 

1. L'importance du rôle des importations d'or de l'Inde peut être 
appréciée par une comparaison avec la valeur des importations 
d'argent. Cf. tableau page 62. 

2. Cf. Robert Chalmers, A History of currency in the British 
Colonies. 



70 LÀ HAUSSE DU COURS DE LARGENT 

Les lingots importés n'étaient point du type commercial 
de 400 onces, mais consistaient en général en petites 
barres de 10 onces finement polies, manufacturées spécia- 
lement pour le marché indien et qui portaient l'empreinte 
de la maison d'affinage de Londres ainsi que de la banque 
importatrice. L'Inde n'ayant point d'atelier monétaire 
pour la frappe de For, cet ensemble de barres allait, sans 
nul doute, alimenter la demande des bazars indiens et don- 
ner ainsi satisfaction aux besoins industriels et sociaux 
de métal jaune. Les bijoux offerts à l'occasion des céré- 
monies populaires et notamment des noces sont volontiers 
en or, et la fortune des époux et de leur famille est en 
général la seule raison qui puisse faire préférer l'argent à 
l'or. D'ailleurs à cet égard l'usage de l'or tendait à se 
répandre de plus en plus et l'augmentation de la richesse 
individuelle aidant, la demande en devenait de ce chef 
plus importante. 

Une grosse partie des monnaies d'or importées venaient 
aussi jouer un rôle analogue à celui des lingots et, outre 
qu'elles présentaient, aux yeux de celui qui les voulait 
refondre, une garantie quant au titre, elles étaient fort 
souvent employées sans aucune transformation sous forme 
de colliers. Les pièces à certaines effigies jouissaient même 
d'une faveur spéciale, notamment celles dites « shield 
sovereigns » ou souverains à l'écu bénéficiaient sur le 
marché d'une prime allant jusqu'à 1 et 2 0/0. Evaluer la 
part de souverains qui restait en circulation est chose très 
difficile, et si le contrôle de la circulation l'estime dans 
son rapport de 1911-1912 au chiffre de £ 40 millions (t),les 



1 . Cf. Committee on Indian Exchange and Currency, Minutes oj 
évidence, Questions 5.769-5.776. 



LA DEMANDE DE L'iNDE 71 

réserves nombreuses que suscite une telle évaluation 
lui enlèvent une grande partie de son intérêt. La circula- 
tion monétaire des souverains ignorée dans la majeure 
partie de l'Inde était en fait strictement localisée dans 
quelques régions telles que le Punjab, une partie des 
Provinces Unies et de la Présidence de Bombay, et les 
petits Etats indigènes de Cochin et de Travancore dans 
la Présidence de Madras. C'est dans ces régions que 
durant les quelques années qui ont précédé la guerre, 
l'usage du souverain s'était développé. Ce ne fut point 
d'ailleurs surtout au détriment de la roupie mais bien 
plutôt de la monnaie de papier (l). Il est en effet un gros 
obstacle à l'expansion de l'usage du souverain dans l'Inde, 
c'est l'importance de sa valeur même qui le met hors 
d'atteinte de la plupart des paysans et des ouvriers. Dans 
les Provinces Centrales et l'Etat de Berar, par exemple, 
la moyenne quotidienne du salaire d'un travailleur spé- 
cialisé atteint 4 à 8 annas (2) par jour dans les villes 
tandis que dans les campagnes ces chiffres sont notable- 
ment inférieurs. Cela limite beaucoup le champ daction 
de la monnaie d'or dans un pays comme l'Inde où la 
population urbaine ne forme qu'une infime partie de la 
population totale. 

Dans les années qui précédèrent la crise de 1907, le 
Gouvernement de Flnde s'inspirant de l'esprit de la Com- 
mission de 1898, pour qui le Gold Exchange Standard 
n'était qu'une courte transition au passage à l'étalon d'or, 

\ . Notamment en ce qui concerne l'usage du souverain pour le 
transport de grosses sommes à l'occasion de voyages ou de pèleri- 
nages. 

2. Cf. Priées and wages in India, 1919, page 265. 

4 roupie = 16 annas. 



72 LA HAUSSE DU COURS DE l' ARGENT 

avait appliqué une politique tendant à augmenter la cir- 
culation du souverain dans l'Inde. Los résultats ne furent 
point très heureux, car lors de la crise qui sévit en 1907 le 
retour de souverains de la circulation que Ton escomptait 
et qui eussent pu être exportés pour soutenir le change, 
ne se produisit pas. Depuis lors, le Gouvernement s'était en 
général abstenu de toute mesure active dans ce sens. 
Néanmoins le développement du nationalisme indien, 
aux yeux duquel l'établissement de l'étalon d'or était à la 
fois une mesure de libération pour le pays et le symbole de 
son entrée parmi les grands Etats libres, avait tendu à 
répandre dans les milieux intellectuels indigènes l'idée 
d'une circulation d'or. D'autre part certains économistes 
et financiers ne voyaient point sans déplaisir une expan- 
sion de l'usage monétaire de l'or dans l'Inde, qui devait 
enlever au Gold Exchange Standard le caractère artifi- 
ciel que dans une certaine mesure ce système avait à leurs 
yeux. Ces questions, ainsi que celle de l'ouverture dans 
l'Inde d'ateliers monétaires pour la frappe de l'or, furent 
longuement discutées par la Commission monétaire de 
1913-1914. Celle-ci s'était arrêtée cependant à la conclu- 
sion qu'il n'était pas de l'intérêt du pays d'accroître la 
circulation intérieure d'or, et que la roupie et les billets 
suffisaient aux besoins monétaires du peuple indien. 

Dès la déclaration de guerre, la panique qui s'empara 
du commerce indien et qui se manifesta surtout chez les 
courtiers Marwaris, organe important du marché financier 
indien, amena une grosse demande d'or en rembourse- 
ment de billets. Le Gouvernement chercha d'abord à 
apporter une restriction en annonçant qu'il ne délivrerait 
l'or que par £ 10.000, mais devant le peu d'efficacité de 
cette mesure, il arrêta dès le 5 août 1914 l'émission de 



LA DEMANDE DE Jb'lNDE 73 

souverains au public. En même temps d'ailleurs l'impor- 
tation privée se voyait tarie dans sa source par suite de la 
politique restrictive des grandes nations du monde. Dès 
ce moment le souverain fit prime dans l'Inde et disparut 
peu à peu de la circulation. 

Il en résulta une contraction de la circulation dans cer- 
taines régions de l'Inde, à Bombay notamment, à laquelle 
la roupie eut à pourvoir, pour partie (1). La roupie eut 
aussi à suppléer à l'absence des importations de lingots 
d'or pour le compte des- particuliers et à donner ainsi satis- 
faction à des besoins industriels et sociaux du pays, dont 
l'importance était grande. La charge nouvelle qui incom- 
bait ainsi à la roupie peut être d'autant mieux appréciée 
si l'on songe que les souverains et lingots d'or reçus par 
l'Inde s'élevaient à une moyenne annuelle de Rp. 297,6 
millions de 1910-1911 à 1913-1914, chiffre qui tomba à 
Rp. 112,3 millions de 1914-1915 à 1917-1918. 

3. Solde favorable de la balance du commerce exté- 
rieur. — Les besoins de l'Inde en métaux précieux 
n'avaient pourtant point diminués au cours de ces quatre 
dernières années, et la balance du commerce de l'Inde 
pouvait la mettre autant qu'avant la guerre en mesure d'y 
pourvoir. Certes le solde créditeur de la balance du com- 
merce de l'Inde, dont la moyenne annuelle était de 
Rp. 801,3 millions de 1910-1911 à 1913-1914, passa à 
Rp. 741,8 millions durant les quatre années suivantes. 
Mais si nous exceptons les années 1914-1915 et 1915-1916 
au cours desquelles le commerce extérieur désorganisé ne 
s'était point encore adapté aux circonstances nouvelles, 

1. Une part importante de la circulation de souverains fut en fait 
remplacée par des roupies-papier. 



74 LA HAUSSE DU COURS DE L'ARGENT 

nous constatons qu'en 1916-1917 et 1917-1918(1) le solde 
fut sensiblement supérieur à la moyenne d'avant-guerre. 
La demande de Council bills à Londres et le besoin de 
roupies dans l'Inde qui en sont la conséquence furent 
donc très développés. 

Le début des hostilités avait marqué l'arrêt des impor- 
tations en provenance des pays ennemis (2) ainsi que de 
la Belgique, et l'industrie des pays alliés, ayant son acti- 
vité détournée vers la satisfaction des besoins de guerre, 
n'y pouvait suppléer. Les valeurs élevées enregistrées par 
le service des douanes furent dues surtout à la hausse des 
prix sur les lieux de production. 

En ce qui concerne les exportations, la situation fut dif- 
férente. L'Inde, pays agricole, fournit à l'étranger des 
produits alimentaires et surtout des matières premières : 
produits textiles, graines oléagineuses, cuirs et peaux. 
Certes les pays ennemis comptaient avant la guerre parmi 
ses gros clients, et FAllemagne qui avait notamment réussi 
à monopoliser en quelque sorte le commerce d'exportation 
des cuirs et peaux de l'Inde, reçut en 1913-1914, 10,3 0/0 
du chiffre total des exportations de ce pays. Les besoins 
des Alliés ne tardèrent point à compenser la fermeture de 
ces débouchés. Avec l'énorme consommation de matières 
premières que la guerre entraîna, la disposition des pro- 
duits de l'Inde, fut pour eux d'un grand intérêt, et la 
valeur des exportations indiennes qui avait marqué une 
légère régression en 1914-15 et 1915-16, prit au cours des 
deux années suivantes une grande extension. Leur chiffre 

4 . La moyenne annuelle du solde des exportations nettes au cours 
de ces deux années est de Rp. 938.,3 millions. 

2. Plus de 9 0/0 des importations de l'Inde en 4913-4914 prove- 
naient d'Allemagne et d'Autriche-Hongrie. 



LA DEMANDE DE L'iNDE 75 

se fût accru d'une manière beaucoup plus importante 
encore, si des difficultés, tant pour le transport maritime 
des marchandises que pour leur paiement, n'y avaient 
apporté des restrictions. 

4. Paiements effectués par le Gouvernement de Vlnde 
pour le compte du Gouvernement anglais. — Aux créances 
sur l'étranger nées de l'exportation des marchandises 
vinrent s'ajouter encore les sommes importantes dont le 
Gouvernement de l'Inde fut amené à faire l'avance pour 
le compte du Gouvernement anglais. Le pays servit en 
effet de base pour d'importantes expéditions militaires en 
Mésopotamie, Perse et Afrique Orientale. Le Gouverne- 
ment de l'Inde fut chargé de fournir les fonds nécessaires 
pour le paiement des troupes, l'achat d'une grande partie 
du matériel et des subsistances, ainsi que pour toutes les 
dépenses accessoires à une campagne militaire moderne 
et aussi pour les dépenses occasionnées par l'organisa- 
tion civile des territoires occupés. Le remboursement de 
ces avances était effectué par la Métropole au moyen de 
virements faits au crédit du compte du Secrétaire d'Etat 
pour l'Inde à la Banque d'Angleterre, leur ensemble 
s'éleva à des chiffres fort importants : 
Années 

1916-1917 £38.391.000 

1917-1918 69.204.000 (1) 

En contre-partie de ces récupérations en livres sterling, 
le Gouvernement indien avait dû fournir au préalable des 

1 . Ces chiffres sont extraits d'un rapport de Sir Lionel Abrahams, 
Sous-Secrétaire d'Etat adjoint pour l'Inde, publié dans Committee on 
Indian Exchange and Currency, 1919, Minutes of évidence, page 4. 
Des récupérations analogues eurent lieu aussi au cours des deux 
années suivantes. 



76 LA HAUSSE DU COURS DE l' ARGENT 

roupies pour une somme équivalente. Certes, pour partie, 
ce fut sous la forme d'inscriptions sur les carnets de pécule 
des soldats, mais, dans la majorité des cas, le Gouverne- 
ment de Tlnde se vit obligé de mettre en circulation du 
numéraire : billets ou roupies. 

Gomme certaines de ces dépenses étaient faites sur les 
lieux des opérations, le Gouvernement dut exporter, de ce 
chef, une assez grande quantité de monnaie. En ce qui 
concernait les payements à faire aux troupes, les services 
du Trésor prirent des dispositions pour les effectuer en 
grande partie sous forme de billets, mais pour les achats 
de vivres, notamment dans des régions éloignées de toute 
voie de communication, les paiements durent être faits en 
argent ! les exportations de roupies métalliques s'élevè- 
rent de 1915-1916 à 1917-1918 inclus à Rp. 37,8 mil- 
lions (1). 

L'ensemble de ces paiements pour le compte du Gou- 
vernement anglais, effectués par le Gouvernement de 
l'Inde tant dans le pays lui-même, que sur les théâtres 
d'opérations voisins, lui imposa une lourde charge et fut 
un des principaux facteurs de ses besoins de métal au 
cours de cette période. 

5. La hausse des prix. — La hausse des prix, dont l'Inde 
ne fut point exempte, rendit nécessaire un accroissement 
de la circulation monétaire. Le mouvement commença à 
être sensible en 1916, et atteint les nombres indices de 137 
en 1917 et 157 en 1918, lamoyenne de l'année 1913 étant 
prise comme base. 

1 . Cf. Report on the Opérations of the Currency Department. 



LA DEMANDE DE L INDE 

Nombres-indices des prix dans l'Inde (1) 



77 





1913 


1914 


1915 


1916 


1917 


1918 


1919 

Six premiers 

mois 


Marchandises 
exportées 


100 


104 


101 


106 


110 


129 


177 


Marchandises 
importées 


100 


97 


125 


202 


224 


247 


226 


Ensemble 


100 


103 


106 


129 


137 


157 


190 



L'analyse des causes de cette hausse est délicate, et 
aussi bien déborderait du cadre de notre étude (2). Néan- 
moins il est permis de supposer que la cause principale 
en fut la hausse des prix sur les marchés extérieurs. Celle-ci 
en effet se traduisit d'abord par l'élévation du coût des 
marchandises importées dans l'Inde, en outre elle permit 
aux négociants de payer à des cours élevés, dans les ports, 
les marchandises destinées à être exportées, qui étaient 
en si grande demande dans les pays occidentaux. 



B. — Mesures prises par le gouvernement pour faire face 

A LA DEMANDE DE ROUPIES 

La demande énorme de roupies qui suivit l'action des 
causes précédemment exposées, jointe à la hausse des 
cours de l'argent, mettaient le Gouvernement de l'Inde en 

1 . Extrait d'un document publié par le Service de la Statistique de 
l'Inde en 1919 : Index numbers of lndian Priées, 1861-1918. 

2, Cf. à ce sujet un Mémoire du Gouvernement de l'Inde publié 
Committee on India Exchange and Currency, 1919, Appendices, pages 
159 et s. 



78 LA HAUSSE DU COURS DE L* ARGENT 

présence d'une double difficulté : se procurer les quanti- 
tés de métal nécessaires et adapter le système monétaire 
indien au prix élevé de l'argent. 

1. La hausse du change. — Le cours de l'argent s'était 
élevé depuis 1915 à un niveau tel que la valeur métalli- 
que de la pièce de 1 roupie allait dépasser le pair légal 
de 1 sh. 4 pence. Le budget indien ne pouvait supporter 
la charge de vendre à Londres des Council bills au taux de 
1 sh. 4 pence par roupie et de s'obliger ainsi à livrer dans 
Tlnde des roupies dont la frappe lui revenait à un prix plus 
élevé. Le 28 août 1917 le taux du change fut élevé à 1 sh. 
4 pence (1). Cette mesure qui était une des atteintes les plus 
apparentes au régime du Gold Exchange Standard produisit 
une grande émotion dans les milieux commerciaux. Peu de 
temps après, le 19 septembre, le Gouvernement indien, 
annonçait sa politique : désormais le prix de vente des 
Councils bills serait déterminé par le cours auquel le Secré- 
taire d'Etat pourrait se procurer de l'argent; néanmoins 
on ajoutait que l'application de ce principe ne serait point 
rigide et que l'attitude du Gouvernement serait dictée par 
le désir d'éviter toute modification de taux qui ne serait 
pas absolument indispensable. 

2. Gros achats d'argent sur divers marchés. — Mais quel- 
que grave que fût pour le Gouvernement de l'Inde la 
question du prix de l'argent et le départ d'avec un cours 
de la roupie maintenu stable depuis bien des années, le 
problème de quantité menaçait d'être pour lui plus dan- 
gereux. Dès la fin de 1915, l'absorption de roupies par 

1. Celte mesure avait déjà été envisagée par le Gouvernement de 
l'Inde, dès le mois de mai 1916, alors que le cours de l'argent avait 
atteint 37 pence. Cf. Committee on Indian Exchange and Currency 
1919, Minutes of évidence, Question 174. 



LA DEMANDE DE L'iNDE 79 

les provinces était devenue importante et de nouvelles 
frappes furent nécessaires. De gros achats d'argent furent 
alors effectués tant en Chine qu'à Londres, et le Gouver- 
nement indien parvint en outre à s'assurer une partie du 
stock de pesos démonétisés mis en vente par le Gouverne- 
ment philippin. 

Les importations d'argent de l'Inde pour le compte du 
Gouvernement s'élevèrent à 109 millions d'onces en 
1916-1917, soit plus de la moitié de la production mon- 
diale de l'année. Mais les énormes achats faits en Chine 
ne tardèrent pas à provoquer une gêne dans ce pays vers 
la fin de l'année 1916, et, afin de faire la soudure entre 
divers arrivages, le Gouvernement dût à ce moment 
acheter sur les marchés de Bombay et de Calcutta des lin- 
gots d'argent pour une valeur de Rp. 20 millions. Au 
début de janvier 1917, on recourut même à cet expédient 
qui consistait à amener les chefs et princes de l'Inde à 
échanger contre de For, l'argent que renfermaient leurs 
trésors (1). Cependant au cours de l'année 1917-1918 de 
nouveaux achats s'élevant à 80,6 millions d'onces furent 
effectués sur les principaux marchés du monde ainsi que 
dans le pays lui-même : 

Provenance Millions d'onces 

Etats-Unis 37 

Chine 26,3 

Londres 7,9 

Australie 4,6 

Bombay et Calcutta 3,2 

Production indigène : Bawdwin Mines .... 4,6 

Total 80,6 (2) 

1. Cette politique fut surtout développée en avril-juin 1918. 

2. Cf. India, Report on the Opérations of the Currency Depart- 
ment. . . for the year 1917-1918, page 10. 



80 LA. HAUSSE DU COURS DE l' ARGENT 

3. Restriction des ventes de Council bills, et contrôle du 
change et des exportations. — Parallèlement à cette poli- 
tique d'achats, le Gouvernement indien avait cherché à 
réduire la demande de roupies. Il fut amené à ce sujet, 
dès la fin de décembre 1916, à restreindre les ventes de 
Council bills, premier pas vers une politique de contrôle 
étroit des exportations et du change. 

Le Gouvernement de l'Inde est tous les ans obligé de 
faire à Londres, tant pour le service de sa dette exté- 
rieure, arrérages de pensions, etc., que pour les achats de 
matériel de chemin de fer, des remises qui s'élevaient 
avant la guerre, en moyenne, à £ 26 millions. Le secrétaire 
d'Etat se procurait ces fonds par la vente périodique de 
traites sur l'Inde, qui étaient recherchées parle commerce 
pour le paiement des exportations indiennes. Une sage 
répartition de ces ventes au cours de l'année, avait une 
heureuse action sur la stabilité du change anglo-indien. 
Il arrivait même parfois que le secrétaire d'Etat émit des 
traites pour une somme supérieure à ses besoins, dans le 
seul but de fournir des remises au commerce et d'éviter 
ainsi dans certaines périodes de tension, des envois d'or 
excessifs de Londres vers l'Inde. 

Cette pratique dont la Commission monétaire de 1913- 
1914 avait reconnu les bienfaits, devait être appelée au 
cours de la guerre à prendre une grande extension. Alors 
que les besoins normaux du secrétaire d'Etat avaient 
diminué, notamment par suite de la réduction ou de l'arrêt 
de nombreux travaux de développement des chemins de 
fer indiens, les ventes de Council bills s'élevèrent à des 
sommes toujours plus importantes (1). Ces tirages auraient 

1. Cf. tableau page 62. 



LA DEMANDE DE L'INDE 81 

même pu, à partir de 1916-1917, être diminués ou même 
supprimés sans inconvénient pour la trésorerie du Secré- 
taire d'Etat, car, ainsi que nous l'avons vu (1), les rem- 
boursements par le Gouvernement anglais des sommes 
avancées dans l'Inde par la Colonie, s'élevaient à des 
chiffres bien supérieurs à ceux des charges auxquelles le 
Secrétaire d'Etat avait à faire face. En fait, à partir de 
1916-1917, les tirages de Council bills ne furent effectués 
que dans le but de fournir des remises au commerce et 
de faciliter ainsi le règlement du solde créditeur de la 
balance du commerce de l'Inde. Le paiement de ces traites 
imposait une lourde charge au Gouvernement de l'Inde en 
l'obligeant à mettre en circulation du numéraire pour 
des sommes équivalentes. 

Au cours de l'automne 1916 où la saison d'exportation 
battait son plein, les ventes de Council bills s'élevèrent à 
Rp. 155 millions en octobre et novembre et à Rp. 85 mil- 
lions en décembre. Il était évident que le Gouverne- 
ment de l'Inde n'allait plus bientôt avoir assez de roupies 
pour faire face à ces paiements. Aussi dès le 20 décembre 
1916 les ventes hebdomadaires de Council bills furent 
limitées à Rp. 8 millions, et pour éviter une hausse du 
change d'autres modifications furent apportées à ce sujet. 
Les ventes furent effectuées au taux fixe de 1 sh. 4 1/4 pence 
et une courte liste d'acheteurs agréés fut établie, compre- 
nant des banques de change et quelques très grosses mai- 
sons de commerce. Les unes et les autres devaient s'en- 
gager à ne pas rétrocéder les Council bills à un taux 
supérieur au cours d'achat (2) et d'autre part à réserver 

1. Cf. page 75. 

2. Augmenté naturellement d'une commission de nature à leur 
assurer un profit normal. 

G 



82 LA HAUSSE DU COURS DE l' ARGENT 

leurs ventes de remises tout d'abord pour l'exportation 
des articles nécessaires à la poursuite de la guerre, figu- 
rant sur une liste officielle. Ainsi, grâce à ces restrictions 
financières et au contrôle de la marine marchande, on put 
limiter le flot croissant des Council bills (1) tout en utili- 
sant ces remises au mieux des intérêts du pays. Cependant, 
malgré cette politique (2), les tirages du secrétaire d'Etat 
passèrent de Rp. 466 millions en 1913-1914 à Rp. 470,7 mil- 
lions en 1916-17 et à Rp. 507,2 millions en 1917-1918 (3). 
4. Expansion de la circulation fiduciaire. — La frappe 
des espèces métalliques eut été insuffisante pour per- 
mettre au Gouvernement de l'Inde de satisfaire à ses 
obligations, s'il n'avait développé dans une large mesure 
la circulation fiduciaire (4). Le chiffre maximum du porte- 

1. Pour permettre, d'autre part; le règlement des exportations 
indiennes nécessaires à la poursuite de la guerre, le Secrétaire d'Etat 
invita les banques à se départir de leur pratique habituelle relative 
aux achats de papier. Avant la guerre en effet, pour éviter toute spé- 
culation, elles avaient l'habitude de balancer leur avoir en roupies 
par un avoir égal en monnaie sterling, le Secrétaire d'Etat leur 
demanda d'acheter en excès des traites sur l'Angleterre, s'engageant 
à leur fournir plus tard, au même taux, des sommes équivalentes en 
roupies. 

2. Au sujet du fonctionnement du contrôle et des évasions nom- 
breuses qui eurent lieu, cf. India, Committee on Indian Exchange 
and Currency, 1919, Minutes of évidence, Questions 496 et suivantes. 

3. Cf. tableau page 62. 

4. D'après le système d'émission de l'Inde, qui était inspiré de 
celui de la Banque d'Angleterre, la circulation fiduciaire était gagée 
par de l'or et de l'argent, et aussi par des fonds d'Etat, partie en 
roupies, partie en sterling, dont le chiffre maximum était fixé, à la 
veille de la guerre, à Rp. 140 millions. L'ensemble du gage de l'émis- 
sion qui forme l'actif de la Paper Currency Reserve était détenu par- 
tie à Londres, partie dans l'Inde. Pour plus amples détails sur cette 
question, consulter le rapport final de la Commission monétaire de 
1913-1914, pages 25-29 ; et aussi le mémorandum établi par la Sec- 



LA DEMANDE DE L INDE 



83 



feuille-titres de la Paper Cnrrency Reserve (fonds d'échange 
des billets) fut porté, dès 1915, de Rp. 140 millions à 
Rp. 200 millions. En outre, lapratique d'avant-guerre, qui, 
pour augmenter le chiffre de l'émission, consistait à 
déposer à la Banque d'Angleterre une certaine quantité 

Tableau de l'émission des billets dans l'Inde (1) 

(en millions de roupies) 



Au 31 mars 

de 

l'année 


Emission 
totale 


Circulation 
nette 


Pourcentage des 

réserves d'ar- 
gent par rapport 

au chiffre 

de la circulation 

brute 


Pourcentage des 
réserves métal- 
liques 
(or et argent) 
par rapport au 

chiffre de la 
circulation brute 


1913 


689,8 


563 


23,9 


79,7 


1914 


661,2 


587,2 


31 


78,9 


1915 


616,3 


556,5 


52,5 


77,3 


1916 


677,3 


641,3 


34,8 


70,9 


1917 


863,8 


819,8 


22,2 


43,9 


1918 


997,9 


977,8 


10,8 


38,4 


1919 


1.534,6 


1.500,7 


24,4 


35,8 


1920 


1.745,2 


1.733,2 


22,8 


50,2 



d'or pour le compte de la Paper Currency Reserve, fut 
modifiée, afin d'éviter un resserrement qui n'eût pas 
manqué de se produire sur le marché de Londres. Dès 



tion financière de l'India Office et publié dans le volume d'Appendi- 
ces de la Commission monétaire de 1919, pages 153 et s. 

1. Ce tableau est extrait d'un mémorandum de la Section finan- 
cière de l'India Office, publié dans le volume d'Appendices de la 



84 LA HAUSSE DU COURS DE i/aRGENT 

le début de 1916, le secrétaire d'Etat pour l'Inde fut auto- 
risé à remplacer ces dépôts d'or par des achats de Bons 
du Trésor britannique (1) pour une somme maximum de 
Rp. 60 millions, le chifïre fut élevé par des lois et ordon- 
nances successives. Grâce à ce procédé, une partie des 
fonds que le secrétaire d'Etat recevait du Gouvernement 
anglais en remboursement des avances faites dans l'Inde 
étaient ainsi placées en Bons du Trésor pour le compte de 
la Paper Currency Reserve, cependant que dans l'Inde des 
billets pouvaient être émis pour une somme équivalente. 
Ainsi l'émission proprement fiduciaire, de roupies-papier, 
croissait de jour en jour. 

5. Ventes d'or. — Parallèlement à cette politique d'ex- 
pansion de la circulation fiduciaire et pour atténuer la 
demande de roupies, le Gouvernement fit des tentatives 
diverses pour tirer le meilleur parti de l'or qu'il possédait 
ou pouvait être amené à se procurer. Du 18 janvier au 
26 avril 1917 fut mis sur le marché, par l'intermédiaire 
de la Banque de Bombay, une partie du stock de lingots 
d'or que la Banque d'Angleterre possédait dans l'Indu. Ce 
métal qui provenait notamment des mines indigènes éwit 
gardé là pour éviter les dangers des transports maritimes, 
et fut remboursé à la Banque par un retrait de souverains 
de la Paper Currency Reserve à Londres. Ces ventes qui 

Commission monétaire de 1919, page 155. Il a été complété pour 
l'année 1920 par des données extraites du Report on the Opérations 
ofthe Currency Department... for the year 1919-1920. 

La circulation nette comprend le montant de l'émission totale 
moins le chiffre des billets détenus par les Reserve Treasuries. 

1. Commentant ces événements, Sir William Mejer, dans son dis- 
cours de présentation du Budget indien pour l'année 1918-1919, qua- 
lifie les Bons du Trésor britannique de neœt best thing to gold. Cf. 
East India. Financial Statement and Budget 19i8-1919, page 14. 



LA DEMANDE DE 1,'lNDE 85 

s'élevèrent à une somme de Rp. 61,8 millions, soit environ 
£ 4 millions, eurent un effet analogue à celui d'une impor- 
tation de marchandises étrangères, et, en étant pour les 
provinces une cause de dépense, elles libérèrent d'autant 
une somme de roupies pour la circulation. 

Dès le 29 juin 1917, peu avant de prohiber l'importa- 
tion et l'exportation de l'argent pour le compte des par- 
ticuliers (l),le Gouvernement avait édicté une ordonnance 
d'après laquelle tout l'or importé serait désormais acquis 
par le Gouvernement au taux de Rp. 1 pour 7,79321 grains 
de fin, qui fut modifié ultérieurement avec l'élévation du 
cours de la roupie au mois d'août 1917. Par cette mesure 
le métal jaune envoyé par les importateurs japonais de 
coton et les importateurs américains de jute, accrut la 
réserve métallique du Trésor indien d'une somme qui 
s'éleva à Rp. 183,7 millions, du mois de juin 1917 à la fin 
de mars 1918 (2). Certes si ces souverains étaient mis en 
circulation, on ne pouvait espérer les y voir rester, la 
prime dont ils étaient l'objet dans l'Inde depuis le début 
de la guerre s'y opposait. Néanmoins, poussé par la néces- 
sité et aussi avec la secrète pensée que peut-être il en 
pourrait résulter la diminution ou même la disparition de 
la prime sur l'or, le Gouvernement mit en circulation 
d'avril à août 1917 des souverains, pour une valeur de 
Rp. 82,4 millions (3), principalement dans le nord de 
l'Inde, à l'occasion d'achats de blé pour le ravitaillement 
métropolitain. Ces espèces ne tardèrent pas à revenir en 

1 . 3 septembre 1917. 

2. Cf. Committee on Indian Exehange and Currency, 4919. Minu- 
tes of évidence. Question 184. 

3. Cf. Report on the Opérations of the Currency Department... 
for the year 1917-1918, page 22. 



86 LA HAUSSE DU COURS DE L'ARGENT 

grande partie à Bombay où elles furent refondues malgré 
les prohibitions en vigueur. La quantité mise sur le 
marché était insuffisante à donner satisfaction aux 
demandes de métal jaune comprimées depuis le début des 
hostilités. La prime sur l'or baissa pendant quelque temps, 
mais en somme le souverain avait depuis 1914 cessé de 
jouer un rôle monétaire dans l'Inde, et ces ventes permi- 
rent seulement d'atténuer la demande de roupies dans 
la même mesure que l'eussent fait des ventes de lingots. 



III 

1918 

La crise monétaire. 

Achat au Gouvernement américain 

de 200 millions d'onces d'argent (Pittman Act) 

Au début de l'année 1918 la situation monétaire parut 
inquiétante. Les divers facteurs d'absorption de numéraire 
dont nous avons dit l'action au cours des deux années pré- 
cédentes, loin de s'atténuer, prenaient un développement 
toujours accru. L'écart entre les exportations et les impor- 
tations de marchandises s'élargissait toujours, cependant 
que le Trésor indien voyait tous les jours s'élever le chiffre 
de ses dépenses de guerre faites pour le compte de la 
Métropole et recouvrables en sterling à Londres. De grosses 
difficultés qui parurent insurmontables, s'opposaient à ce 
que le Gouvernement de l'Inde, à l'instar des Gouverne- 
ments européens, fit face à ses débours d'une importance 
exceptionnelle, uniquement par des émissions de papier- 
monnaie. Avant la guerre, la circulation fiduciaire indienne 



LA DEMANDE DE L'iNDE 87 

était très restreinte et son usage n'était généralement 
répandu que dans les grandes villes. Des obstacles divers 
empêchaient son extension jusqu'au cœur même des provin- 
ces ; d'ailleurs, supplanter la faveur traditionnelle des 
métaux précieux ne pouvait être l'œuvre d'un jour. Le 
caractère périssable des billets mettait la fortune du 
paysan à la merci de l'eau, du feu, et des insectes, risques 
très grands si l'on songe aux longues périodes de pluie, 
à la protection sommaire de la hutte de terre du paysan, 
ainsi qu'aux ravages des fourmis blanches. 

Pour favoriser le développement de l'usage des billets, 
le gouvernement avait au cours des années précédentes 
étendu les facilités de remboursement. Alors qu'il n'était 
tenu par la loi d'échanger des billets contre des roupies 
ou des souverains, qu'à chacun des cinq Offices monétai- 
res (1), le Gouvernement avait, par tolérance, permis le 
remboursement des billets par certains comptables du 
Trésor dans toutes les villes importantes des provinces. 
Dans le même but en janvier 1917, alors qu'auparavant 
les coupures les plus faibles étaient de 5 roupies, il fut 
procédé à l'émission de billets de 1 et 11/2 roupie, et 
dans les grandes villes, les gros employeurs furent invi- 
tés à payer en papier les salaires de leur personnel. 

Dans son désir d'accroître l'émission de billets, le Gou- 
vernement se voyait cependant limité de deux manières : 
d'une part par la capacité d'absorption de la circulation et 
aussi par le risque du cours forcé. A cet égard, le danger 
croissait de jour en jour, depuis quelque temps déjà cette 
dernière éventualité était envisagée dans la correspon- 



4. Chefs-lieux des cinq grandes divisions entre lesquelles l'Inde 
est divisée au point de vue monétaire. 



88 LA HAUSSE DU COURS DE LARGENT 

dance officielle entre l'Inde et la Métropole. Dès juillet 
1917, le Gouvernement de l'Inde (1) tenait à avertir le Secré- 
taire d'Etat que la déclaration du cours forcé serait le signal 
d'une catastrophe, et se plaignait que l'Inde pût être 
acculée à une telle mesure alors que le paiement de ses 
créances en or par Londres et New- York, auquel elle 
eût pu légitimement prétendre, lui aurait évité pareil dan- 
ger. Le 23 janvier 1918, le contrôleur de la circulation de 
l'Inde développait dans un mémorandum les dangers du 
cours forcé et en montrait les répercussions possibles : 
désorganisation du crédit public, dépréciation de la cir- 
culation fiduciaire, et les achats pour le ravitaillement 
ainsi que le recrutement militaire mis en péril. 11 pré- 
voyait des troubles industriels à Galcuta, Bombay et 
Gawnpore. La confiance dans l'Angleterre pouvait être 
ébranlée et la sécurité de la colonie mise en jeu. 

L'appréhension de ces graves dangers hantait le Gou- 
vernement de l'Inde au cours du premier trimestre 1918, 
la circulation fîdiuciaire avait du 31 juillet 1914 au 31 dé- 
cembre 1917 crû de 44 0/0, cependant que la couverture 
en roupies était tombée de 45 0/0 à 15 0/0. En présence 
de cette diminution du stock de roupies possédé par le 
Trésor, les négociants acheteurs de coton (3) firent à la fin 
du premier trimestre 1918 d'importants retraits d'espèces 
afin de n'être point pris au dépourvu alors que la saison 
des achats dans les provinces allait commencer. Immédia- 
tement après les vacances de Pâques, ce mouvement de 

t. Dépêche du 7 juillet 1917, cf Committee on Indian Exchange 
Currency, 1919. Minutes of évidence, 'page 81. 

2. Cï.lbid.. page M. 

3. Le prix du coton s'élevait de jour en jour et il leur était néces- 
saire de pouvoir payer leurs achats en métal, au moins pour partie. 



LA DEMANDE DE l/lNDE 89 

retraits prit même un caractère de panique, des nouvelles 
pessimistes concernant la rupture du front français et le 
bombardement de Paris circulaient, et le bruit se répan- 
dait que le Gouvernement allait être obligé de déclarer le 
cours forcé du billet. En trois jours l'encaisse argent de 
l'Office monétaire de Bombay tomba de Rp. 13 millions à 
Rp. 1,9 millions et si grâce à d'importants envois de rou- 
pies la panique put être calmée, les retraits n'en conti- 
nuèrent pas moins sur divers points du territoire avec une 
grande ampleur et dépassèrent la production des Mon- 
naies qui travaillaient cependant à force. Le stock de rou- 
pies frappé au cours de l'année 1917-1918 qui s 'était élevé à 
Rp. 231 ,2 millions, avec un achat correspondant d'argent 
de 83 3/4 millions d'onces était épuisé, et il était notoire 
qu'avec une production mondiale restreinte, il devenait 
impossible au Gouvernement de l'Inde de se procurer sur 
le marché l'argent qui lui était nécessaire. Pour donner 
satisfaction aux demandes de roupies de la population, il 
eût eu besoin pour l'année 1918-1919 de l'ensemble de la 
production mondiale. Des négociations venaient d'être 
engagées aux Etats-Unis par Lord Reading et Sir James 
Brunyate et le vote du Pittman Act le 22 avril aux Etats- 
Unis mit à la disposition du Gouvernement de l'Inde 
200 millions d'onces d'argent à provenir de la refonte des 
dollars gardés dans la caisse du Trésor américain. Cette 
mesure sauva l'Inde d'une crise très grave. Dès quela nou- 
velle du vote de l' Act fut connue le Gouvernement se hâta 
de lui donner une large publicité, en même temps qu'une 
Ordonnance récemment promulguée permettait d'inscrire 
à l'actif de la Paper Gurrency Reserve l'argent acheté en 
Amérique et se trouvant encore sur mer. 

La situation ne cessait point d'être critique : il y eut des 



90 LA HAUSSE DU COURS DE L'ARGENT 

commencements de panique à Calcutta et à Lahore. Cepen- 
dant que dans le Punjab où la saison du blé battait son 
plein, les billets qui servaient à payer les achats étaient 
immédiatement présentés pour remboursement à l'Office 
monétaire. Dès le 20 mai le transport des roupies par 
chemin de fer fut prohibé et il en fut de même, peu de 
jours après, des envois par la poste. Le Gouvernement dut 
même recourir à d'autres expédients : la faculté de rem- 
boursement des billets fut restreinte pour l'ensemble de 
l'Inde aux cinq Offices monétaires principaux, et T« Empire 
Day » fut déclaré jour férié afin de permettre à la Mon- 
naie la frappe d'un important envoi d'argent qu'elle 
venait de recevoir, et de remplir ainsi les caisses du Tré- 
sor à peu près vides. Lord Reading avait obtenu du Gou- 
vernement américain une avance de plusieurs millions 
d'onces sur l'argent à provenir des refontes de dollars 
autorisées par le Pittman Act. Un torpilleur, le « North- 
brook », fut envoyé à Hong-Kong au devant de la première 
cargaison d'argent afin que l'arrivée dans l'Inde fût plus 
rapide. C'est au cours de la première semaine de juin 
1918 que l'encaisse de roupies du Trésor atteint son 
niveau le plus bas, elle tomba à ce moment à Rp. 41,4 mil- 
lions pour l'ensemble de l'Inde. Ce n'est que grâce à beau- 
coup d'ingéniosité que le Gouvernement de l'Inde avait 
réussi au cours de ce premier semestre à éviter de décla- 
rer officiellement le cours forcé. 

En août par mesure exceptionnelle, des souverains 
durent être mis en circulation en plusieurs endroits ; ce fut 
d'ailleurs avec le même résultat que lors de l'expérience pré- 
cédente (1). Cependant le Gouvernement de l'Inde faisait 

1. Avril-août 1917, cf. supra page 85. 



LA DEMANDE DE i/lNDE 91 

une active propagande parmi les commerçants pour déve- 
lopper l'usage des billets. En juillet et août la récolte de 
jute fut financée presque complètement avec des billets, il 
en fut de même plus tard pour la récolte de coton dans la 
région de Bombay et celle de riz dans le Burmah. Cette 
extension de l'usage de la monnaie de papier ne fut point 
acceptée partout bénévolement, une forte pression admi- 
nistrative fut exercée dans ce sens, et en bien des endroits 
les roupies -papier ne s'échangèrent qu'avec une dépré- 
ciation de 10 à 20 0/0. 

L'absorption de roupies métalliques continua à être très 
élevée au cours de l'année. En décembre, elle dépassa 
tous les records précédents et fut de Rp. 62,5 millions, 
cependant que dans la seule ville de Bombay Rp. 5,3 mil- 
lions furent mis en circulation en un jour. Pour faire face 
à ces grosses demandes de numéraire, le Gouvernement de 
l'Inde avait dû faire de gros achats d'argent : 54,5 mil- 
lions d'onces furent achetées aux Etats-Unis en sus des 
quantités provenant du Pittman Act, 8,3 millions d'onces 
en Australie et 7,4 millions d'onces en Extrême-Orient, en 
outre le Gouvernement acquit la production des mines 
indigènes soit environ 1,8 millions d'onces (1). 

Au cours de l'année fiscale 1918-1919 le monnayage 
s'était élevé àRp. 507,9 millions et avait nécessité l'emploi 
de 176,2 millions d'onces d'argent. 



1. Cf. Report on the Opérations of the Currency Department... 
for tke y ear 1918-1919, page 7. 



92 LA HAUSSE DU COURS DE i/ARGENT 

IV 

1919 et 1920. 

L'absorption continue de roupies. 
La réunion d'une commission de réforme monétaire 

puis 

La crise économique mondiale de 1920. 

L'arrêt des achats d'argent du Gouvernement indien. 

Le vote du Pitlman Act et les envois d'argent américain 
n'avaient apporté au problème monétaire indien qu'une 
solution provisoire. Au cours de l'année fiscale 1919-1920 
la frappe de roupies s'éleva à Rp. 370,5 millions et néces- 
sita l'emploi de 125,4 millions d'onces d'argent. Durant le 
même temps le Gouvernement indien acheta : 104,5 mil- 
lions d'onces d'argent (1) : 

Millions d'onces 

(2) Argent du Pittman Act 56,2 

Achats aux Etats-Unis 39,9 

— à Londres 0,5 

— en Australie 5,4 

— de la production indigène ... 2,3 



t04,5 



Vers la fin du premier semestre 1919, la reprise com- 
merciale qui se manifesta à travers le monde, ne pouvait 
manquer d'avoir son effet dans l'Inde. La libération pro- 
gressive des restrictions qui gênaient les transactions 
internationales permit au commerce extérieur de l'Inde 



i . Chiffres extraits du Report on the Opérations of the Carrency 
Department ... for the year 1918-1919, page 8. 

2. Les dernières livraisons eurent lieu au milieu de l'été 1919. 



LÀ DEMANDE DE L'iNDE 93 

d'atteindre un chiffre de Rp. 5.278,6 millions inconnu jus- 
qu'à ce jour, cependant que le solde créditeur de la 
balance du commerce dépassait aussi celui des années 
précédentes (1). Les dépenses eifectuées par le Gouverne- 
ment de l'Inde pour le compte de la Métropole, continuè- 
rent encore cette année et le secrétaire d'Etat recouvra de 
ce chef à Londres £ 61 millions. De plus, un autre facteur 
important dans la demande de roupies fut la hausse des 
prix, qui fut très sensible au cours de Tannée, et qui se 
développa beaucoup plus rapidement qu'au cours des 
années précédentes. 

Nombres -indices des prix de gros dans l'Inde publiés par le 
Service de la Statistique de l'Inde (2) 



Années . . 


1914 (fin juil 


llet) 


1949 


4920 


4921 


Nombres 


400 




498 


204 


481 



Le chiffre de la circulation qui s'était tant accru (3) au 
cours des deux années précédentes fut encore insuffisant 
pour faire face aux besoins nouveaux, et quelque grande 
que fût l'émission de billets, la demande de roupies n'en 
était pas moins intense, et au fur et à mesure de la frappe 
poussée dans les ateliers monétaires à son maximum, les 
roupies étaient absorbées par la circulation. 

4. Cf. tableau page 62. 

2. Ces chiffres sont extraits du Fédéral Réserve Bulletin, avril 1922, 
page 443. Nous regrettons qu'il ne nous ait pas été possible d'avoir 
ces données pour la période comprise entre 4914 et 4949. Bien que 
la base en soit légèrement différente, ces nombres-indices sont approxi- 
mativement comparables à ceux mentionnés page 77. 

3. Lé développement de la circulation fiduciaire de l'Inde durant 
ces dernières années fut une grande surprise pour les hommes res- 
ponsables des finances de l'Inde. Cf. à cet égard l'opinion de Sir 
Lionel Abrahams, Sous-secrétaire d'Etat adjoint pour l'Inde, dans 
Committee on Indian Exchange and Currency. Minutes of Evidence, 
Question 77 . 



94 LA HAUSSE DU COURS DE L ARGENT 

La libération du marché de l'argent vint rendre plus 
délicat encore le problème de l'approvisionnement de 
l'Inde en métal blanc, et les quantités disponibles sur le 
marché furent notablement réduites pir suite des énormes 
achats de la Chine au cours du deuxième semestre de 1919. 
La plus grande facilité de se procurer de l'or, fut à ce 
moment d'un grand secours pour le Gouvernement indien. 
Dès le mois de juin 1919 les Etats-Unis avaient supprimé 
l'embargo sur les exportations d'or et le 12 septembre le 
Gouvernement britannique avait permis la vente libre et 
l'exportation (1) de l'or produit dans les Dominions et 
Colonies et importé à Londres. Jusque vers le milieu de 
septembre 1919 les importations d'or dans l'Inde pour le 
compte des particuliers ne furent point très grandes : elles 
étaient soumises en effet à l'acquisition obligatoire par le 
Gouvernement, dont le taux d'achat variable avec la 
hausse en sterling de la roupie ne tenait point compte de 
la dépréciation de la £ par rapport au dollar, et sous-éva- 
luait d'autant l'or importé. A partir du 15 septembre, le taux 
d'acquisition de l'or fut établi de telle sorte qu'il variât non 
seulement avec la hausse du change de la roupie par rap- 
port à la £, mais aussi avec la prime de For sur la f (1). 
Grâce à cette mesure, bien des commerçants étrangers, 
surtout Américains et Japonais, payèrent leurs achats de 
produits indiens avec des envois de métal jaune qui s'éle- 
vèrent pour l'année 1919-1920 à une valeur de Rp. 
113,2 millions (2). Outre cette quantité d'or, le Gouverne- 

4. Au sujet des détails relatifs à la réglementation des importa- 
tions d'or, cf. Committee on Indian Exchange and Currency 1919. 
Minutes of évidence. Questions 3.983 et s. 

2. Cf. Report on the Opérations ofthe Currency Department... for 
the year 1919-1920, pages 21-23. 



LA DEMANDE DE L'iNDE 95 

ment s'en procura Rp. 357,6 millions par des achats 
divers à Londres, aux Etats-Unis, en Australie et au Canada. 
Il institua même dans ce but à New- York et à Ottawa des 
ventes de traites sur l'Inde payables en or. Cette politique 
d'achats avait le double avantage de transférer dans l'Inde 
une partie du solde créditeur du Gouvernement indien à 
Londres, et aussi de mettre à sa disposition d'importan- 
tes quantités d'or dont la vente aux bazars indiens devait 
amener une atténuation de la prime sur le souverain dans 
l'Inde et rendre les demandes de roupies moins pressan- 
tes. Du 3 septembre 1919 au 17 mars 1920, 9.059.710 
tolas (2) furent ainsi vendus aux enchères et le cours de For 
tomba de Rp. 32,4 par tola, en septembre, à Rp. 20, 12, 
fin février 1920. 

L'or vint ainsi, à partir du quatrième trimestre 1919, 
apporter dans l'Inde une amélioration temporaire à une 
situation difficile. Certes les jours de panique de 1918 
étaient passés et les ateliers monétaires arrivaient à frap- 
per la quantité d'espèces nécessaires aux besoins, mais 
alors que le métal provenant du Pittman Act était épuisé, 
que le marché de l'argent était devenu libre et que 
l'absorption de la Chine était de jour en jour plus impor- 
tante, le Gouvernement de l'Inde envisageait le jour pro- 
chain où il n'allait plus pouvoir se procurer l'argent 
nécessaire à ses besoins. D'autre part la hausse des cours 
du métal blanc jointe à la dépréciation de la £ avaient 
obligé le Gouvernement à porter par échelons successifs 
la valeur de la roupie de 1 sh. 6 pence en avril 1919 à 
2 sh. 4 pence en décembre 1919. Cette hausse du change 
n'était point sans amener la désorganisation du système 
monétaire au fonctionnement complexe qu'est le Gold 
Exchange Standard, et l'on sentait le besoin de prendre 



96 LÀ HAUSSE DU COURS DE L'ARGENT 

des décisions importantes après un examen approfondi de 
la situation. Le 30 mai 1919 avait été réuni sous la prési- 
dence de Sir Henry Babington-Smith une Commission 
monétaire (1) qui après une longue enquête rédigea un 
rapport daté du 22 décembre 1919 et publié au début de 
février 1920. 

La diversité des propositions présentées au cours des 
débats montre le désarroi des esprits en face de la situa- 
tion exceptionnelle du moment ; tour à tour furent pro- 
posés : l'abaissement de la teneur en argent de la roupie, 
l'émission de pièces de 2 ou 3 roupies, de titre faible, 
l'arrêt des achats d'argent si les cours dépassaient un 
maximum à fixer, et avec déclaration temporaire du cours 
forcé s'il était nécessaire, etc. Le problème de la stabili- 
sation de la roupie par rapport à l'or ou à la £, ainsi 
que le choix du taux de stabilisation, furent aussi l'objet 
de nombreuses discussions où les intérêts privés ainsi 
que des problèmes de politique coloniale étaient étroite- 
ment mêlés. D'aulre part la hausse des prix dans l'Inde, 
bien que notablement inférieure à celle existant dans les 
autres pays, préoccupait beaucoup le Gouvernement et le 

1. La lettre de convocation de la Commission précisait ainsi son 
champ d'action et son but. La Commission est réunie : 

« Pour étudier, tant au point de vue des principes que des détails 
« d'application, l'effet de la guerre sur le système monétaire et le 
« change indien, ainsi que sur l'émission des billets dans llnde ; 

« Pour envisager en tenant compte de l'expérience récente et aussi 
« des variations futures du cours de l'argent, si des modifications doi- 
« vent être apportées dans ces principes ou dans ces détails d'applica- 
« tion » ; 

Pour émettre des avis tant au sujet de ces modifications qu'au sujet 
de la politique à adopter afin de donner satisfaction aux besoins du 
commerce, maintenir une circulation monétaire satisfaisante, et assu- 
rer la stabilité du Gold Exchange Standard. 



LA DEMANDE DE i/lNDE 97 

rendait adversaire d'une stabilisation de la roupie à un 
niveau notablement inférieur à celui du moment. Une 
telle mesure eût amené « une hausse des prix à l'intérieur 
« et une aggravation des dangers résultant du malaise 
« économique et social » (1). 

La Commission fut ainsi conduite à proposer un change 
élevé qui, en même temps, permettrait l'achat de l'argent 
à des cours tels (2) que, la parité métallique de la monnaie 
blanche des divers pays étant dépassée, il était permis de 
penser que le maximum possible de la hausse de l'argent 
était ainsi prévu. Le Gouvernement de l'Inde adopta les 
conclusions de la Commission et annonça, le 2 février 
1920, son intention d'acheter désormais l'or importé au 
taux de 1 roupie pour 11,30016 grains de fin (soit 10 rou- 
pies pour 1 souverain) et de maintenir le cours de la 
roupie à ce taux par des ventes de Reverse Councils s'il 
était nécessaire (3). 

Les spéculations nombreuses qu'avaient engendrées 
depuis le début de l'année 1920 les délibérations de la 
Commission monétaire, et ainsi que plus tard l'annonce de 
la stabilisation à un taux aussi élevé, provoquèrent un gros 
mouvement de fonds de l'Inde vers la Métropole. Dès le 
5 janvier, le Gouvernement de l'Inde avait été obligé, pour 



1. Cf. Report ofthe Committee on Indian Exchange and Currency, 
1919, page 22. 

2. Avec le taux de la roupie fixé à 10 roupies pour un souverain, 
ce n'est que lorsque l'argent cote 138 cents que la valeur métallique 
de la roupie atteint sa valeur légale. 

3. L'application de la réforme monétaire à la circulation intérieure 
ne fut effectuée que plus tard, et le taux de 10 roupies pour un sou- 
verain ne fut rendu légal qu'à partir du 1 er octobre 1920. 

Cf. Act du 8 sept. 1920, reproduit dans le Fédéral Reserve Bulle- 
tin, décembre 1920. 

7 



98 

soutenir le change, de mettre sur le marché des Reverse 
Councils. Chacun voulut profiter de l'occasion d'un taux 
de change si élevé, et que l'on présumait de courte durée, 
pour rapatrier à Londres des capitaux qui s'étaient accu- 
mulés dans l'Inde durant la guerre. Ce mouvement qui, 
à l'origine, fut seulement une spéculation sur le change, 
reçut une base plus forte avec la crise commerciale qui 
commença à se développer de par le monde au début du 
deuxième trimestre 1920 et dont l'Inde ne fut point 
exempte. Les exportations furent les premières affectées 
par ce nouvel état de choses ; les pays occidentaux encom- 
brés de stocks et dont le pouvoir d'achat avait notable- 
ment baissé, diminuèrent leur demande de produits 
indiens. En outre, à la suite de la mauvaise récolte indi- 
gène, le Gouvernement fut obligé de prohiber l'exporta- 
tion des céréales. Les importations gardèrent pendant les 
trois quarts de l'année fiscale, un niveau très élevé main- 
tenu surtout par des livraisons tardives en exécution d'or- 
dres passés l'année précédente. 

Au cours de l'année 1920-1921 la balance du commerce 
de l'Inde indique un solde net d'importations de 
Rp. 792,6 millions, alors que l'année précédente il y avait 
eu un solde de signe inverse de Rp. 1.259,9 millions. 
Cette situation du commerce extérieur ne fit qu'amplifier 
les demandes de remises sur l'étranger. Le Gouvernement 
essaya tout d'abord de maintenir le change de la roupie 
au pair de 2 shillings-or, en mettant en vente chaque 
semaine un chiffre limité de Reverse Councils. Mais la 
demande du marché était telle qu'il se créa un taux offi- 
cieux dont l'écart avec le taux officiel croissait de jour en 
jour. Le Gouvernement était débordé, en juin il ne 
chercha plus à maintenir que le cours de 2 shillings-ster- 



LA DEMANDE DE L'iNDE 99 

ling, et enfin, en septembre, après avoir vendu depuis le 
mois de janvier pour £ 47 millions de Reverse Councils, il 
reconnaissait son impuissance à maintenir le cours de la 
roupie et arrêtait les ventes de traites sur Londres, lais- 
sant le cours de la roupie libre de suivre les fluctuations 
du marché. La baisse du cours de l'argent avait notable- 
ment aidé ce mouvement de chute. 

Ces événements désastreux eurent cependant pour effet 
d'enlever au Gouvernement indien le souci de trouver du 
métal blanc. Par suite de la situation économique géné- 
rale et des grosses ventes de Reverse Councils, le Gouver- 
nement put enregistrer cette année un important reflux de 
Rp. 240 millions vers les caisses du Trésor. Aussi ses 
achats d'argent à l'étranger au cours de l'année 1920-1921 
ne furent que d'une valeur de Rp. 3,9 millions au lieu de 
Rp. 300 millions durant l'année précédente; dans le 
même temps, la valeur de ses importations nettes d'or 
baissa de Rp. 362,9 millions à Rp. 109,9 millions (1). 

A partir du 20 juin 1920, l'importation de l'or pour le 
compte des particuliers fut rendue libre et, le 3 juillet, il 
en fut de même pour les importations d'argent. En mai et 
juin, la baisse du prix de l'argent avait provoqué quel- 
ques achats des bazars ; ce mouvement se développa au 
cours du mois de septembre, parallèlement à de grosses 
ventes spéculatives d'or. C'est ainsi que durant l'année 
fiscale 1920-1921, le mouvement des métaux précieux — 
monnaies et lingots — effectué entre l'Inde et l'étranger 
pour le compte des particuliers présente un solde net 
d'exportations d'or de Rp. 88,8 millions, contre une impor- 
tation nette d'argent de Rp. 63,2 millions. 

1. Cf. Review of Trade of India, 1920-1921, page 37. 



CHAPITRE IV 



LA DEMANDE CHINOISE 



La complexité du problème monétaire en Chine 

D'une population estimée à plus de 400 millions d'habi- 
tants vivant sur un territoire de 4.893.000 kilomètres car- 
rés (1), la Chine ne joue point actuellement dans le monde 
une influence proportionnelle à ces données, néanmoins, 
au regard du marché de l'argent, son rôle est des plus 
importants. En 1913, où la production mondiale de ce 
métal s'éleva à 224 millions d'onces, la Chine en absorba 
d'après les chiffres publiés par l'Administration des 
Douanes une quantité égale à environ 50 millions d'onces 
soit près du quart. 

Généralement classée parmi les pays monométallistes- 
argent, une qualification aussi tranchée est insuffisante et 
inexacte pour la caractériser; d'aucuns ont même douté 
que les Chinois aient une monnaie tout au moins dans 
l'acception complète que nous donnons à ce mot. Une 



4. Ces chiffres qui sont extraits du China Year Book pour l'année 
1949 ne se rapportent qua la Chine propre, à l'exclusion de la Mon- 
golie, du Tibel et du Turkestan chinois. 



LA DEMANDE DE LA CHINE 101 

pièce de monnaie est en effet considérée ici uniquement 
comme une marchandise ordinaire dont les moyens de 
communication sommaires du pays ne permettent point 
une répartition proportionnée aux besoins sur les divers 
points du territoire. Rare à un endroit, trop abondante à 
un autre, elle est soumise ainsi à des variations de valeur 
considérable dans le même temps en divers lieux. 

Plusieurs métaux circulent d'ailleurs concurremment à 
titre monétaire, l'usage de l'argent et du cuivre est con- 
sacré par la loi et par la tradition pour le règlement des 
transactions, sans qu'un rapport fixe de valeur soit observé 
entre eux. Toute comparaison à cet égard est rendue fort 
difficile du fait de la grande variété de poids et de titres (1) 
des monnaies en circulation. En ce qui concerne l'argent, 
les lingots même circulent et ont un pouvoir libératoire. 
Les usages locaux viennent encore modifier les résultats 
donnés par la comparaison des poids de fin des deux 
métaux ; tout boutiquier, se considérant un changeur, a des 
taux variables de conversion suivant qu'il achète ou qu'il 
vend. Il a d'ailleurs un champ fort large ouvert à son 
esprit de spéculation, surtout si l'on observe, qu'aux élé- 
ments de fluctuation déjà indiqués, Ton doit ajouter 
l'existence d'un change variable entre une monnaie déter- 
minée et ses pièces divisionnaires de même métal. 

Un tel état de chose dérive de la conception particulière 
que se font les Chinois de la monnaie et aussi de la 
situation politique du pays. La Chine, dont l'étendue est 

4. On peut trouver d'abondants détails sur la diversité des taels et 
dollars dans Morse, Administration and Trade of China, Chapitre V, 
dans U. S. Mint Report, année 1917, p. 234 et année 1918, p. 220 et 
en français dans Ki-Tson-Mong, Etude sur la réforme monétaire en 
Chine, pages 24-30. 



102 

immense, ne jouit point d'un pouvoir central faisant sen- 
tir son action jusqu'aux limites territoriales du pays d'une 
manière aussi forte que nous avons coutume de le voir 
dans nos pays occidentaux (1). Les liens qui resserraient 
les provinces au Trône s'étaient beaucoup relâchés durant 
la décadence de la dynastie mandchoue et la révolution 
de 1911 ouvrit une ère d'anarchie dont le pays ne s'est 
point encore dégagé. Les provinces tendent à vivre chacune 
de leur vie propre, sous la dictature de Tuchuns ou gouver- 
neurs militaires, qui sans souci trop souvent de l'unité natio- 
nale se groupent ou bataillent entre eux suivant l'intérêt du 
moment. A l'heure où nous écrivons ces lignes, la Chine 
est divisée en deux grandes factions — Nord et Sud — 
ayant chacune leur Parlement, leur Gouvernement, leurs 
armées et percevant des impôts sur tout le territoire où 
leur contrainte militaire peut s'exercer. Adaptés à un 
pareil état de chose les paysans et petits boutiquiers pour- 
suivent le cours de leurs affaires dans la mesure que le 
leur permettent les exigences militaires du moment, peu 
intéressés par les combinaisons politiques que les intérêts 
particuliers nouent et dénouent au-dessus d'eux. 

L'absence d'une forte organisation politique et finan- 
cière a permis aux monnaies des pays voisins de se 
répandre dans le voisinage des frontières ou des ports sur 
de larges zones où leur usage est parfois prédominant. 
C'est ainsi que le rouble circule dans la Mandchourie du 
Nord, le yen dans la Mandchourie du Sud, le dollar de 
Hong-Kong dans le Kwangtung et le Kwangsi et la piastre 



1. C'est à des raisons de politique intérieure que l'on doit principa- 
lement attribuer l'échec des diverses tentatives faites jusqu'à ce jour 
pour réformer le système monétaire de la Chine. 



LA DEMANDE DE LA CHINE 103 

indo-chinoise et la roupie dans le Yunnan. Une telle 
variété dans la circulation monétaire s'exerçant sur un 
pays si vaste, comparable plutôt à un continent ou à un 
groupe de pays différant entre eux tant par le climat que 
par la langue et les ressources naturelles, rend l'action de 
la Chine sur le marché de l'argent fort délicate à étudier. 

La difficulté en est encore accrue par le caractère très 
sommaire de l'information économique sur ce sujet. Et si 
les renseignements publiés par l'Administration des Doua- 
nes ou les rapports consulaires des agents étrangers peu- 
vent fournir des suggestions (1), leur caractère fragmen- 
taire ou trop vague ne permet point une étude rigoureuse 
telle qu'en suscitent des problèmes analogues dans nos 
pays. 

De bons esprits, remarquablement placés pour se for- 
mer une opinion à ce sujet, se sont toujours retranchés 
derrière la discrétion nécessaire à l'homme d'affaires et 
ont évité avec soin de sortir des sentiers battus. Il nous a 
paru cependant, qu'un chapitre sur la demande de l'ar- 
gent dans le monde serait trop incomplet si l'importance 
du rôle de la Chine n'y était exposé, et que malgré les 
nombreux points obscurs qui subsistent encore sur cette 
question un essai synthétique devait être tenté. 

1. Il ne nous échappe pas en effet que les statistiques de mouve- 
ments de métaux précieux sont choses fort délicates à établir et pres- 
que toujours imparfaites, celles du Service des Douanes chinoises n'y 
font point exception, aussi valent-elles moins comme données précises 
du chiffre des métaux précieux importés et exportés que comme indi- 
cations du sens du courant. Nous avons toujours d'ailleurs cherché à 
étayer ces données par la contre-épreuve de statistiques étrangères, 
ainsi que par les indications fournies par les circulaires des courtiers 
en argent de Londres ou les renseignements personnels qu'il nous a 
été possible d'obtenir. 



104 



LA HAUSSE DU COURS DE L ARGENT 



L'action de la Chine sur le marché de l'argent fut d'ail- 
leurs beaucoup plus complexe qu'un raisonnement a 
priori eut pu le faire supposer en 1914. Depuis 1909, elle 
avait régulièrement tous les ans un solde net d'importa- 

Tableau des importations et des exportations chinoises 
de métaux précieux en 1.000 Haikwan taëls 



1911 




ARGEN 


l H 

Importations! 

nettes (+) \ 
Exoortations 
nettes (— ) / 




OR 


Importations! 

nettes (+) | 
Exportations 

nettes (— ) J 


Métaux pré- 
cieux 

Total net 


(0 

a 
.2 

o 
o. 

a 


C 

.2 

(m 

o 

Q. 

w 


a 

o 

c 

a 


OS 

a 
o 

« 

o 

f-v. 
M 

w 


61.083 


22.777 


+ 38.306 


4.024 


2.491 


-f 1.533 


+ 39.839 


1912 


45.098 


25.850 


+ 19.248 


9.297 


1.838 


-f 7.459 


+ 26.707 


1913 


55.711 


19.743 


+ 35.968 


3.065 


4.451 


— 1.386 


4- 34.582 


1914 


16 499 


30.122 


— 13.623 


861 


18.862 


— 13.000 


- 26.623 


1915 


20.718 


39.100 


- 18.382 


819 


18.211 


— 17.392 


— 35.774 


1916 


37.088 


65.766 


— 28.678 


19.903 


8.102 


-f ll.MH 


- 16.877 


1917 


27.507 


48.490 


— 20.983 


13.872 


5.025 


4- 8.847 


- 12.136 


1918 


36.124 


12.629 


-f 23.495 


1.228 


2.282 


— 1.054 


4 22.441 


1919 


62.094 


8.968 


+ 53.125 


51.079 


9.896 


4 41.173 


4 94.298 


1920 


126.354 


33.715 


+ 92.639 


50.967 


68.469 


- 17.502 


4- 75.137 



Nota. — Les chiffres relatifs au commerce extérieur de la Chine sont 
extraits des publications du Service des douanes maritimes chinoises. 



tions d'argent, et ce mouvement paraissait ne devoir que se 
développer avec les demandes de matières premières par 
les belligérants. En fait, ce n'est qu'après avoir alimenté 
durant 1916 et 1917 les besoins des pays voisins, que la 
demande de la Chine se manifesta avec toute son ampleur 



LA DEMANDE DE LA CHINE 



105 



et fut un des facteurs prépondérants dans la hausse des 
cours de l'argent en 1919. 



Tableau du commerce extérieur (marchandises) de la Chine 
en 1.000 Haikwan taëls 





Importations 


Exportations 


Total 


Importations 
nettes 


1911 


471.504 


377.338 


848.842 


94.166 


1912 


473.097 


370.520 


843.617 


102.577 


1913 


570.163 


403.306 


973.469 


166.857 


1914 


569.241 


356.227 


925.468 


203.014 


1915 


454.476 


418.861 


873.337 


35.615 


1916 


516.407 


481.798 


998.205 


34.609 


1917 


549.519 


462.932 


1.012.451 


86.587 


1918 


554.893 


485.883 


1.040.776 


59.010 


1919 


646.998 


630.809 


1.277.807 


16.189 


1920 


762.250 


541.631 


1.303.881 


220.619 



Nota. — Le Haikwan taël est une monnaie de compte qui représente 
un poids d'argent fixé par les traités franco-chinois et anglo-chinois de 
1858 à 37 gr. 783 et à 583,3 grains. 100 Haikwan taëls =: 111,40 taëls de 
Shanghaï. 

La valeur moyenne du Haïkwan taël fut : 



Années 



En Sh. et En U. S. En 

En francs pence dollars roupies 



1913. 
1919. 



3,81 


3.0 1/4 


0,73 


2,25 


0,12 


6.4 


1,39 


3,54 



106 LA HAUSSE DU COURS DE L'ARGENT 

II 

1914-1915 

Arrêt des importations d'argent en Chine. 

Concentration de fortes réserves d'argent dans les 

banques de Shanghaï et de Hong-Kong 

L'année 1913 avait été témoin d'une énorme importation 
d'argent venant d'Europe et d'Amérique qui dirigée sur 
Shanghaï était en majeure partie restée en dépôt dans les 
banques étrangères de la place. L'emprunt de £ 25 mil- 
lions consenti à la Chine par le Groupe des Cinq Puis- 
sances n'était probablement point étranger à cet afflux de 
métal. La circulaire annuelle Montagu (1) indiquait que 
les stocks d'argent en possession des banques étrangères 
de Shanghaï avaient passé de 24.500.000 onces fin 1912 à 
52.960.000 onces fin 1913. Ce mouvement ne devait que 
s'accentuer en 1914 et la même publication annonçait 
pour la fin de cette année un chiffre de 68.500.000 onces. 
Et cependant, la guerre avait apporté un trouble profond 
dans les relations commerciales de la Chine avec l'étran- 
ger, et, contrairement à ce qui se passait depuis 1908, les 
statistiques pour 1914 indiquaient une exportation nette 
de métaux précieux (2). Cette année en effet il y eut une 
énorme diminution des importations d'argent de toute 
provenance et spécialement d'Europe et d'Amérique, 
cependant que le chiffre des exportations augmentait de 
plus de 50 0/0, les deux tiers étant dirigés sur Hong- 
Kong. 

1. Cf. Montagu, Annual Bullion Letter, 1913. 

2. Cf. tableau page 104. 



LA. DEMANDE DE LA CHINE 107 

Durant le premier semestre de 1914 la Chine s'était un 
peu tenue à l'écart du marché de l'argent dans l'attente 
d'une décision relative à la conclusion d'un nouvel 
emprunt qu'elle négociait avec le groupe des cinq puissan- 
ces et destiné notamment à faciliter l'exécution de la 
réforme monétaire qui venait d'être promulguée à 
Pékin (1). Le début de la guerre européenne suspendit 
ces pourparlers. 

L'absence de cote de l'argent à Londres pendant plu- 
sieurs jours, et surtout la suppression du marché à terme 
qui fut maintenue par la suite, vinrent jeter le trouble 
dans les milieux financiers. En présence de l'incertitude 
générale et du sentiment d'insécurité qui régnaient alors, 
les banques étrangères annulèrent les crédits qu'elles avaient 
consenti et s'abstinrent presque complètementpendant plu- 
sieurs semaines de toute négociation de change qu'elles 
n'acceptèrent de traiter qu'à des taux prohibitifs. Bien des 
contrats conclus pour le commerce extérieur furent rom- 
pus et si l'exportation du thé qui s'était effectuée dans 
les mois précédents eut peu à souffrir, en revanche 
celle des soies arrêtée au moment où elle battait son 
plein, tomba de Hk Tls 104.852.141 à Hk Tls 79.561. 867 
en 1914. La liquidation des banques et maisons de com- 
merce allemandes qui avaient pris une place considéra- 
ble sur le marché chinois vint encore aggraver une situa- 
tion difficile. De plus, lorsqu'en octobre une légère reprise 
commerciale parut se dessiner elle fut considérablement 
entravée par le manque de tonnage. Les compagnies de 

1. La loi du 10 février 1944 est analysée et commentée dans VU. S. 
Mint Report, 1914, pages 165 et s. Cette réforme avait pour but l'uni- 
fication des monnaies chinoises sur la base du yuan ou dollar d'ar- 
gent, destiné à remplacer les pièces disparates en circulation. 



108 LA HAUSSE DU COURS DE l' ARGENT 

navigation allemandes et autrichiennes avaient cessé tout 
service, quant aux compagnies alliées ou neutres, la réqui- 
sition ou l'emploi plus fructueux en d'autres mers avaient 
distrait d'Extrême-Orient une forte partie du tonnage qui 
y était affecté. Alors que le montant des importations favo- 
risé au début de l'année par un change élevé présen- 
tait un chiffre peu inférieur à celui de 1913, celui des 
exportations tombait de Hk Tls 403.305.546 à Hk Tls 
356.226.629 (1) aggravant ainsi le solde débiteur de la 
balance du commerce (2). La restriction des exportations 
de marchandises eut pour corollaire une moindre demande 
d'argent pour le financement des achats dans l'intérieur. 
En même temps, des envois de métal faits par les provin- 
ces à la suite d'inquiétudes et de troubles accrus par le 
début de la guerre européenne, venaient encore contri- 
buer à accroître les stocks d'argent de Shanghaï (3). 

1 . Métaux précieux exclus. Chiffres nets à l'exclusion des réexpor- 
tations. 

2. Au cours de cette étude, bien des allusions seront faites à la 
balance du commerce de la Chine, mais peu à la balance des comp- 
tes. En fait, le mouvement de la balance du commerce étant pour la 
Chine l'élément le plus important — et aussi le plus connu — de la 
balance des comptes, il nous a paru que si les chiffres fournis par la 
balance du commerce ne peuvent être considérés comme identiques 
à ceux de la balance des comptes, ils indiquent une tendance intéres- 
sante à signaler pour l'étude du mouvement des métaux précieux. 
Chaque fois d'ailleurs que d'autres éléments importants de la balance 
des comptes sont venus à notre connaissance, nous nous sommes 
empressés de les signaler. 

Il suffit de lire les études de M. H.-B. Morse sur la question de la 
balance des comptes de la Chine pour voir combien une telle matière, 
fort délicate à élucider pour un pays quelconque, est ici pleine d'obs- 
curité, même pour un homme dont la compétence est universelle- 
ment reconnue comme lui. 

3. Statistiques du mouvement d'argent du port de Shanghaï avec 



LA DEMANDE DE LA CHINE 



109 



Une baisse du change au-dessous de la parité métalli- 
que favorisa les exportations de métal blanc dirigées en 
majeure partie sur Hong-Kong (1). Ce port qui était jus- 
qu'à ce jour un centre de distribution d'argent venant 
d'Amérique, reçut en 1914 plus d'argent de Chine qu'il ne lui 
en envoya. La spéculation trouva dans le mauvais état delà 
circulation chinoise le moyen de faire des remises à bon 
compte sur cette place par de fructueux arbitrages basés 
sur la dépréciation de monnaies au-dessous de leurparité 
métallique. Ce furent soit des « chopped dollars », vieilles 
pièces frayées et déformées par des poinçonnages nom- 



les ports fluviaux et maritimes ouverts au commerce étranger (Extrait 
de China, Cusloms Report, Part, II, vol. III). 

1913 1914 

Hk Tls Hk TIs 

Importations venant de l'intérieur . 25.168.701 26.709.422 
Exportations vers l'intérieur. . . 30.805.032 16.703.709 

1. Tableau des mouvements d'argent entre la Chine et Hong-Kong 
en 1.000 Hk Tls (Extrait de China, Customs Report, tome I). 





Impor 


tations venant de 
Hong Kong 


Exportations vers 
Hong-Kong 


CHINE 

Importations 
nettes (+) 


1912 


o 

ttt 

a 

3 


Espèces 


Total 


o 

c 

3 


Espèces 


Total 


Exportations 
ntltes(- ) 


9.402 


13.357 


22.759 


1.352 


13.876 


15.229 


-f 7.530 


1913 


13.292 


7.467 


20.759 


988 


12.136 


13.125 


+ 7.634 


1914 


5.634 


8.288 


13.923 


45 


21.116 


21.162 


— 7.239 


1915 


4.002 


8.677 


12.679 


875 


24.807 


25.683 


— 13.004 



110 LA HAUSSE DU COURS DE i/ARGENT 

breux (1), soit surtoutdes monnaies divisionnaires d'argent. 
Sans égard pour la situation monétaire et Uniquement 
préoccupées du bénéfice à retirer de la frappe d'espèces 
d'un titre inférieur, bien des Monnaies provinciales chi- 
noises avaient inondé le pays de pièces de 20 et 10 cents. 
La pléthore de ces pièces avait amené leur déprécia- 
tion (2). 

Ce mouvement d'argent vers Hong-Kong fut encore 
accentué par la politique du Gouvernement de la Colonie 
qui, lui aussi, affligé d'une dépréciation de sa monnaie divi- 
sionnaire, avait décidé depuis 1913 de la faire rentrer et 
d'en refondre une grande partie afin de la ramener au 
pair du dollar (3). 

On aurait tort d'assimiler cette masse d'argent expor- 
tée à Hong-Kong à celle qui prit le chemin de Londres. Si 
les conventions internationales ont placé Hong-Kong hors 
de la souveraineté de la Chine, il est économiquement 
inséparable d'elle. Ce port franc, dont le mouvement com- 
mercial est l'un des plus importants du monde est avec 

1. Shanghaï en exporta plus de 7 millions vers Hong-Kong. Cf. 
China, Cusioms Report, Part. II, vol. III, page 794. 

2. Un rapport du Conseil général des Etats-Unis, à Hong-Kong, 
M. E. Anderson, daté du 23 décembre 1914 et publié dans les Com- 
merce Reports du 4 février 1915, signale à cette époque les déprécia- 
tions suivantes par rapport au billet de 1 dollar de Hong-Kong: 

Pièces de 20 cents chinoises . . . dépréciation 28,0 0/0 
Pièces de 20 cents de Hong-Kong. . — 17.8 0/0 

Cf. aussi du même auteur un rapport du 2 novembre 1914 paru 
dans la même publication, numéro du 7 janvier 1915. 

3. Le Gouvernement de Hong-Kong dont la monnaie circule dans 
la Chine du Sud, avait été amené à faire des frappes en excès des 
besoins de la Colonie et ses monnaies divisionnaires avaient été 
entraînées par la dépréciation des monnaies divisionnaires chi- 
noises. 



LA DEMANDE DE LA CHINE Ht 

Shanghaï le centre financier le plus puissant de l'Extrême- 
Orient, et, dans le financement du commerce de la 
Chine du Sud, il a un rôle prépondérant, analogue à 
celui de Shanghaï pour les provinces centrales et sep- 
tentrionales. 

Les sommes d'argent qui y furent dirigées cette année 
ne doivent donc point être considérées, dans leur totalité, 
comme perdues pour le marché monétaire chinois, elles 
contribuèrent seulement en grande partie à grossir les 
réserves des banques de la place (1). 

La situation de la Chine au regard du marché de l'argent 
ne fut point sensiblement modifiée en 1915. Durant la 
première partie de l'année, le commerce extérieur man- 
qua d'activité et les importations de marchandises furent 
gênées par les restrictions nées de la guerre, ainsi que par 

1. Etablir le mouvement des métaux entre la colonie de Hong-Kong 
et l'étranger est chose fort délicate, car son Gouvernement ne publiait 
point de statistique commerciale jusqu'à une date récente (1918). 
Cependant l'examen des publications statistiques des pays qui sont le 
plus en rapport avec Hong-Kong pour le commerce des métaux pré- 
cieux, nous montre pour l'année 1914 : 

Importations nettes d'argent de Hong- 
Kong en provenance du Japon . . . 1.400.000 onces environ 

Importations nettes d'argent de Hong- 
Kong en provenance des Etats-Unis . . 9.600.000 — 

Exportations nettes d'argent vers Lon- 
dres 2.600.000 — 

Certes, bien des pays, tels que la colonie des Détroits, les Philippi- 
nes, les Indes Néerlandaises, ont un mouvement de métaux précieux 
avec Hong-Kong, mais des renseignements recueillis d'autre part dans 
les rapports du Service des Douanes chinoises ainsi que les circulai- 
res des courtiers en argent de Londres, s'accordent à indiquer que 
les stocks d'argent de Hong-Kong, de même que ceux de Shanghaï, 
s'élevèrent, en 1944, à un chiffre supérieur au niveau normal de ces 
deux ports. 



112 LA HAUSSE DU COURS DE L'ARGENT 

un change exceptionnellement bas qui, avec des frets, et 
primes d'assurance accrus, rendirent encore plus sensible 
pour le consommateur chinois la hausse des prix sur les 
lieux de production. En face de cette diminution des impor- 
tations, l'animation du marché qui se manifesta dans les 
derniers mois de l'année permit d'enregistrer une aug- 
mentation des exportations. 

La fermeture de sources d'approvisionnement telles que 
l'Inde et la Russie dirigea les acheteurs japonais et améri- 
cains sur la Chine, notamment pour des peaux, laines et 
cotons, cependant que le marché des soies commençait à 
se relever de la crise profonde consécutive à la déclara- 
tion de guerre. Importations et exportations furent d'ail- 
leurs gênées par la difficulté de se procurer un tonnage 
suffisant, et le mouvement commercial de la Chine pour 
l'année 1915 fut inférieur au chiffre de 1914 (1). 

L'amélioration de la balance du commerce que nous 
venons de signaler n'amena point de grands changements 
dans les mouvements d'argent avec l'étranger, et les fac- 
teurs qui à cet égard étaient entrés en jeu en 1914, conti- 
nuèrent leur action en 1915. Comme l'année précédente, 
les statistiques des Douanes chinoises (2) indiquent un 
solde net d'exportations d'argent en majeure partie diri- 
gées sur Hong-Kong, cependant que la Russie où la 
pénurie de monnaie d'argent était devenue fort sensible (3) 
s'approvisionnait à Shanghaï pour plus de 8 millions 
d'argent en lingots. 

Hong-Kong continua à recevoir une importation nette 
d'argent de la Chine constituée en grande partie par des 

1. Cf. tableau page 405. 

2. Cf. tableau page 104. 

3. Cf. Montagu, Annual Bullion Letter, 1915, page 15. 



LA DEMANDE DE LA CHINE 113 

monnaies dépréciées (1). Cependant, grâce à l'afflux de 
riches Chinois, venus eux et leurs biens se mettre dans les 
concessions étrangères à l'abri des troubles de la province, 
Shanghaï put, sans importation nouvelle et tout en gar- 
dant un stock exceptionnellement élevé (2), faire face à 
de grosses demandes d'argent. Celles-ci émanaient surtout 
de la vallée du Yangtzé dont les récoltes avaient été cette 
année supérieures à la moyenne ainsi que de la région de 
Tientsin dont les exportations qui se font normalement 
vers le Japon et les Etats-Unis n'avaient point diminué 
comme celles d'autres provinces. 

En résumé, les années 1914 et 1915 peuvent être briè- 
vement caractérisées par la désorganisation du commerce 
extérieur de la Chine et l'accentuation du caractère défa- 
vorable de sa balance commerciale en 1914 et durant la 
première moitié de 1915. En outre dans le même temps 
ses importations d'argent venant d'Europe et d'Amérique 



1. Les Douanes chinoises indiquent pour l'année 1915 une exporta- 
tion nette d'argent de Canton vers Hong-Kong, s'élevant à plus de 
Hk Tls 5 millions. Cf. aussi le rapport du Consul général des Etats- 
Unis à Hong-Kong, M. E. Anderson, daté du 16 octobre 1915 et publié 
dans le numéro du 1 er mai 1916 des Commerce Reports, qui signale 
que depuis le début de Tannée le Gouvernement de Hong-Kong avait, 
au prix de $ 1.164.000, racheté pour $ 5.550.000 (valeur nominale) 
de monnaies divisionnaires. Le montant des rachats effectués depuis 
le début "de cette politique, s'était élevé à $ 17.067.000 (valeur nomi- 
nale) sur une émission de $ 42 millions 

2. Stock d'argent se trouvant dans les banques étrangères de Shan- 
ghaï. Evaluations des circulaires annuelles Montagu : 

Onces 

Fin 1912 24.200.000 

Fin 1913 52.960.000 

Fin 1914 68.500.000 

Fin 1915 ....... 62.820.000 



114 LA HAUSSE DU COURS DE l'aRGENT 

furent sensiblement réduites et des stocks s'accumulèrent 
à Shanghaï (1) et à Hong-Kong bien supérieurs aux besoins 
commerciaux et financiers de ces deux places. 



III 
1916-l er semestre 1917 

Les ventes d'argent à PInde. 
La spéculation sur Por 

Les grosses réserves chinoises d'argent inutilisées 
allaient, en 1916 et 1917, trouver un important débouché. 
L'Inde britannique dont les besoins de métal se manifes- 
taient depuis le début de 1916 avec une grande ampleur, 
puisa dans les stocks de Shanghaï et de Hong-Kong l'argent 
qui lui faisait défaut, et plus de Hk Tls 33 millions (dont 
plus de Hk Tls 31,1 millions venant de Shanghai) quittè- 
rent ainsi la Chine en 1916 suivis par près de Hk Tls 
29 millions en 1917. Le Gouvernement de l'Inde jugea 
pratique de s'adresser à ces deux marchés ; il lui eut été 
en effet impossible de se procurer une telle masse 
d'argent sur les marchés de Londres et de New-York 
déjà fort occupés à satisfaire les démandes des Monnaies 
occidentales, sans provoquer une crise très grave. La 
puissante organisation bancaire anglaise sur ces deux 
places permit, au contraire, d'effectuer cet énorme dépla- 

1. Un rapport du Consul général des Etats-Unis à Shanghaï, 
M. Thomas Sammons signale dans une revue des événements de 
l'année 1915, que dans bien des cas les banques étrangères débordées 
refusèrent d'accorder des intérêts pour ces dépôts d'argent. Cf. Com- 
merce Reports, 9 septembre 1916. 



LA DEMANDE DE LA CHINE 115 

cernent avec discrétion et sans amener immédiatement 
une réaction proportionnelle sur les cours de l'argent. 

La baisse du change chinois au-dessous de sa parité 
métallique pendant la plus grande partie de l'année 1916, 
contribua beaucoup au succès de l'opération, et, à partir 
du mois de mai spécialement, les envois de Shanghaï s'ef- 
fectuèrent sur une très grande échelle (1).I1 est bon aussi 
d'ajouter que le Chinois, spéculateur né, n'était point resté 
indifférent à la hausse des cours de l'argent et par voie 
de conséquence à la baisse correspondante du prix de 
For (évalué en argent). Un important mouvement de spé- 
culation se développa sur ce terrain, et les Douanes chi- 
noises enregistrèrent pour l'année 1916 une importation 
nette de plus de Hk Tls 11 millions d'or venant d'Améri- 
que et de Hong-Kong (2). 

Cependant Shanghaï ne pouvait exporter une quantité 
d'argent telle qu'il le fit en 1916 sans que le marché moné- 
taire chinois en fut impressionné. Ces masses d'argent 
enfermées dans les banques de Shanghaï ne sont point 
seulement un stock de marchandises mais sont bien plus 
justement comparables aux encaisses-or conservées par les 
banques européennes. L'argent étant le gage de la circu- 



1. Le mouvement d'exportation d'argent fut aussi favorisé par les 
nombreuses remises faites sur l'Europe par des étrangers habitant la 
Chine, en vue de placements en emprunts de guerre ou de souscrip- 
tions à des œuvres de guerre diverses. 

2. Il est intéressant de remarquer que pendant les deux années 
précédentes, l'appel d'or du Japon, et surtout des Etats-Unis, pour les 
besoins de leur marché monétaire, avait déterminé en Chine une forte 
exportation de métal jaune. Ce mouvement avait été facilité à la 
fois par la cherté de l'or évalué en argent et aussi par la nécessité de 
remettre sur une place neutre les sommes dues par la Chine à l'Alle- 
magne pour le service de ses emprunts et de l'indemnité des Boxers. 



116 LA HAUSSE DU COURS DE L'ARGENT 

lation fiduciaire et d'autre part le moyen de règlement le 
plus usité par le commerce chinois, les variations du stock 
de Shanghaï dues non seulement aux importations et 
exportations venant de l'extérieur mais aussi à l'absorp- 
tion ou au retour de l'intérieur du pays, ont une grosse 
influence sur le marché monétaire chinois. 

Le développement de la période d'exportations (1) qui 
battait son plein en automne 1916, ré vêla l'insuffisance des 
réserves de Shanghai et montra que les exportation d'ar- 
gent depuis le début de l'année avaient excédé ce dont la 
Chine pouvait sans danger disposer. A ce moment d'ail- 
leurs, l'approche du Nouvel An chinois (2) qui nécessite un 
gros mouvement d'espèces, rendit encore les besoins plus 
aigus. Ce furent alors dans les derniers mois de l'année 
1916 des achats précipités à San Francisco (3), ce qui ne 
contribua pas peu à une hausse rapide des cours de l'ar- 
gent. Mais, les fêtes du nouvel an passées, et durant tout 
le reste du premier semestre, l'Inde dont les besoins 
avaient crû en même temps que les importations de métal 
durant l'année précédente, mit en œuvre tous les moyens 
en son pouvoir pour se procurer en Chine de nouvelles 
masses d'argent dont elle avait un besoin si impérieux. 



1. Qui suppose de gros envois d'argent dans les provinces centrales 
pour payer les achats de produits destinés à être exportés. 

2. Le nouvel an chinois qui est fixé à la pleine lune la plus proche 
du 12 février, est l'époque de grands règlements de comptes en 
Chine. 

3. Quelques ordres furent passés à Londres et la circulaire Mon- 
tagu, pour l'année 1916, signale qu'en novembre 1916, pour la pre- 
mière fois depuis bien des mois, un envoi d'argent fut fait de Londres 
à Shanghaï. La Chine reçut aussi, en novembre, de Manille, pour plus 
de Hk Tls 3 millions de pesos démonétisés par le Gouvernement phi- 
lippin. 



LA DEMANDE DE LA CHINE 117 

Ainsi, durant l'année 1917, environ Hk Tls 29 millions, 
venant dans leur presque totalité de Shanghaï, prirent 
enco/e le chemin de l'Inde. 

Certes les stocks de Shanghaï que nous avons vu dan- 
gereusement bas au début du dernier trimestre 1916 
n'eussent point suffi à fournir une telle quantité d'argent, 
si, spécialement durant le premier semestre de l'année 
1917, ils n'avaient été alimentés par un constant afflux 
venant de l'intérieur. Durant Tannée 1917 la balance 
commerciale de la Chine lui fut sensiblement plus défa- 
vorable que durant l'année 1916, le commerce des thés 
notamment, qui fut si brillant en 1915, eut à souffrir de 
circonstances diverses : production déficitaire, difficultés 
de vente, prohibition d'importation en Angleterre, et 
troubles de Russie, sans oublier la concurrence croissante 
des thés de Java (1). En outre, la hausse si grande de son 
change ainsi que les nombreuses restrictions d'importa- 
tion dans les divers pays, tendaient à restreindre l'en- 
semble de ses exportations de marchandises aux seuls 
produits absolument indispensables à la consomma- 
tion des pays occidentaux. C'est ainsi que durant cette 
année le port de Shanghaï, à l'inverse de l'année précé- 
dente, put avoir un solde net d'importations d'argent 
venant de l'intérieur ; les difficultés du commerce des thés 
notamment, lui ayant permis de réduire de façon très 
sensible ses envois d'argent sur Hankow, tandis que les 
provinces centrales n'en devaient pas moins lui expédier 
de l'argent pour payer les importations de marchandises 
venant de l'étranger dont le chiffre s'était encore accru 

\ . De même l'exportation des graines de sésame fut sensiblement 
réduite en 1916 par suite de la pénurie de tonnage. 



118 LÀ HAUSSE DU COURS DE L ARGENT 

en 1917 (1). Ainsi cette place put faire face au drainage de 
l'argent vers l'Inde qui se produisit spécialement durant 
le premier semestre, alors que le change chinois était 
au-dessous de la parité métallique. A ce moment d'ailleurs, 
comme Tannée précédente, à un courant d'exportations 
d'argent, correspondait une importation d'or que l'Admi- 
nistration des Douanes évalue pour l'année à la somme 
nette de près de Hk Tls 9 millions (2), ce chiffre élevé fut 
atteint malgré la prohibition d'exportation de l'or décrétée 
vers le milieu de l'année par les Etats-Unis suivis peu 
après par le Japon. 



IV 

Juillet 1917. — Mai 1919 

Le grand besoin d'argent de la Chine. 
L'état de son commerce extérieur, puis le contrôle 
anglo-américain du marché 
de l'argent Fempêchent de lui donner satisfaction. 

Les énormes exportations d'argent que la Chine effec- 
tuait depuis 1916 ne pouvaient se poursuivre sans danger. 
Nous avons déjà vu qu'au cours de l'automne 1916, 
le resserrement du marché de Shanghai avait nécessité 
des rachats précipités, et la continuation du mouvement 

1 . Cf. tableau page 405. 

2. Cf. à ce sujet le North China Herald du 21 avril 1917 : « Il est 
« en outre une autre cause qui contribue à vider la Chine d'argenl, 
« ce sont les importations de lingots et de monnaies d'or par les 
« exportateurs afin de payer leurs achats, car ce moyen de règlement 
« a été trouvé meilleur marché que l'importation d'argent ». 



LA DEMANDE DE LA CHINE 119 

d'exportation au cours du premier semestre 1917 n'avait 
pas été sans émouvoir les milieux commerciaux de cette 
place. La Chambre de commerce chinoise de Sanghaï avait 
à ce sujet engagé des négociations avec la Chambre de 
commerce internationale, et une pétition fut présentée au 
Tayoin de la ville, en mai 1917, dans le but de faire pro- 
hiber l'exportation de l'argent dont la rareté était une 
cause de gêne pour le commerce du thé et de la soie (1) 
et rendait très difficile le . financement du commerce exté- 
rieur en général. Sur d'autres points du territoire les auto- 
rités locales avaient pris l'initiative d'imposer des restric- 
tions au mouvement de l'argent, par exemple à Ningpo et 
aussi dans le Yunnan. 

La situation économique du pays non seulement ne per- 
mettait plus les exportations, mais exigeait au contraire 
un afflux de métal. Nombreux sont les marchés chinois 
où, vers la fin de l'année 1916, l'on signale la rareté de la 
circulation métallique encore accrue par la refonte et 
l'exportation de monnaies de cuivre. 

Le développement des industries de guerre au Japon et 
aux Etats-Unis avait amené une importante demande de 
cuivre qui avait donné naissance à une large spéculation 
basée sur la refonte de monnaies de cuivre chinoises et 
leur exportation sous forme de lingots. L'opération ne 
laissait point que de donner un intéressant bénéfice puis- 
qu'un rapport du Consul général des Etats-Unis à Hong- 
Kong, daté du 24 octobre 1916 (2), nous informe que sur 
cette place 1 picul (3) de monnaie de cuivre chinoise était 

1. Voir à ce sujet un rapport du Consul général des Etats-Unis à 
Shanghaï, publié dans Commerce Reports, 18 juillet 1918. 

2. Cf. Commerce Reports, 5 décembre 1916. 

3. Soit 60.453 kilogrammes. 



120 LA HAUSSE DU COURS DE L'ARGENT 

évalué à 25 dollars locaux, soit environ 12,50 dollars-or, 
tandis qu'au Japon une même quantité était cotée 
l'équivalent de 15 dollars-or. C'est ainsi que la Chine 
qui pour les besoins de sa circulation avait importé en 
1913 200.736 piculs de cuivre en lingots, en exporta 
538.763 piculs en 1916 et 662.165 pîculs en 1917 (1). 
Ces chiffres qui sont ceux déclarés à l'Administration des 
Douanes chinoises sont, d'après l'opinion générale, nota- 
blement inférieurs à la réalité. Ces opérations de refonte 
étaient en effet considérées comme criminelles sous la 
dynastie mandchoue et le nouveau régime républicain 
n'avait cessé de les considérer comme punissables, cepen- 
dant de nombreux rapports des Commissaires des Douanes 
signalent sur divers points du territoire le drainage des 
pièces de cuivre et leur refonte. 

Une telle raréfaction d'espèces métalliques excita le 
développement de la circulation fiduciaire et le rendit 
plus périlleux. 

Une circulation fiduciaire développée, pas plus que les 
dangers de ses excès n'étaient choses nouvelles en Chine (2). 
De tout temps et surtout durant la période de troubles 
que traverse la Chine depuis 1911, l'émission de billets fut 
considérée par les diverses autorités comme une intéres- 
sante manière de battre monnaie à peu de frais et de se 
procurer ainsi d'importantes ressources. Avec le régime 



1. La presque totalité de ces exportations fut effectuée par le port 
de Kiachow à destination du Japon. 

2. Cf. V. Klaproth, Mémoires relatifs à l'Asie, vol. II, page 355. 
Ce savant a trouvé dès le second siècle avant notre ère la trace d'une 
monnaie fiduciaire en Chine sous forme de peaux de renne orne- 
mentées. 

Cf aussi Morse, Trade and Administration of China, Chapitre V. 



LA DEMANDE DE LA CHINE 121 

d'anarchie latente qui régnait depuis plusieurs années, 
bien des gouverneurs militaires avaient émis, soit eux- 
mêmes soit par l'intermédiaire de la Banque officielle de 
la province, des billets point ou très insuffisamment gagés. 
L'exemple venait de haut : en 1916 les deux banques offi- 
cielles de l'Etat chinois, la Banque de Chine (1) et la Ban- 
que des Communications, se virent obligées par le Gouver- 
nement de suspendre le remboursement de leurs billets. 
L'intrusion du Gouvernement dans la gestion de la Ban- 
que de Chine fut la principale cause des déboires de cet 
établissement, et des prélèvements exagérés pour des 
fins politiques mirent la Banque aux prises avec de graves 
difficultés ; Ton prétend même que si à partir de 1916 le 
pouvoir central voulut lui imposer le cours forcé, ce fut 
seulement dans le but de pouvoir disposer à loisir du 
montant de son encaisse. Des résistances nombreuses se 
firent jour en divers endroits et telle succursale comme 
celle de Shanghaï refusa d'obéir à l'ordre du Gouverne- 
ment. Ces faits amenèrent une dépréciation des billets 
qui varia suivant les lieux, d'après le degré de confiance 
qu'inspiraient les réserves propres et la prudence de la 
direction de l'agence. La reprise des paiements en espè- 
ces fut ordonnée en 1917, et, en 1918,1e Gouvernement 
émit un emprunt intérieur de 93 millions de dollars mexi- 
cains dont le produit devait aider au succès de l'opéra- 
tion . 

La variété de la circulation fiduciaire chinoise est très 
grande, aux billets des deux Banques d'Etat (2) et des 

1. Cf. à ce sujet un intéressant rapport de M. A.-W. Perrin, faisant 
fonction d'Attaché commercial des Etats-Unis à Pékin, paru dans 
Commerce Reports, 7 février 1918. 

2. Ce vocable peut leur être appliqué en fait sinon en droit. 



122 LA HAUSSE DU COURS DE l' ARGENT 

Banques de province déjà mentionnés, il faut ajouter les 
émissions de Chambres de commerce (1), de banques pri- 
vées ou de commerçants divers (2). Un effort d'unification fut 
tenté par le Gouvernement en 1917 afin d'arriver graduel- 
lement à ne laisser circuler que les billets de la Banque de 
Chine et de la Banque des Communications ; si ces tenta- 
tives donnèrent par endroits des résultats, on ne peut dire 
que pour l'ensemble du pays la situation en fut très sensi- 
blement améliorée. 

Le trait commun de la presque totalité de ces billets, si 
nous en exceptons ceux émis par les banques étrangères 
dans les ports à traités, était l'insuffisance des réserves 
métalliques destinées à les gager. L'on put voir, enplusieurs 
circonstances/les banques — officielles ou privées — refuser 
d'accepter au pair le papier qu'elles avaient émis ou même 
être amenées à cesser tout remboursement. Dans ces cas, 
des tentatives furent souvent faites pour remédier aux dif- 
ficultés de la situation. Sur l'initiative de Chambres de 
commerce locales il fut en général procédé à la création 
d'une banque qui devait racheter les billets dépréciés en 
circulation. A cet effet, cet établissement effectuait une 
émission nouvelle qui, bientôt atteinte du même mal que 
ses devancières, ne tardait point à partager leur sort. Beau- 
coup de ces entreprises de restauration n'eurent d'autre 
résultat que d'accroître la confusion existante (3). 

i. Dans ces cas rémission fui gagée soit par des espèces, soit par des 
billets de Banques provinciales. Cf. Rapport du Consul des Etats-Unis 
à Changscha, M. N.-ï. Johnson dans Commerce Reports, 30 mars 
lî)17. 

2. Certaines de ces émissions étaient souvent analogues à une ins- 
cription à un compte courant, utilisable par virement sans déplace- 
ment d'espèces. 

3. Voir à ce sujet dans China, Customs Reports (Part. II, Vol. I, 



LA DEMANDE DE LA CHINE 123 

D'ailleurs si le pays souffrait de rémission fiduciaire 
chinoise, il n'avait point à se louer complètement des 
billets étrangers qui circulaient sur son territoire. La dé- 
bâcle du rouble — roubles Romanoff, roubles Kerenski — , 
poursuivie durant les années 1917, 1918 et 1919, jusqu'à 
l'anéantissement presque complet de leur valeur, avait 
porté une singulière atteinte aux populations de la Man- 
dchourie et du Shantung(l). Nous ne signalons que pour 
mémoire la dépréciation des billets de Hong-Kong qui 
jouent un rôle prépondérant dans le financement du com- 
merce de la Chine.du Sud et qui avaient été affectés par la 
prohibition d'exporter de l'argent édictée par le Gouver- 
nement de la Colonie ; en outre, les billets yen-or, introduits 
avec force libératoire par les Japonais dans la Mandchou- 
rie du Sud, avaient eu leur sort lié à la dépréciation de 
For par rapport à l'argent. Au milieu des fluctuations des 
diverses monnaies chinoises ces faits ne parurent point 
anormaux à l'excès, et l'usage de ces deux derniers billets 
ne fat point très sensiblement restreint. Ils représentaient 
en effet, aux yeux de bien des Chinois, une émission saine- 
ment conduite et dont la valeur ne risquait point de dis- 
paraître complètement à l'instar de celle de bien d'autres 
monnaies de papier. 

Certes pour apprécier l'accroissement de la confusion 
monétaire en Chine depuis 1914, on aurait tort de prendre 
comme point de comparaison un état analogue à celui de 



année 1918, pages 199 et s. et année J919, pages 183 et s.) l'instructif 
récit des vicissitudes à travers lesquelles passa la circulation fidu- 
ciaire du port de Newchwang. 

1. Par suite des nombreux émigrants qui allaient tous les ans à Vla- 
divostock, l'usage du rouble s'était très développé dans la province du 
Shantung. 



124 LA HAUSSE DU COURS DE i/ ARGENT 

nos pays européens, et l'on ne doit point oublier que, 
même avant la révolution de 1911, la situation était cer- 
tainement très défectueuse à cet égard. Le peuple chi- 
nois était depuis longtemps accoutumé à la complexité des 
diverses monnaies en circulation et à la variation presque 
quotidienne de leurs rapports réciproques. 

Si le malaise profond dont souffrait le marché monétaire 
en 1917 et 1918 n'était point dû uniquement à l'insuffisance 
du stock métallique, il était cependant, ainsi que nous 
l'avons vu, singulièrement aggravé de ce chef. Le rapport 
du Commissaire des Douanes pour l'année 1917 pour la 
ville de Ghangsha, notamment, se fait l'écho d'une opinion 
autorisée d'après laquelle la province du même nom tra- 
vaillait avec un stock d'argent inférieur d'au moins 50 mil- 
lions de dollars à ses besoins normaux. La situation éco- 
nomique de la Chine ainsi que l'état de son commerce 
extérieur, ne lui permirent point encore d'exercer sur le 
marché mondial de l'argent l'importante demande que 
motivaient ses besoins. 

L'année 1917 vit une tentative avortée pour la restau- 
ration de la dynastie mandchoue. Une aggravation des 
troubles intérieurs en résulta : la province du Yunnan, 
notamment, déclara son indépendance, plus au nord la 
riche province de Szechwan fut troublée par des combats 
nombreux, et le trafic commercial sur le Haut Yangtzé fut 
presque arrêté à la suite de la réquisition de vapeurs et 
de jonques du fait des mouvements de troupes et des 
combats dans ces régions. Des circonstances atmosphéri- 
ques défavorables, la sécheresse en été, des inondations 
en automne, vinrent encore joindre leur effet pour réduire 
sensiblement durant cette année les importantes demandes 
d'espèces que les régions du Moyen Yangtzé font tous les 



LA DEMANDE DE LA CHINE 125 

ans à la place de Shanghaï (1). Malgré la hausse géné- 
rale des prix, le chiffre des exportations chinoises fut en 
1917 inférieur à celui de l'année précédente. L'exporta- 
tion du thé notamment, fut très affectée par la prohibition 
placée par la Grande-Bretagne sur l'importation des thés 
étrangers, et aussi par le mauvais état du marché russe (2) 
dont le crédit fut fortement réduit par suite de la dépré- 
ciation du rouble. 

Au cours de l'année 1918, l'état de la circulation moné- 
taire chinoise ne fut point sensiblement amélioré, et les 
besoins d'argent de l'intérieur devinrent de jour en jour 
plus pressant. Certes les circonstances nées de la guerre 
mondiale qui avaient gêné le commerce extérieur durant 
les années précédentes, ne manquèrent point d'exercer 
leur influence en 1918. Le cours élevé de l'argent tendit à 
rendre plus difficile la vente des marchandises chinoises 
à l'étranger et amena d'autre part une importante dimi- 
nution des remises (3) des coolies d'Amoy et de Swatow 
émigrés vers les Détroits, les Indes néerlandaises, les Iles 
Philippines ou les Etats-Unis. Le tonnage mis à la dispo- 
sition des exportateurs devint plus insuffisant encore à la 



1. Les exportations déclarées d'argent de Shanghaï vers Hankow 
qui s'élèvent en général tous les ans à la somme nette de Hk Tls 8 à 
10 millions n'atteignirent même pas Hk Tls 2 millions en 1917. 

2. Ce débouché fut même supprimé à la suite de l'embargo sur les 
exportations vers la Russie, édicté par la Chine peu après son entrée 
dans la guerre européenne. 

3. Ces remises faites par les travailleurs chinois à leur famille 
s'élevaient à un chiffre considérable, on les évaluait en moyenne à 
15 millions de dollars-or par an avant la guerre. Cf. à ce sujet le 
rapport du 16 mai 1917 du Consul américain à Amoy, M. Clarence 
E. Gausse {Commerce Reports, 28 juin 1917) et le rapport du Consul 
Myrl S. Myers (Commerce Reports, 30 décembre 1919). 



126 LA HAUSSE DU COURS DE i/ARGENT 

suite du retrait continuel de bateaux et de leur affectation 
à des services de guerre. Les restrictions nombreuses 
imposées au commerce extérieur par les Gouvernements 
belligérants furent non seulement maintenues mais ren- 
forcées et parfois tout échange fut rendu de ce chef impos- 
sible dans certaines branches commerciales. La guerre 
civile continua au cours de l'année et permit le développe- 
ment d'un brigandage intensif qui se traduisit parfois par 
des attaques de villages ou par l'interruption prolongée 
du trafic sur certaines voies ferrées ou autres routes com- 
merciales. 

Malgré ces conditions défavorables, le mouvement du 
commerce extérieur fut plus important en 1918 que durant 
Tannée précédente. Si Ton enregistre une épidémie d'in- 
fluenza qui, de Mongolie, descendit vers les provinces de 
Shansi, Ghihli et Shantung, l'année fut exempte cepen- 
dant d'inondations étendues, sécheresses ou famines, évé- 
nements malheureusement fréquents dans la vie de la 
Chine ; les récoltes furent en général abondantes et les 
régions qui n'étaient point immédiatement affectées par la 
guerre civile connurent la prospérité. Aussi un important 
courant d'achats d'argent se développa au cours du pre- 
mier semestre 1918 aux Etats-Unis (1). 

L'entrée de la Chine en guerre aux côtés des Alliés (2) 
avait été un facteur important de fermeté pour le change 
chinois : outre la suspension du service de l'Indemnité des 
Boxers consentie par les Alliés (3) et l'annulation de la 
portion de créance des Etats ennemis, d'importants paie- 
ments devaient être faits par les Alliés à la Chine pour 
l'usage des vaisseaux ennemis internés dans ses ports. 

1. Tableau des exportations mensuelles d'argent des Etats-Unis vers 



LA DEMANDE DE LA CHINE 



127 



Par contre les créances de la Chine sur l'Europe furent 
accrues du fait de l'emploi en France d'environ 150.000 
travailleurs chinois dont une partie du salaire était payable 
à leur famille restée au pays natal. 

Les restrictions très sévères apportées en août 1918 par 



la Chine (en $). Chiffres extraits du Honthhj summary of the foreign 
commerce of the United States : 



Janvier. 
Février. 
Mars . . . 


1915 


1916 


1917 


1918 


1919 


1920 




974.016 

1.270.098 

123.477 




325.208 
1.124.341 

2.282.231 
2.861.892 
1.382.770 

101.000 
3.138.505 
6.731.390 
1.619.909 

280.808 

51.266 

3.886.767 




17.443.476 
9.967.411 
6.068.762 
9.827.482 
3.035.752 
2.507.311 
1.065.225 
1.943.345 
4.558.168 
2.824.081 
858.222 
1.248.375 


1.315.184 

630.722 
984.063 
774.348 
523.415 
794.389 

2.621.021 
301.000 
661.250 

3.501.239 


346.870 
123.606 


Avril . . 




Mai.. . . . 

Juin. . . . 






1.489.406 

6.903.264 

5.194.753 

10.911.987 

4.118.688 

10.262.671 

13 264.020 

24.968.102 


Juillet. . 
Août . . . 


121.663 


923.109 
1.205.453 

681.127 
1.095.741 


Septem. 
Octobre. 
Novem. 
Décem.. 

Total... 





121.663 


6.273.181 


12.106.631 


23.786.077 


77.583.367 


61.347.610 



2. Le U août 1917. 

3. Les Gouvernements de l'Entente accordèrent à la Chine une sus- 
pension du paiement de l'indemnité des Boxers pour une période de 
cinq années à partir de son entrée en guerre. En ce qui concerne 
la Russie, la mesure ne porta que sur le tiers des sommes dues à ce 



128 LA HAUSSE DU COURS DE l'aRCEJNT 

le Gouvernement des Etats-Unis (1) aux exportations d'ar- 
gent fermèrent à la Chine sa principale source d'approvi- 
sionnement, elles provoquèrent une grande anxiété dans 
les milieux financiers de Shanghaï, et le cours du change 
chinois dépassa sensiblement la parité métallique. Des 
circonstances locales (2) qui nécessitèrent, en automne, 
un plus important appel aux stocks d'argent de Shanghaï, 
firent encore apparaître l'insuffisance des réserves métal- 
liques de cette place. 

L'autorisation donnée par le Gouvernement des Etats- 
Unis, en novembre et décembre, pour l'exportation d'en- 
viron 2 millions d'onces d'argent vint apporter un sou- 
lagement temporaire au marché de Shanghaï, et, tout en 
atténuant la crise du change, facilita, dans une certaine 
mesure, les règlements du Nouvel An. 



V 
Mai 1919-Mai 1920 

Libération du marché de l'argent. 
Expansion de la demande chinoise. 

La situation critique du marché monétaire chinois devait 
se prolonger au cours de l'année 1919, malgré les énor- 
mes importations d'argent qui eurent lieu durant le 

1. Cf. tableau page précédente. 

Le Canada suivit peu après les Etats-Unis dans cette voie. 

2. Le port de Hankow, marché le plus important de la Chine cen- 
trale, ressentit en effet vers cette époque une pénurie aiguë de dol- 
lars pour financer une récolte exceptionnelle de coton que les experts 
évaluaient au triple d'une récolte normale. 



LA DEMANDE DE LA CHINE 129 

deuxième semestre (1). Bien que la Chine ait reçu durant 
cette période plus de Hk Tls 43 millions d'argent des 
Etats-Unis, les stocks des banques étrangères de Shanghaï 
présentaient le 3 janvier 1920 un chiffre inférieur à celui 
du 7 juin 1919 (2). 

Durant cette période les besoins chinois de métal blanc 
se développèrent dans une large proportion. Une accal- 
mie se manifesta dans la situation politique intérieure. 
Certes les espoirs que l'on avait placés sur le succès de 
la Conférence entre les délégués du Nord et du Sud qui 
se réunit à Shanghaï le 20 février 1919, furent loin d'être 
réalisés. Néanmoins, si à la suite de vicissitudes diverses, les 
négociations aboutirent à un échec et ne donnèrent pas 
à la Chine le calme politique, prélude d'une réorganisa- 
tion administrative dont elle avait tant besoin, on doit 
noter cependant que l'activité militaire des diverses fac- 
tions se ralentit notablement. Il en résulta peu à peu un 
état voisin de l'ordre qui ne fut troublé que par quel- 
ques combats dans le Fukien et le Szechwan ainsi que 
par l'activité des pirates dans les provinces du Kwang- 
tung et du Kwangsi qui furent de tout temps leur terrain 
d'élection. 

Favorisé par ces conditions intérieures, le change- 

1. Cf. tableau page 127. 

2. Stocks d'argent des banques étrangères de Shanghaï (d'après les 
circulaires hebdomadaires Montagu) : 

Sycees Dollars-argent Barres 

Onces 
Au 7 juin 4949 . . . 26.223.000 11 300.000 
Au 3 janvier 1920 . . 20.600.000 10.800.000 3.000 
Les sycees sont les lingots d'argent chinois tandis que les barres se 
rapportent à des lingots d'argent étrangers du poids de 1.000 onces 
environ. 

9 



130 

ment survenu dans la situation politique mondiale devait 
permettre un brillant essor du commerce chinois. Les 
chiffres enregistrés pour l'année 1919 (1) par l'Adminis- 
tration des Douanes atteignent à des hauteurs inconnues 
jusqu'à ce jour. Malgré les nombreuses difficultés de 
nature à entraver les importations de produits étrangers 
— lenteur des communications télégraphiques, grèves et 
hausse des prix dans les pays occidentaux, sans parler de 
l'absence de stocks et des longs délais de livraison qui en 
étaient la conséquence — , la Chine reçut de l'étranger 
Hk Tls 646.997.681 de marchandises au lieu de Hk Tls 
554.893.082, soit une augmentation de plus de 16 0/0. 
Ce chiffre eut été probablement plus élevé, si un mouve- 
ment de boycottage qui se développa dans les ports du 
Centre et du Sud, à la suite de l'attitude du Japon à la 
Conférence de la Paix, n'était venu sensiblement réduire 
pendant le deuxième semestre les importations venant de 
ce pays. 

L'accroissement du pouvoir d'achat du peuple chinois 
dû à la hausse de l'argent et aussi à l'énorme développe- 
ment des exportations rendit possible des importations 
aussi élevées. En Chine en effet où l'épargne de la popu- 
lation ne porte que sur des sommes relativement peu 
importantes, la valeur des importations est liée à celle 
des exportations et à l'accroissement de crédits à l'étran- 
ger qui en résulte. Or si durant l'année 1919 les impor- 
tations marquèrent l'accroissement que nous avons signalé, 
les exportations se développèrent dans une proportion 
beaucoup plus grande encore et de Hk Tls 485.883.031 
en 1918 passèrent à Hk Tls 630.809.411 en 1919, soit une 

i. Cf. tableau page 405. 



LA DEMANDE DE LA CHINE 



131 



augmentation de près de 30 0/0. Le mouvement des ventes 
de marchandises à l'étranger languissait au début de 
l'année par suite de l'incertitude générale et de la baisse 
des prix sur les marchés européens qui avaient suivi la 
signature de l'armistice ; le tonnage, à l'inverse des années 
précédentes, était devenu très facile à obtenir, voire 
même en surabondance, et une baisse des frets en était 
résultée (1). Dès la fin d'avril, un complet changement sur- 
vint, et, avec l'énorme développement commercial qui sui- 
vit, le tonnage offert trouva facilement emploi ; à certains 
moments, des primes furent même payées sur les tarifs des 
frets de la Conférence de Londres. Sauf pour les cotons 
bruts (2) et les peaux, les chiffres de la plupart des articles 
exportés présentèrent en 1919 une élévation par rapport à 
l'année précédente. L'importante demande de produits ali- 
mentaires dans lespays européens donna une vive impulsion 
au commerce des huiles végétales, graines oléagineuses (3), 
farine de froment, lard, albumine, jaunes d'œufs dessé- 
chés, etc.. Les exportations de thé bien qu'inférieures en 
quantité de plus de moitié aux chiffres de 1913 eurent cepen- 
dant une valeur supérieure de 70 0/0 à celles de 1918. 

1. Le tarif du fret entre Shanghaï et les ports américains du Paci- 
fique était passé de U. S. $ 30 par tonne en janvier 1919 à U. S. g 20 
en février et U. S. $ 15 en avril. 

2. La diminution de plus de 25 0/0 des exportations chinoises de 
coton brut en 1919 est due à la fois à la diminution de la récolte, à 
l'accroissement de la consommation intérieure et aussi à la hausse 
de l'argent qui incitait le Japon, le plus gros acheteur de coton chi- 
nois, à effectuer avec avantage ses approvisionnements dans l'Inde 
où, cette année, la récolte avait été supérieure à la moyenne. 

3. L'exportation de graines de sésame à laquelle la guerre avait fermé 
les débouchés de la France, la Belgique et l'Italie passa de 234.103 
piculs en 1918 à 2.838.504 piculs en 1919, soit de Hk Tls 1.173.284 
à Hk Tls 15.577.268. 



132 LA HAUSSE DU COURS DE l'àRGENT 

L'abolition des restrictions qui gênaient l'entrée des thés 
étrangers à Londres, ainsi que le développement des 
demandes française et russe, furent la cause de ce déve- 
loppement (1). 

Le commerce des soies languissant durant le premier 
trimestre prit à partir de mai un essor extraordinaire, 
poussé par le développement des consommations de luxe 
en Amérique et en Europe. Bien que la récolte eût été 
exceptionnellement favorable (2) et malgré la hausse de 
l'argent, les prix à l'intérieur enflèrent rapidement (3). Les 
ventes de soies et soieries de la Chine à l'étranger passèrent 
de Hk Tls 107.180.493 en 1918 à Hk Tls 138.077.932 en 
1919, soit une augmentation en valeur de 28 0/0. 

Le développement des exportations chinoises fut tel que 
jamais encore depuis bien des années leur chiffre ne s'était 
rapproché d'aussi près de celui des importations et que la 
balance commerciale du pays n'avait été aussi peu défavo- 
rable. De plus, le retour de travailleurs chinois (4) qui 
avaient été employés en France fut l'occasion d'une ren- 
trée importante d'espèces dans le Shantung, ainsi qu'en 
témoignent les statistiques des ports de Chefoo et Kiao- 

1. Cependant celte branche du commerce chinois fortement handi- 
capée sur le marché de Londres par la hausse du tael, et le droit dif- 
férentiel d'entrée supérieur de 2 pence à celui payé parles thés colo- 
niaux, a été très fortement atteint par le chaos économique russe et 
ne peut espérer reprendre sa prospérité d'antan tant que l'Etal de la 
Russie ne se sera point amélioré. 

2. Surtout dans la région de Canton où elle passa de 37.000 balles 
en 1918 à 55.000 balles en 1919. 

3. Le prix de la qualité «Middle grade steam filatures» passa à 
Shanghaï de Hk Tls 700 par picul en juin à Hk Tls 4.150 en décem- 
bre 1919. 

4. De février à décembre 26 vapeurs débarquèrent à Tsingtao 
39.471 coolies, et un nombre plus grand encore fut rapatrié en 1920. 



LA DEMANDE DE LA CHINE 133 

chovv (1). Enfin, l'on ne doit pas oublier que la suspen- 
sion du service de l'indemnité des Boxers continua à 
faire sentir ses heureux effets en dispensant la Chine d'un 
achat de plus de 3 millions de livres sterling, cependant 
que les revenus de la Douane lui permettaient de faire 
face et au delà aux charges des emprunts extérieurs déjà 
diminuées par la baisse des changes-or. 

L'ensemble de ces faits était de nature à faciliter singu- 
lièrement les importations d'argent dont le besoin se fai- 
sait sentir d'une manière croissante depuis la fin de 1917. 
En dehors du chaos monétaire qui n'avait fait qu'empirer 
depuis cette époque, le développement commercial dont 
fut témoin le deuxième semestre de l'année 1919, amena 
cette demande ardente de métal blanc qui fut le principal 
facteur de la hausse vertigineuse des cours jusque dans 
les premiers mois de 1920. 

L'essor des exportations exerça un fort stimulant sur le 
commerce intérieur, et la réalisation des achats dans les 
provinces des produits destinés à être envoyés à l'étranger 
nécessita un drainage important des stocks métalliques de 
Shanghaï et de Hong-Kong. L'activité des mouvements 
de marchandises vit son effet augmenté par suite de la 
hausse générale des prix qui, commencée dans les ports à 
la suite de la concurrence des commissionnaires-exporta- 
teurs se disputant les stocks disponibles, fit sentir son 
influence dans l'arrière-pays. Une comparaison entre les 
années 1913 et 1919 montre qu'à Shanghaï (2) le prix 

1. Leurs chiffres sont d'ailleurs inférieurs à la réalité par suite du 
grand nombre d'espèces rapportées par chaque travailleur individuel- 
lement, qui échappèrent ainsi au contrôle de la douane. 

2. Cf. ce rapport du Consul général des Etats-Unis, M. Thomas 
Sammons, du 15 octobre 4919, publié dans Commerce Reports, 2 dé- 
cembre 1919. 



134 LA HAUSSE DU COURS DE i/ARGENT 

du riz passa de 7,60 à 9,20 dollars mexicains par picul, 
le prix du bois de chauffage s'éleva de 40 0/0, tandis 
qu'on notait une hausse de 100 0/0 sur les soies et soieries. 
Malgré la hausse du cours de l'argent, les produits impor- 
tés de l'étranger ne firent point exception à ce mouvement, 
et durant la même période l'on relève une hausse de 40 0/0 
sur les cotonnades et de 50 0/0 sur les articles d'éclai- 
rage, pétroles et bougies. 

A l'augmentation des quantités de marchandises dépla- 
cées, ainsi qu'à la hausse générale des prix, il est bon 
d'ajouter un autre facteur dont l'importance difficile à pré- 
ciser dut cependant être grande. Plusieurs rapports des 
Commissaires des Douanes pour l'année 1919 signalent le 
développement de la thésaurisation dans les provinces de 
l'intérieur. La vente des récoltes avait laissé des sommes 
importantes entre les mains des paysans chinois, et il est 
fort possible que, sous l'influence du chaos de la circu- 
lation fiduciaire, ils aient gardé ce numéraire par devers 
eux au lieu de le déposer dans les banques. C'est ainsi 
qu'on explique généralement que le port de Hankow qui 
au cours de l'année avait reçu de Shanghaï, d'après les 
statistiques des douanes, environ Hk-Tls 10 millions d'ar- 
gent, ait été à plusieurs reprises fort gêné cependant à 
la suite des demandes de L'intérieur, bien des milliers de 
dollars ayant pris le chemin du Hunan sans retour (1). 
Des phénomènes analogues furent signalés dans le Chihli 
bien que le port de Tientsin ait importé plus de Hk Tls 
10 milions en provenance de Shanghaï. 

Pressé par ces demandes croissantes de l'intérieur, 
Shanghaï précipitait ses achats aux Etats-Unis (2) et, 

1. Cf. China, Customs Report, 1919. Part. II, Vol. II, page 513. 

2. Cf. tableau page 127. 



LÀ DEMANDE DE LA CHINE 135 

payant une prime sur la parité du cours de Londres, enle- 
vait la production des mines américaines au fur et à 
mesure de sa venue sur le marché; de juin à décembre 
1919, plus de Hk Tls 40 millions furent ainsi importés. 
Malgré cet afflux de métal d'une importance inouïe, les 
stocks des banques étrangères de Shanghaï ne s'ilevèrent 
point (1) et restèrent au-dessous de la moyenne néces- 
saire à la bonne marche des affaires. Les disponibilités de 
la place étaient, de plus, en grande partie immobilisées 
par des spéculations diverses concomitantes au développe- 
ment industriel du port et à l'activité fiévreuse des milieux 
commerciaux. Les spéculations sur l'or (2), celles sur les 
actions des filatures de coton, ainsi que les besoins du com- 
merce extérieur alors en plein essor, absorbaient et au delà 
les facultés de crédit de la place, et dans ces derniers mois 
de 19191es banques envisagèrent sérieusementla suspension 
d'achat de tout papier sur l'étranger jusques au mois de 
mars 1920. Le change monta très au-dessus de la parité 
métallique (3) et dans le but avoué de faciliter les rapports 
commerciaux sino-américains, le Gouvernement des 
Etats-Unis fit publiquement annoncer au début de décem- 
bre qu'il allait faire mettre en vente sur le marché de 
Shanghaï, au prix de U. S. $ 1,35 Fonce de fin, une partie 
des stocks d'argent libérés par le Pittman Act (4). Cette 

1. Cf. page 129, note 2. 

2. Au cours de l'année 1919, le port de Shanghaï reçut une impor- 
tation nette de plus de Hk Tls 40 millions d'or en barres, dollars ou 
souverains. 

3. Cf. Graphique in fine. 

4. Les intermédiaires choisis par le Trésor américain furent l'Inter- 
national Banking Corporation, l'Asia Banking Corporation et la Park 
Union Foreign Banking Corporation. La New-York Evening Post du 
9 décembre 1919 envisageait la vente de 70 millions de dollars en fait 



136 LÀ HAUSSE DU COURS DE L'ARGENT 

offre de concours amena une détente dans le cours du 
change chinois. 

Cependant, le développement croissant du commerce, 
joint au discrédit du papier-monnaie (1), maintenaient 
toujours les énormes arrivages d'argent de l'étranger; 
c'est ainsi que durant l'année 1920 la Chine eut un solde 
net d'importations de métal blanc de plus de Hk Tls 75 mil- 
lions, qui, s'il est sensiblement au-dessous du chiffre 
de 1919, est cependant bien supérieur à celui de n'im- 
porte quelle autre année précédente. Un tel résultat peut 
surprendre si l'on envisage la crise qui débutant au Japon 
à la fin d'avril, atteint les Etats-Unis puis se développa sur 
le marché mondial tout entier. Les exportations chinoises 
tombèrent de Hk Tls 630 millions en 1919. à Hk Tls 541 
millions en 1920, tandis que le chiffre des importations, 
sous l'influence de retards dans l'exécution des comman- 
des passées durant la période active du deuxième semes- 
tre 1920, s'éleva à Hk Tls 762 millions et fut supérieur de 
plus de Hk Tls 115 millions à celui de 1919. 

Le rapprochement de quelques faits peut cependant 
jeter quelque lumière sur ce mouvement d'argent de la 
Chine avec l'étranger en 1920, d'une apparence si para- 
doxale. Les statistiques mensuelles du commerce extérieur 
des Etats-Unis, pays qui fut la principale source d'argent 
de la Chine, montrent (2) que jusqu'à concurrence de 

pour faciliter le succès de l'opération, les autorités américaines ne 
publièrent ni la date, ni l'importance des envois. 

1. On signale notamment à ce moment un mouvement important 
d'argent de Shanghaï vers Hankow à la suite de la grande déprécia- 
tion des billets émis par la Banque du Gouvernement du Hupeh. Cf. 
China, Customs Report, 1920, Part. II, vol. II, rapport du Commis- 
saire des Douanes du port d'Hankow. 

2. Cf. tableau page 127. 



LA DEMANDE DE LA CHINE 137 

70 0/0 de leur valeur-or, ces importations eurent lieu durant 
les quatre premiers mois de l'année, sous l'influence directe 
de l'activité commerciale et financière qui régnait depuis le 
milieu de 1919. D'autre part, il est bon de remarquer que 
si la Chine reprit ses achats d'argent en août et septem- 
bre, ce ne fut en somme qu'à la suite d'une spéculation 
sur l'or en sens inverse de celles qui avaient été effectuées 
en 1916 et 1917 sur une grande échelle. Tentés par les 
prix relativement bas auxquels était tombé l'argent, bien des 
spéculateurs vendirent avec profit leur or, à ce moment-là 
très demandé au Japon et aux Etats-Unis. 

Ainsi la Chine qui fut le principal artisan de la hausse 
de l'argent de juillet 1919 à janvier 1920, resta encore, 
malgré ses difficultés intérieures, le soutien effectif des 
cours durant le troisième trimestre de cette dernière 
année. 



TROISIÈME PARTIE 
LES STOCKS W 



CHAPITRE PREMIER 
STOCKS COMMERCIAUX ET STOCKS MONÉTAIRES. ÉVALUATIONS 

La comparaison de la production aux besoins n'est point 
toujours suffisante pour préciser l'état du marché. Les 
stocks peuvent jouer un rôle important comme régulateur 
des prix, surtout lorsqu'il s'agit de produits dont un pre- 
mier usage n'exclut pas une utilisation extérieure sous une 
autre forme. C'est le cas de l'argent. Sans doute des 
quantités importantes sont employées en argenture et 
chimie photographique sans qu'une récupération soit 
industriellement possible, la majeure partie de la consom- 
mation annuelle de ce métal, avons-nous vu, a trait au 
monnayage ou à la fabrication de bijoux et de vaisselle 
d'argent, et dans ces cas la valeur de la matière première 
conserve souvent une part importante dans la valeur du 

1. Pour la commodité de l'exposé, nous avons cru préférable de 
traiter dans le chapitre relatif à la demande d'argent par la Chine, 
la question des ventes de métal effectuées par ce pays durant les 
années 1916 et 1917, matière qui, logiquement, eut été appelée à figu- 
rer dans cette troisième partie. 



LES STOCKS D'ARGENT 139 

produit fabriqué. Stocks commerciaux, stocks monétaires, 
ensemble des produits fabriqués en argent, tout cela 
forme une masse de métal qui à des degrés divers est 
susceptible d'exercer une action économique sur le 
marché. 

Les stocks commerciaux détenus par les individus ou 
Sociétés qui s'occupent de transactions sur l'argent sont 
en général de faible importance, eu égard au chiffre de la 
production annuelle. La grande valeur de cette marchan- 
dise en rend la garde fort onéreuse : elle exige de grosses 
immobilisations de fonds et des pertes d'intérêt élevées. 
Grandes Compagnies minières, Sociétés de fonderie et 
d'affinage, Maisons de courtiers de Londres et de Bombay, 
ont certes des quantités de métal plus ou moins grandes 
dans leurs réserves, d'autant que le marché est sensible 
et présente au cours d'une année des fluctuations nom- 
breuses. Mais l'ensemble de ces stocks commerciaux n'est 
pas plus élevé que celui qui existe sur le marché des 
autres métaux. La faillite de Tlndian Specie Bank en 
1913 (1) due à la charge d'une grosse quantité d'argent 
mise en réserve dans l'attente d'une hausse des cours, 
montre, d'ailleurs, recueil auquel de trop larges immobi- 
lisations de ce genre peuvent conduire. Aussi bien nous 
n'insisterons point sur cette catégorie de réserves et envi- 
sagerons-nous, plutôt, les stocks monétaires dont l'am- 
pleur immense devait être amenée à jouer un rôle prépon- 
dérant sur le marché de l'argent. 

Evaluer le montant de la circulation d'espèces d'argent 
dans le monde, est chose difficile ; une intéressante étude 
publiée en 1905 (2), par M. E. Dolléans, contient un 

1. Cf. U. S. Mint Report, 1913. 

2. Cf. dans Questions monétaires contemporaines. 



140 LÀ HAUSSE DU COURS DE L'ARGENT 

exposé critique des diverses méthodes employées à cet 
effet. A côté des remarquables travaux de de Foville et de 
Sœtbeer, nous avons les statistiques publiées annuelle- 
ment dans le rapport du Directeur de la Monnaie des 
Etats-Unis. Ici, comme dans les autres circonstances où 
nous avons été amené à faire usage de ce document, nous 
devons faire les plus expresses réserves sur l'exactitude 
des renseignements qu'il contient. Certes, en une matière 
telle que celle-ci, la précision absolue est hors d'atteinte, 
mais la connaissance des méthodes employées par les 
divers savants qui ont traité de ces questions, permet 
cependant d'apprécier dans une certaine mesure les 
chances d'erreur. Les procédés d'évaluation de la Mon- 
naie américaine ne sont point divulgués, et les divergences 
de ses résultats avec ceux obtenus par d'autres enquêtes 
conduites avec des méthodes connues, nous incite à nous 
mettre en garde. 

Cette administration estimait la circulation de monnaie 
d'argent dans le monde à l'exclusion de la Chine à une 
valeur de $2.125.760.000 au 31 décembre 1914(1). Ce 
chiffre est loin de représenter un stock de métal homogène. 
Il englobe dans sa généralité despièces de titres très divers: 
monnaies étalon et monnaies divisionnaires. 

En ce qui concerne les pays où l'argent joue le rôle de 
commune mesure des valeurs, une balance du commerce 
défavorable peut amener une partie de leurs réserves de 
métal sur le marché, et nous avons vu (2) que, même sans 
que ce facteur intervint d'une façon trop sensible, la Chine 
avait au cours des années 1916 et 1917 exporté près de 



1. Cf. U. S. Mint Report, 1916, p. 219. 

2. Cf. suprà, H» Partie, Chapitre IV, § III. 



LES STOCKS D'ARGENT 141 

HkTls 50 millions d'argent dont la stagnation des affaires 
lui permettait la disposition. 

Le stock d'argent des pays à étalon d'or, a une mobilité 
bien moins grande ; la pratique constante de donner aux 
monnaies divisionnaires une valeur notablement supé- 
rieure à leur valeur métallique, met ainsi en temps nor- 
mal cette circulation à l'abri des variations du cours de 
l'argent. Pour que ces réserves aient une action sur le 
marché, il faut qu'une mesure législative spéciale auto- 
rise des démonétisations d'espèces, ou qu'une hausse des 
cours exceptionnellement importante élève la parité mé- 
tallique de ces pièces au-dessus de leur valeur légale et 
incite les particuliers à les exporter ou à les refondre. Les 
années qui se sont écoulées depuis 1914 ont vu la réalisa- 
tion de ces deux éventualités, et le niveau élevé des besoins 
de métal auxquels une production diminuée ne pouvait 
donner complète satisfaction, en fut la cause. En 1918, 
afin d'éviter une crise politique dont l'Inde était menacée, 
le Gouvernement américain consentit à vendre 200 mil- 
lions d'onces d'argent provenant de la refonte de dollars. 
Plus tard, à partir de la fin de 1919, alors que le Pittman 
Act n'avait apporté aux cours qu'une aide passagère, de 
grosses quantités de métal provenant de refontes, vinrent 
sur le marché, soit qu'il se fut agi d'opérations clandes- 
tines, soit que ces matières aient été rendues libres par des 
démonétisations légales plus ou moins étendues. A cette 
époque, d'ailleurs, des refontes d'objets d'orfèvrerie 
d'argent vinrent encore augmenter l'offre de métal. 



CHAPITRE II 
LE PITTMAN ACT (23 avril 1918) 



Au cours des années 1916 et 1917 les besoins d'argent 
de l'Inde s'étaient développés dans une large mesure, et 
les difficultés croissantes pour se procurer des quantités 
suffisantes de métal plaçaient le Gouvernement dans une 
situation de plus en plus délicate. Au débutde l'année 1918 
une crise était devenue imminente, et on allait être obligé 
d'imposer le cours forcé aux billets ; les hommes respon- 
sables considéraient qu'une telle mesure pourrait amener 
des troubles politiques dénature à compromettre la domi- 
nation anglaise dans l'Inde et supprimer presque entière- 
ment l'aide que ce pays apportait aux alliés. 

A cette époque, la situation du marché de l'argent était 
grave. M. Edwards Brush, Vice-Président de l' American 
Smelting and Refming Company, estimait dès janvier 
1918 (1) que 200 millions d'onces en sus de la production 
du premier semestre pourraient être utilisées pour le 
règlement des exportations actuelles ou passées de l'Inde, 
de la Chine et du Japon. Certes on ne pouvait attendre 
une telle masse d'argent d'une augmentation de l'extrac- 
tion des mines, quelque grand que dût être le stimulant 
apporté par la hausse des cours. M. E. Brush faisant alors 

1. Cf. Engineering and Mining Journal, 12 janvier 1918. 



LE PITTMAJî ACT 143 

allusion à des négociations en cours, indiquait que la 
seule source importante d'argent que l'on pût utiliser en 
ce moment était l'ensemble de dollars enfermés dans les 
caveaux du Trésor américain. Là était en effet une somme 
de plus de 568 millions de dollars argent (1) représen- 
tant la presque totalité des frappes effectuées en vertu des 
lois de 1878, 1890, 1891 et J898 (2) et contre lesquels des 
« certificats d'argent » pour une valeur de $ 450 millions 
avaient été mis en circulation. 

Dès le mois d'octobre 1917, les représentants du Gou- 
vernement britannique de concert avec ceux du Fédéral 
Reserve Board avaient envisagé la possibilité d'acheter la 
totalité de laproduction américaine de 1918. La presse donna 
même des précisions à ce sujet (3). Mais cette quantité de 
métal était insuffisante et seuls les dollars du Trésor pou- 
vaient apporter un remède aux difficultés du moment. 
Cependant la situation dans l'Inde empirait de jour en jour, 
et en février 1918, Lord Reading, Ambassadeur de Grande- 
Bretagne, assisté de Sir James Brunyate, ancien Secrétaire 
des Finances .du Gouvernement de l'Inde, précisèrent 
leurs demandes. Une double difficulté était à résoudre : 
s'entendre sur un prix de cession, et d'autre part arriver 
à faire voter la loi nécessaire. Le Gouvernement britanni- 
que eut volontiers consenti à payer 85 cents par once, prix 
qui sans doute lui eut permis d'acheter la majeure partie 

1. Soit environ 440 millions d'onces d'argent fin. 

2. Ce sont le Bland-Allison Act du 15 février 1878, le Sherman Act 
du 14 juillet 1890, l'Act du 3 mars 1891 pour la refonte de 5.078.472 
trade dollars, et l'Act du 13 juin 1890 (war revenue bill) ordonnant 
la frappe du solde de lingots restant des achats faits en vertu du 
Sherman Act. 

3. Cf. Financial and Commercial Chronicle du 17 novembre 1917 
et aussi infrà, page 170. 



144 LA HAUSSE DU COURS DE l/ARGENT 

de la production américaine de l'année. D'autre part bien 
des sénateurs des Etats producteurs d'argent insistaient 
pour que l'ancienne valeur légale de l'argent — $ 1 ,29 
l'once — fut rétablie ; leurs demandes étaient manifeste- 
ment excessives et eussent lourdement pesé sur l'existence 
de l'Act à intervenir (l). Ces difficultés furent aplanies 
grâce à l'activité et à la diplomatie de M. EmmetD.Boyle, 
Gouverneur de l'Etat de Nevada, qui, après de nombreu- 
ses conférences avec les producteurs d'argent, sut leur 
faire adopter une solution intermédiaire. 

Cependant la situation de l'Inde, grave depuis quelque 
temps, était devenue soudainement critique, et dans la 
deuxième semaine d'avril les demandes anglaises se firent 
impérieuses. Des télégrammes furent alors envoyés à 
tous les sénateurs par le Secrétaire du Trésor ainsi 
que par le commandant en chef des armées améri- 
caines, leur demandant de voter sans délai une mesure 
qui importait tant pour la conduite de la guerre. Un Bill 
déposé par M. Pittman, sénateur du Nevada, fut adopté le 
18 avril par le Sénat, le 20 par la Chambre des Repré- 
sentants et signé le 23 par le Président de la République. 
La loi avait été votée presque sans discussion. Deux 
modifications avaient été apportées cependant au cours 
des débats : la somme envisagée avait été portée de 
$ 250 millions à $ 350 millions, et le sénateur Fall de 
l'Etat de New Mexico avait fait adopter, à titre d'amende- 
ment, la mesure qui restreint les achats au métal extrait 
et affiné sur le territoire des Etats-Unis (2). 

1. On pouvait craindre un sort analogue à celui du Shennan Act. 

2. Pour la discussion de Bill, voir : Congressional Record, Sixty- 
fith Congress, Second session, vol. LVI, n° 106, 18 avril 1918 (Senate), 
vol. LVI, n» 108, 22 avril 1918 (Représentatives). 



LE PIÎTMAN ACT 145 

Un vote aussi rapide témoignait de l'habileté de ceux 
qui s'étaient chargé de l'assurer, et l'on ne doit pas 
oublier en effet que seule une solution immédiate était pos- 
sible. Il ne fallait pas en effet laisser rouvrir de vieilles 
querelles. L'histoire de l'Union américaine est fertile en 
achats forcés d'argent par le Trésor votés sous la pres- 
sion des Etats de l'Ouest ; les Etats de l'Est et les milieux 
financiers qui avaient fait triompher une politique opposée 
ne tenaient point à voir les résultats acquis remis en 
question. De nombreux producteurs de l'Ouest se com- 
plaisaient à considérer le vote du Bill comme un premier 
pas vers le retour au bimétallisme, et leurs adversaires 
étaient décidés à ne voter aucune mesure qui pût prêter 
même de loin à de tels espoirs. Le Bill fut donc présenté 
comme une mesure de défense nationale, de grande impor- 
tance pour le succès des armées alliées, ne coûtant abso- 
lument rien au Trésor, permettant d'autre part de régler 
sans exportation d'or le déficit de la balance commerciale 
des Etats-Unis par rapport à l'Extrême-Orient et laissant 
intacts les principes de la législation monétaire améri- 
caine. Ce n'est que grâce à ces assurances répétées avec 
autorité que la loi put être aussi rapidement votée. 

Le Pittman Act apparaît comme un acte complexe et 
dont tous ceux qui l'ont voté n'ont peut-être point entrevu 
toutes les répercussions. Il dépasse en effet de beaucoup 
l'idée originaire qui était d'apporter une aide aux embarras 
du Trésor indien. Certes il prévoit en effet la fonte de dol- 
lars d'argent jusqu'à concurrence de $ 350 millions, 
contre le retrait préalable de « certificats d'argent », 
actuellement en circulation, dont ils étaient le gage. L'on 
appréciera l'importance de l'opération à ce fait qu'une telle 

somme correspond à un poids d'environ 270 millions 

10 



146 LA HAUSSE DU COURS DE l' ARGENT 

d'onces de fin, soit plus d'une fois et demie la production 
mondiale d'argent en 1917. Ce métal devra être vendu à 
un prix qui ne pourra être inférieur à 1 dollar Fonce de 
fin et aux conditions qui seront établies, suivant les cir- 
constances, par le Secrétaire du Trésor. Les articles 5, 6, 
7, 8, prévoient, afin d'éviter la contraction de la circula- 
tion qui ne manquerait pas de suivre le retrait des « cer- 
tificats d'argent », l'émission par la Réserve fédérale de 
billets gagés par le dépôt au Trésor américain de certifi- 
cates of indebtedness et de one year gold notes. 

Mais l'ensemble des dispositions que nous venons d'in- 
diquer sont loin d'absorber tout l'intérêt de la loi. Le 
titre est fort instructif à lire et nous ne saurions mieux 
faire que de le citer complètement : 

PROJET DE LOI 

pour 

conserver aux Etats-Unis leur stock d'or, — permettre le 
règlement en argent des balances commerciales défavora- 
bles aux Etats-Unis, — fournir du métal pour la frappe 
des monnaies divisionnaires ainsi que pour les besoins com- 
merciaux, — aider les Gouvernements en guerre contre les 
ennemis des Etats-Unis, et, afin de réaliser ces buts, — 
stabiliser le prix et encourager la production de l'argent. 

Le commerce du pays avec l'Extrême-Orient s'était beau- 
coup développé depuis 1914. Un solde débiteur avait 
grossi au détriment des Etats-Unis, et, les payements 
ayant été souvent différés en raison de la hausse de l'ar- 
gent, les Etats-Unis allaient se trouver obligés d'exporter 
une partie de leur stock d'or. Les milieux financiers 



LE PITTMAN ACT 147 

voyaient avec intérêt une mesure qui leur permettait 
d'éviter de diminuer les réserves d'or de l'Union. Les 
importateurs américains, d'autre part, n'étaient point 
indifférents à la mise sur le marché d'une énorme quan- 
tité d'argent qui devait enrayer la hausse des cours de ce 
métal et permettre des règlements avec l'Extrême-Orient 
à des taux de change moins défavorables. La situation du 
marché de l'argent était à ce moment telle que les 
perspectives de hausse apparaissaient illimitées. 

La section 2 de l'Act (1), contenait en effet diverses 
mesures destinées à stabiliser pendant un temps assez long 
le prix du métal, ce qui permettait ainsi aux producteurs 



1. Pittman Àct., Section II : 

Que de temps en temps, à l'occasion de ces ventes d'argent, le 
Secrétaire du Trésor donnera immédiatement des instructions au 
Directeur de la Monnaie en vue de l'achat à l'intérieur des Etats- 
Unis, du produit des mines situées dans les Etats-Unis ainsi que de 
celui des fonderies situées dans ce pays une quantité d'argent égale 
à 371,25 grains d'argent pour chaque dollar ainsi fondu ou con- 
cassé et vendu comme argent non monnayé. Ces achats seront effectués 
selon les règlements de la Monnaie, alors en vigueur, et au prix fixe 
de 1 dollar par once d'argent fin délivré à l'option du Directeur de la 
Monnaie à New-York, Philadelphie, Denver ou San Francisco. 
L'argent ainsi acheté pourra être revendu pour l'une quelconque des 
fins spécifiées dans la Section III de la présente loi, aux termes des 
décrets et règlements qui seront établis par le Secrétaire du Trésor, 
et toute quantité d'argent ainsi achetée excédant la quantité néces- 
saire aux fins déjà mentionnées sera transformée en dollars-argent 
ou conservée à cet effet, et des certificats d'argent seront émis pour 
une somme égale au montant de cette frappe. 

Le montant net de ces achats d'argent, déduction faite de toutes les 
reventes, ne devra, à aucun moment, dépasser la quantité nécessaire à 
la frappe d'un nombre total de dollars égal au nombre total de dol- 
lars auparavant fondus ou concassés et vendus comme argent non 
monnayé, conformément aux dispositions de la présente loi. Mais ces 
achats d'argent continueront jusqu'à ce que la quantité nette d'argent 



148 LA HAUSSE DU COURS DE l' ARGENT 

américains d'envisager l'avenir avec certitude et de pou- 
voir développer leurs installations en conséquence. Le 
Trésor était obligé de racheter sur le marché un poids 
d'argent, égal à autant de fois 371,25 grains de fin, qu'il 
y aurait de dollars refondus et vendus. Ces achats devaient 
être effectués au prix fixe de 1 dollar l'once de fin et ne 
pouvaient porter que sur du métal provenant de minerais 
extraits et traités sur le sol des Etats-Unis. Les produc- 
teurs américains voyaient donc ainsi leur situation sauve- 
gardée, et toute crainte de spéculation de FEtat à la baisse 
se trouvait écartée du fait qu'il s'engageait à racheter au 
prix de 1 dollar l'once, une quantité d'argent égale à celle 
qui aurait été vendue. Gè n'était certes point un avantage 
négligeable, si l'on songe à l'instabilité du prix de l'ar- 
gent. Les cours élevés du moment, étaient manifeste- 
ment dus à la période exceptionnelle alors traversée, et 
devaient baisser en des temps plus calmes. En revanche, 
pour le cas où l'argent américain dépasserait dans l'avenir 
le cours de 1 dollar, FAct prévoyait que le Trésor pourrait 

ainsi acheté, déduction faite des reventes, soit suffisante pour per- 
mettre la frappe d'un nombre de dollars-argent égal au nombre total 
de dollars-argent concassés ou fondus au préalable et vendus comme 
métal non monnayé. 

Section III : 

Que des ventes d'argent non monnayé pourront être faites en vertu 
de cette loi dans le but — de conserver les réserves d'or des Etats- 
Unis — de faciliter le règlement en argent des balances commer- 
ciales défavorables aux Etats-Unis — de fournir du métal pour la 
frappe des monnaies divisionnaires ainsi que pour les besoins commer- 
ciaux — et d'apporter une aide aux Gouvernements en guerre contre 
les ennemis des Etats-Unis. 

L'attribution d'argent au Directeur de la Monnaie pour la frappe 
d'espèces divisionnaires aura, en ce qui concerne l'application de cette 
loi, le caractère d'une vente ou d'une revente. 



LE PITTMAN ACT 149 

mettre sur le marché, pour un prix qui ne serait pas infé- 
rieur à 1 dollar l'once, une partie des quantités de métal 
déjà rachetées, qui constitueraient ainsi une masse de 
manœuvre pour la stabilisation des cours. Ces reventes, 
certes, ne pourraient avoir lieu que pour un des buts énu- 
mérés dans la section 3. 

La durée des opérations du Pittman Act paraissait 
devoir être assez longue, et au cas où l'ensemble des 
350 millions de dollars, soit environ 270 millions d'onces, 
eut été vendus, les rachats eussent absorbé la produc- 
tion totale des Etats-Unis durant quatre années environ. 
En fait, cependant, 208 millions d'onces seulement furent 
vendues en vertu de l'Act. L'Inde reçut à elle seule 
200 millions d'onces Les rachats commencés en juin 1920 
s'élevaient à 88.570.000 onces à la fin de Tannée 1921. 



CHAPITRE III 



REFONTES CLANDESTINES DE MONNAIES. — APPORT SUR LE 
MARCHÉ D'OBJETS EN ARGENT. — VENTES DE MÉTAL PROVE- 
NANT DE REFONTES LÉGALES (ABAISSEMENTS DE TITRES, 
DÉMONÉTISATIONS). 



Les ventes d'argent du Pittman Act, quelque impor- 
tantes qu'elles aient été, ne suffirent point à rassasier la 
demande, et la hausse rapide des cours qui se développa 
durant le deuxième semestre de l'année 1919, fut si 
grande qu'elle provoqua l'afflux sur le marché des masses 
de métal qui en des temps moins troublés n'y seraient 
pas apparues. Certes l'histoire monétaire rapporte d'autres 
exemples d'exportations d'espèces déterminées par la 
hausse du cours du métal précieux qu'elles contenaient le 
jeu de l'étalon alternatif avait aux environs de 1860 con- 
duit la Suisse, l'Italie, la France et la Belgique à abaisser 
le titre de leurs monnaies divisionnaires pour en éviter 
l'exportation. Mais, vu le niveau peu élevé auquel était le 
cours de l'argent depuis le début du xx e siècle, le retour 
de pareils dangers, n'était, avant la guerre, môme plus 
envisagé. 

Cependant, la hausse exceptionnellement grande de 
Tannée 1919, devait mettre en péril l'ensemble des sys- 
tèmes de monnaies divisionnaires d'argent des divers pays 



LES REFONTES DE MONNAIES ET D'OBJETS EN ARGENT 151 

du monde, en élevant la valeur métallique de ces espèces 
au-dessus de leur valeur légale. 

Tableau de la parité métallique (au cours de Londres) 
des monnaies divisionnaires d'argent de divers pays 

En pence 

France, Belgique. ( Ecu de 5 francs ..... 60 8/40 

Suisse-Italie . . ( Pièces de 2 fr . , 1 fr. et fr. 50 . 65 1/2 

Angleterre 66 

Allemagne 67 1/2 

Hollande 60 4/10 

Etats-Unis 58 9/10 

Inde (roupies à 1 sh., 4 pence) 43,05 

Les effets de ce mouvement furent encore accentués par 
la baisse croissante des changes des pays alliés, après que 
la liberté eut été rendue au début de Tannée 1919 aux 
changes franco-anglais et anglo américain. La valeur du 
franc français, notamment, se dépréciant ainsi de jour en 
jour à l'étranger, le point d'exportation ;de la monnaie 
blanche s'abaissait proportionnellement. En effet la pièce 
de 5 francs était théoriquement exportable lorsque l'argent 
dépassait 60 8/10 pence l'once, le cours de la £ étant au 
pair, mais si le cours de la £ venait à faire par exemple 
20 0/0 déprime, le point critique pour les écus se trou- 
vait ramené 20 0/0 plus bas, soit au cours de 48 pence 
l'once environ (1). 

Aussi la hausse rapide des cours en 1919 et au début de 



1. Certes, dans la pratique, l'exportation des espèces ne commen- 
cera point dès que le cours de l'argent aura dépassé ce niveau. Le 
point critique est légèrement plus élevé : le spéculateur doit en effet 
faire entrer en ligne de compte les pertes résultant du frai, les diver- 
ses commissions qu'il devra payer aux intermédiaires chargés de lui 
fournir les pièces de monnaie, et enfin une sorte de prime d'assu- 



lo2 LÀ HAUSSE DU COURS DE L'ARGENT 

1920, donna une vive impulsion au mouvement de refon- 
tes clandestines de monnaies divisionnaires, malgré la 
prohibition édictée par les divers gouvernements. En 
même temps d'ailleurs, ces mêmes circonstances, ten- 
taient bien des possesseurs d'objets en argent dont le 
poids élevé et la faible valeur artistique rendaient la 
refonte d'autant plus fructueuse. Au début de 1920, les 
ventes effectuées à Londres par le Continent, et constituées 
par du métal provenant de ces deux sources, furent telles 
que le marché en fut véritablement submergé. Les affine - 
ries ne pouvaient suffire à traiter tout ce métal et étaient 
obligées de demander de longs délais. 

Dès le mois de décembre 1919, le Gouvernement des 
Etats-Unis chercha à protéger la circulation d'argent du 
pays, en agissant directement sur le cours du métal. Il prit 
à cet effet des dispositions pour la mise en vente sur la 
place de Shanghaï, au prix de 135 cents l'once de fin, du 
solde de dollars libérés par le Pittman A et. L'effet désiré 
fut d'ailleurs obtenu par l'expédition d'une fraction seule- 
ment des dollars disponibles. 

Vers la même époque, ainsi qu'au cours de l'année 1920, 
divers Etats furent amenés à modifier les bases de leur 
système de monnaies divisionnaires, en tenant compte des 
événements du moment. Certains, tels que l'Angleterre et 
le Canada, abaissèrent la teneur de fin de ces pièces, 



rances, chargée de compenser les risques courus. Dans un mémoire, 
publié dans le volume & Appendices de la Commission Babington- 
Smith, le professeur H, Stanley Jevons évalue à 7 4/2 0/0 le relève- 
ment que pour ces raisons l'on devra appliquer aux chiffres du tableau 
ci-dessus afin d'avoir le cours réel auquel on a intérêt à exporter les 
monnaies divisionnaires. Ce chiffre de 7 4/2 0/0 n'est qu'approxima- 
tif et est naturellement variable suivant le temps et les lieux. 



LES REFONTES DE MONNAIES ET d' OBJETS EN ARGENT 153 

d'autres, comme l'Allemagne, décidèrent la démonétisa- 
tion complète de l'argent. S'inspirant des mêmes idées, 
M. Raphaël-Georges Lévy déposa sur le bureau du Sénat 
en avril 1920 une proposition de loi (1) ayant pour objet 
« de faire cesser la frappe des monnaies divisionnaires 
« d'argent, d'ordonner la démonétisation et le retrait de 
« celles qui circulent, d'en prescrire la fonte, et d'autori- 
« ser le Trésor à négocier sur les marchés étrangers le 
« métal provenant de cette opération » La baisse rapide 
des cours qui survint tandis que ce texte était étudié par 
la Commission des Finances du Sénat, fit que cette propo- 
sition de loi ne fut pas suivie d'eifet. 

Cependant l'abaissement du titre des monnaies division- 
naires en Angleterre ainsi que leur démonétisation en 
Allemagne et en Tchécoslovaquie rendent disponibles de 
grosses quantités d'argent. En ce qui concerne notamment 
les monnaies anglaises, on estime généralement que 
40 millions d'onces peuvent être libérées de ce chef. Une 
partie d'ailleurs a commencé à être mise sur le marché 
de Londres dès Tannée 1921, ainsi que d'importantes 
quantités de métal provenant de la démonétisation des 
espèces d'argent tchécoslovaques. En Allemagne, depuis 
le mois de janvier 1920, la Reichsbank et les caisses publi- 
ques sont autorisées à racheter les espèces d'argent au 
poids du métal ; 32 millions d'onces environ ont été expé- 
diés en août 1921 aux Etats-Unis par le gouvernement 
allemand, à titre de gage d'un emprunt qui devait être 
consenti par un groupe de banques américaines, et il est 
probable que cette masse d'argent sera bientôt mise en 
vente sur le marché. 

1. Cf. Sénat, n° 145. Annexe au procès-verbal de la séance du 
14 avril 1920. 



QUATRIÈME PARTIE 
LE MARCHÉ ET LES PRIX 



CHAPITRE PREMIER 

LONDRES, CENTRE DES TRANSACTIONS SUR L'ARGENT 
LA PREMIÈRE ANNÉE DE GUERRE ET LA DÉSORGANISATION 

DU MARCHÉ 

La réduction de la production de l'argent, à une époque 
où les besoins de ce métal devenaient plus grands et plus 
impérieux que jamais, devait naturellement provoquer la 
hausse des cours. Ce mouvement fut d'autant plus net que 
le marché de l'argent présente un aspect très particulier. 

Les transactions sur ce métal étaient avant la guerre 
concentrées à Londres. Le choix de cette place pourrait 
surprendre puisqu'aussi bien la Grande-Bretagne ne pro- 
duit pas d'argent, mais Londres, en raison de sa situation 
incontestée de centre financier de l'univers, exerçait à cet 
égard une attraction certaine. En outre, l'important éta- 
blissement de l'Angleterre aux Indes ainsi que la place 
prépondérante qu'elle avait acquise dans le commerce des 
pays d'Extrême-Orient, la mettaient ainsi en contact avec 
les plus gros consommateurs de métal blanc. La plus 
grande partie du commerce de ces régions avec le reste 



LE MARCHÉ ET LES PRIX 155 

du monde se faisait par l'intermédiaire de l'Angleterre et 
était financé par des acceptations anglaises (1). Il n'est 
besoin que de citer le nom de la puissante Hong-Kong and 
Shanghaï Banking Corporation dont le capital et les réser- 
ves atteignaient au 31 décembre 1913 la somme de 
47.500.000 dollars de Hong-Kong, pour se rendre compte 
de la forte organisation financière mise au service de ces 
transactions. 

Nous n'aurions garde d'oublier de mentionner aussi les 
ressources que la place de Londres pouvait prêter au com- 
merce de l'argent. Le fonctionnement du marché d'un pro- 
duit d'aussi grande valeur nécessite de gros mouvements 
de fonds et la disposition d'importantes disponibilités, soit 
pour régler les transactions elles-mêmes, soit surtout 
pour assurer l'ajustement harmonieux des cours en per- 
mettant d'effectuer les reports nécessaires et de donner 
ainsi la vie au marché à terme. 

C'est à Londres que les représentants de quatre mai- 
sons de courtiers en métaux précieux (1) se réunissaient 
chaque jour à deux heures de l'après-midi, et, par la com- 
paraison des ordres d'achats et de ventes de leurs clients 
ainsi que de l'importance des stocks, « fixaient » le prix 
de l'argent qui aussitôt était télégraphié aux divers points 
du monde. Outre le cours au comptant, il était aussi fixé 

4 . Voici à ce sujet un extrait du rapport du Consul général des 
Etats-Unis à Tientsin, paru dans Commerce Reports, novembre 1915 : 
« .. .Pratiquement, tous les effets émis pour le commerce entre les 
« Etats-Unis et cette région, sont tirés sur Londres en £. Dans pres- 
« que tous les cas où des crédits sont remboursés en monnaie amé- 
« ricaine ou par lettre de change libellée en U. S. $, un escompte 
« de 1/2 0/0 à 2 0/0 est prélevé ». 

1 . Samuel Montagu and C°, Mocatta and Goldsmid, Pixley and 
Abell, Sharps and Wilkins. 



156 LA HAUSSE DU COURS DE 1/ ARGENT 

un cours à terme relatif à des livraisons à deux mois. 
Londres n'était point cependant la seule place où s'effec- 
tuaient d'importantes transactions sur ce métal : New- 
York et San Francisco, Bombay, Hong-Kong et Shanghaï 
avaient également un marché de l'argent, les deux pre- 
mières de par leur situation dans un pays producteur, les 
autres comme centres commerciaux de pays consomma- 
teurs. Mais ces places, notamment New-York et San Fran- 
cisco, se bornaient à traduire en monnaie locale les prix 
câblés de Londres (1). Les marchés de l'Inde et de la 
Chine suivaient aussi l'impulsion de Londres, bien que 
cependant la distance qui les séparait de ce centre finan- 
cier et aussi l'esprit de spéculation développé à l'état aigu 
parmi les populations d'Extrême-Orient les amenassent 
parfois à de légères et passagères variations sur le cours 
fixé à Londres. La possibilité d'arbitrages ne permettait 
d'ailleurs point des écarts très prolongés. Les années 
1912 et 1913, notamment, avaient vu le cas d'une banque 
indienne, Hndian Specie Bank, qui avait immobilisé des 
sommes importantes en des achats spéculatifs d'argent, 
et qui malgré de grands efforts pour faire monter les cours 
s'était vu acculée à la faillite. Un puissant syndicat formé 
à Londres, afin d'éviter le trouble que n'aurait pas manqué 
de provoquer la mise sur le marché de ce stock impor- 
tant, prit en charge une quantité d'argent évaluée à 
£ 2 millions et en disposa méthodiquement sans que les 
cours en fussent trop affectés. 

4 . A ce sujet il est bon de remarquer que Londres cote en pence 

925 
l'once troy d'argent au titre standard, , tandis que New- York 

999 
cote en cents l'once troy à ,_ ; de là vient la différence apparente 

des cours entre ces deux places . 



LE MARCHÉ ET LES PRIX 157 

Cette forte alerte passée, de nouvelles difficultés allaient 
naître. La déclaration de guerre surprit le marché de 
l'argent dans une période de malaise et d'inactivité qui se 
prolongeait depuis plusieurs mois. Dès le mois de mai 
1914 la balance du commerce de l'Inde tendant à deve- 
nir défavorable, bien des spéculateurs indiens avaient été 
incités à effectuer des ventes à terme qui avaient orienté 
les cours vers la baisse. Cette situation avait encore été 
accentuée en juin par suite d'une augmentation des envois 
des Etats-Unis dus à la sortie en contrebande (1) du Mexi- 
que d'importantes quantités d'argent, jusqu'ici tenues en 
réserve dans l'espoir d'une hausse des cours. En même 
temps, Londres recevait aussi de Hong-Kong de fréquents 
envois de monnaies divisionnaires d'argent démonétisées. 

La nouvelle de complications politiques provoqua, fin 
juillet, une chute des cours de 25 1/16 à 23 3/4 pence. 
Au milieu de la panique financière qui régna alors, les 
ventes d'argent au comptant devinrent pratiquement 
impossibles et la cote officielle fut suspendue le 31 juillet 
et le 1 er août. Le 4 août l'Angleterre déclarait la guerre à 
l'Allemagne et le Gouvernement prolongea de trois jours 
le congé traditionnel de la Bourse, de sorte que les trans- 
actions au comptant ne reprirent que le 7 août (2). Ce 
délai fut mis à profit par le Gouvernement britannique 
pour prendre diverses mesures extraordinaires telles que 
l'émission de billets de £ 1 et de 10 shillings, la mise en 
circulation d'une grande quantité de monnaie d'argent et 
l'établissement d'un service d'assurances d'Etat pour ris- 
ques de guerre. 

1 . Le général Huerta avait réquisitionné la production nationale 
pour le monnayage. 

2. Le marché à terme ne fut rouvert que le 9 mai 1919. 



158 LA HAUSSE DU COURS DE l' ARGENT 

La déclaration de guerre fut le début d'une ère d'ato- 
nie du marché qui dura presque sans interruption jus- 
qu'en septembre 1915. Une telle situation ne manqua 
point d'exercer une fâcheuse perturbation dans l'industrie 
de l'argent aux Etats-Unis. Devant l'impossibilité de ven- 
dre leurs produits, mines, ainsi qu'usines de fonte et 
d'affinage, se voyaient obligées de suspendre tout tra- 
vail et d'abandonner sans emploi un grand nombre de 
travailleurs. L'aide de l'Etat fédéral fut sollicitée et le 
Smoot's bill voté par le Sénat le 22 août* vint enrayer le 
mouvement de fermeture qui commençait à se dessiner 
parmi les mines et usines américaines (1). Le Secrétaire 
du Trésor fut autorisé pour une période de six mois à 
acheter, par anticipation des besoins monétaires futurs, 
une quantité d'argent n'excédant pas 15 millions d'on- 
ces (2). Ce métal devait être le produit de fonderies améri- 
caines et pour éviter une hausse indue des cours, le prix 
d'achat ne devait point dépasser le prix moyen de l'ar- 
gent durant le premier semestre 1914. Dès le 12 août, le 
Département du Trésor américain avait déjà passé un 
ordre d'achat de 1.175.000 onces et le 28 du même mois, 
un nouvel achat de 200.000 onces était effectué pour pré- 
luder à l'exécution du Smoot's bill. 

L'année qui suivit la déclaration de guerre fut une 
période de désorganisation du commerce international. 



1 . Le 22 août la direction de la Gopper Queen MiniDg C°, notam- 
ment, annonçait que la mine Sud-Ouest de Bisbee (Arizona) allait 
rouvrir et que les hommes mariés licenciés trois semaines auparavant 
allaient être repris. 

2. Le chiffre de 25 millions d'onces proposé par le sénateur Smoot 
avait été réduit par la Commission des Finances du Sénat à 15 mil- 
lions d'onces. 



LE MARCHÉ ET LES PRIX 159 

Les restrictions diverses dont s'entouraient les Etats 
belligérants, jointes à l'insécurité des mers, avaient, sur- 
tout au début des hostilités, paralysé tout trafic avec 
l'Extrême-Orient. La croisière de YEmden dans la mer 
des Indes arrêtait les exportations de Calcutta, et d'autre 
part la réquisition d'une partie de la marine marchande 
britannique et son emploi pour des fins militaires, appor- 
taient au fonctionnement du commerce chinois une gêne 
considérable. Les envois d'argent de Londres vers la Chine 
furent arrêtés, cependant que dans les banques de Shang- 
haï, Canton et Hong-Kong s'accumulaient des stocks 
métalliques dont la stagnation des affaires ne permettait 
que difficilement l'emploi. Les achats d'argent de l'Inde 
furent aussi fortement réduits ; durant la période qui 
s'étend du 5 août 1914 au 31 mars 1915 le commerce 
extérieur de ce pays accusa par rapport à l'année précé- 
dente une diminution de 43 0/0 pour les exportations et 
de 34 0/0 pour les importations (1), aussi le chiffre net 
des importations (pour le compte du Gouvernement ainsi 
que des particuliers) d'argent passade 71.107.351 onces 
durant l'année fiscale 1913-1914 à 55.766.123 onces 
en 1914-15. Dans le même temps les importations d'ar- 
gent du gouvernement indien qui s'étaient élevées à 
35.309.524 onces en 1913-1914, se changèrent en une 
exportation nette de 4.251.329 onces (2). 

Par surcroît, la consommation industrielle d'argent dans 
les pays occidentaux avait considérablement décru. En 
présence des demandes de l'Inde réduites ainsi que de 



1. Cf. Review ofthe Trade of India in 1914-19 Î5 (Sterling édi- 
tion), p. 1. 

2. Cf. tableau, p. 64. 



160 LA HAUSSE DU COURS DE l'aRGENÎ 

quelques ventes chinoises, les achats des Monnaies 
d'Angleterre, des Etats-Unis, de France et de Russie ne 
purent empêcher une baisse des cours qui atteignit 22 5/6 
pence en juillet 1915. 



CHAPITRE II 
Août 1915-Avril 1918. 

LA HAUSSE DES COURS. - LE DÉVELOPPEMENT DES BESOINS 
MONÉTAIRES DANS LES PAYS OCCIDENTAUX ET DANS L'INDE. 
— DÉPLACEMENT DU MARCHÉ DE L'ARGENT DE LONDRES A 
NEW-YORK ET SAN FRANCISCO. 

Le mois d'août 1915 devait être le point de départ 
d'une orientation nouvelle du marché. Une chute impor- 
tante du cours de la £ à New-York s'étant produite à ce 
moment, les ventes d'argent sur le marché de Londres 
devinrent ainsi moins profitables pour les producteurs 
américains qui furent incités à raréfier leurs expéditions. 
A ce moment d'ailleurs, la Monnaie américaine vint leur 
fournir un nouveau débouché : elle acheta en sept ou huit 
semaines environ 4 millions d'onces et ne cessa son 
action que lorsque le rétablissement de la £ (1) et l'amé- 
lioration des cours sur le marché de Londres permirent 
aux producteurs des Etats-Unis d'effectuer leurs envois 
dans des conditions plus favorables. 

La réorganisation des services de la Monnaie française 
arrêtée en fait par la mobilisation d'une grande partie de 



4 . A l'occasion de la négociation d'un emprunt anglo-français aux 
Etats-Unis. 

il 



162 LA HAUSSE DU COURS DE i/ARGENT 

son personnel, ainsi que l'installation d'ateliers à Castel- 
sarrazin vers la fin du mois d'août, permirent de repren- 
dre la frappe des pièces divisionnaires dont la rareté 
commençait à se faire sentir d'une manière aiguë. Les 
achats de la Monnaie française et d'autres Monnaies con- 
tinentales exercés concurremment à ceux de la Monnaie 
anglaise qui à partir de ce moment absorba £ 100.000 à 
£ 150.000 d'argent par semaine, raffermirent le marché. 
Ce revirement dans la situation n'amena point tout de 
suite une hausse des cours, il existait en effet sur le mar- 
ché des quantités considérables d'argent dont l'absorption 
fut lente et se poursuivit sans grand bruit jusqu'à ce que 
le résultat d'un inventaire des stocks de la place de Londres 
ayant été publié fin novembre, leur chiffre sélevant à 
£ 750.000 fut jugé très inférieur à ce que Ton escomptait 
couramment. Cette nouvelle produisit quelque inquié- 
tude dans les Bazars indiens et provoqua des demandes 
plus fréquentes et plus importantes. Cependant la Monnaie 
anglaise poursuivant toujours ses achats, la hausse des 
cours persista. Décembre vit avec l'arrêt des achats 
des Monnaies continentales un ralentissement passa- 
ger des transactions qui se prolongea en janvier et 
février 1916. 

Une vive animation allait se faire jour au mois de mars. 
La fin de l'année financière indienne et les commentaires 
qu'elle provoque en général sur le marché attirèrent l'atten- 
tion sur la décroissance régulière depuis le mois d'août 1915 
du stock de roupies de la Pape?' Currency Reserve, passé de 
Rp. i00,9 millions à Rp. 230,6 millions à la fin de 
mars 1916, tandis que le développement des exportations 
de ce pays faisait prévoir un grand besoin de numéraire. 
En outre, des informations répétées apportaient la nouvelle 



LE MARCHÉ ET LES PRIX 163 

de gros achats de l'Inde en Extrême-Orient (1). Bien que 
durant le mois d'avril le Gouvernement de l'Inde s'abstint 
d'effectuer des opérations sur le marché de Londres, la 
concurrence des achats pour la frappe (2) était très vive et 
l'insistance de ces demandes importantes sur un marché 
très étroit provoquait chaque jour un bondissement des 
cours à des hauteurs nouvelles. Une spéculation intense 
ne manqua point d'exagérer encore cette animation du 
marché. 

La situation menaçait de devenir difficile. Du 1 er au 
3 mai 1916, le cours de l'argent avança encore de 2 pence 
et s'éleva ainsi à 37 1/8 pence. Déjà certains voyaient venir 
le jour où la fonte des roupies allait devenir profitable. 
Dans son numéro du 6 mai, le Statist dénonçait cet état de 
choses et recommandait de s'abstenir de tout achat tant 
que les producteurs restreindraient leurs offres. 11 suggé- 
rait en outre qu' « eu égard à l'offre réduite de métal, les 
« Gouvernements d'Angleterre, de France, de Russie et de 
« l'Inde s'entendissent entre eux, afin d'éviter des suren- 
« chères », faisant remarquer que « s'ils établissaient un 
« acheteur unique et divisaient entre eux par parts égales 
« le montant des achats ainsi effectués, ils obtiendraient 
« des quantités d'argent aussi importantes qu'avec les 



4. La circulaire Montagu du 1er avril 1916 annonce notamment 
des achats de £ 670.000 dans les quinze jours précédents. 

2. Une indication des achats de la Monnaie de Londres peut résul- 
ter de la comparaison suivante des entrées et des sorties d'argent 
affiné du Royaume-Uni : 

Cinq premiers Cinq premiers 
mois de 4915 mois de 4946 

Onces Onces 

Importations 39.275.640 37.502.989 

Exportations 32.518.465 26.563.249 



164 LA HAUSSE DU COURS DE L'ARGENT 

« errements actuels, tout en restreignant la hausse des 
« cours ». Ces suggestions furent écoutées et le 22 mai 
un communiqué du Gouvernement britannique à la presse 
annonçait, sans toutefois en divulguer les détails, qu'une 
entente avait été conclue dans ce sens entre les Gouver- 
nements alliés. 

Le même jour, une chute de 2 pence se produisit sur le 
marché, elle fut le prélude dune baisse plus grande qui 
se poursuivit jusqu'au cours de 28 5/8 pence atteint le 
10 juillet 1916. 

L'effet de la nouvelle relative à l'entente des Gouverne- 
ments avait été accru encore par l'annonce de la vente par 
le Gouvernement philippin de 7.500.000 pesos au Gouver- 
nement de l'Inde. En outre, d'importantes quantités de 
« sycee » accumulées dans les banques de Shanghaï, ainsi 
que des pièces divisionnaires de Hong-Kong démonéti- 
sées, prenaient tous les jours le chemin de l'Inde, et 
ce mouvement était favorisé par le cours élevé de 
l'argent ainsi que par l'état du change chinois très au- 
dessous de sa parité métallique. Les spéculateurs de ce 
pays, escomptant d'autre part le reflux de roupies vers les 
caisses du Trésor qui se produit tous les ans à partir du 
mois d'avril, orientèrent volontiers leurs positions vers la 
baisse. 

Le cours de 28 5/8 pence coté le 10 juillet devait être 
le niveau le plus bas de cette période ; en effet, avec les 
mois d'août et de septembre, les promesses d'une mousson 
exceptionnellement bonne devinrent assurées, les besoins 
du Gouvernement de l'Inde s'affirmèrent plus importants 
et la probabilité d'achats venant de cette source donna au 
marché un aspect de plus en plus ferme. Les cours cotés 
en septembre et octobre évoluèrent entre 32 1/8 pence et 



LE MARCHÉ ET LES PRIX 165 

32 15/16 pence. Cependant, les ventes effectuées par la 
Chine apparurent hors de proportion avec ses disponibi- 
lités et, la saison d'exportation étant en pleine activité, le 
change chinois atteignit rapidement la parité métallique 
au début de novembre, puis ne tarda pas à la dépasser. 
La Chine dut effectuer des achats d'argent sur divers 
marchés, et pour la première fois depuis bien des mois, 
Londres fit une expédition à Shanghaï. Cette demande 
venant en concurrence de celle des Monnaies occidentales 
amena une hausse du prix de l'argent : le cours de 35 15/16 
pence fut coté à la fin du mois de novembre 1916. 

Au début de décembre, l'attention fut tout spécialement 
attirée par le chiffre des réserves de roupies du Gouver- 
nement de l'Inde. L'encaisse-argent était passée de 
Rp. 268,1 millions fin août à Rp. 180,7 millions fin novem- 
bre et les derniers communiqués annonçaient encore une 
nouvelle baisse. Le 12 décembre on apprit que désormais 
la vente des traites sur le Trésor indien n'aurait plus lieu 
qu'un jour par semaine et que le montant en serait limité 
à Rp. 8 millions. Cette mesure qui traduisait les besoins 
pressants du Gouvernement de l'Inde vint donner une 
vive impulsion à la spéculation. Cependant la circulaire 
Mocatta, pour l'année 1916, fait remarquer que cette 
interprétation ne fut pas générale et qu'à la suite des dis- 
positions prises ultérieurement par le Gouvernement 
indien pour faire face aux besoins de la frappe, le marché 
resta calme. Cet aspect du marché dura pendant les pre- 
miers mois de l'année suivante, cependant que de larges 
envois de la Chine venaient donner satisfaction aux grands 
besoins de l'Inde. 

Le 6 avril 1917, les Etats-Unis entraient en guerre aux 
côtés des Alliés, et, peu après, l'on annonça des achats du 



166 LA HAUSSE DU COURS DE i/ ARGENT 

Gouvernement américain pour la frappe de monnaies 
divisionnaires : la circulaire Montagu du 7 juin 1917 les 
estimait à une moyenne de 400.000 onces environ par 
semaine. 

En avril, la prime d'assurance pour risques de guerre 
pour les transports entre l'Angleterre et les Etats-Unis 
fut portée à 5 guinées, et la différence entre les cours de 
Londres et de New-York en fut proportionnellement 
accrue. La Chine qui reprenait ses achats à ce moment, 
eut ainsi intérêt à les effectuer aux Etats-Unis, et put 
même payer une prime considérable sur la parité du 
cours de Londres. Ces achats de la Chine, joints à ceux du 
Gouvernement américain et des Monnaies étrangères (1), 
eurent pour effet de réduire fortement les arrivages d'ar- 
gent sur le marché de Londres, qui ainsi appauvri perdit 
son équilibre, une demande peu importante suffisant à 
provoquer une hausse de cours disproportionnée (2). 

Afin d'éviter une perte dans la frappe des roupies, le 
Secrétaire d'Etat pour l'Inde porte, le 27 août, le taux de 
vente des transferts télégraphiques de 1 sh. 4àl sh. 5 pence, 
et quelques jours après, le 3 septembre, le Gouvernement 
indien prohibe l'exportation des lingots et espèces d'ar- 

1 . En juillet achat par le Gouvernement russe de 5 millions d'onces 
livrables à Vladivostock. 

2. Pendant plusieurs années la place de Londres devait voir son 
influence très affaiblie au profit de New-York. La cause en fut d'abord 
une économie de frais de transport pour la Chine et l'Inde, les plus 
gros acheteurs du moment ; plus tard, après l'armistice, la déprécia- 
tion et l'instabilité de la £ ainsi que les restrictions des mouvements 
d'or entre le Royaume-Uni et le reste du monde vinrent y joindre 
leur effet. Cependant, depuis 1920, grâce à son expérience tradition- 
nelle ainsi qu'au sens de prudence et de mesure de ses milieux finan- 
ciers, Londres est en train de reconquérir peu à peu sa place prépon- 
dérante sur le marché de l'argent. 



LE MARCHÉ ET LES PRIX 167 

gent. Il est suivi dans cette voie par l'Italie et le Japon. 
Néanmoins dans l'espoir que le Gouvernement américain 
leur délivrera le permis d'exporter, les banques d'Ex- 
trême-Orient continuent leurs achats à San Francisco 
durant le mois de septembre, et le 21 le prix atteint par 
bonds successifs 55 pence, cours coté pendant quatre jours 
successifs et le plus élevé depuis 1878. La situation du 
marché de l'argent est devenue anormale et le Statist, 
dans son numéro du 22 septembre, déclare qu'il existe à 
Londres « une forte demande qui n'est pas satisfaite et 
« que le prix de Londres est dominé indirectement ». 
Citant la dernière circulaire Mocatta il ajoute que « l'offre 
« est si faible que bien que la demande ne soit point très 
« importante pour le marché de Londres, les vendeurs 
« peuvent presque fixer le prix à leur guise, de sorte 
« qu'une hausse de 1 penny par jour a cessé d'être chose 
« exceptionnelle... la réaction des prix est plus que due 
« et sera probablement très importante ». Elle vint en 
effet aussitôt et ne fut pas moins brusque que le Statist 
l'avait laissé entrevoir. A partir du 26 septembre 1917, 
une baisse sensationnelle de 5 1/2 pence est enregistrée, 
les cours passent en trois jours de 55 à 49 1/2 et jusqu'à 
fin octobre ne cessent de décliner : le 23 octobre on cote 
41 7/8 pence. 

Sur les causes de ce brusque revirement, les circulaires 
des maisons de Londres se montrent très discrètes, le 
Statist affirme que le mouvement doit être attribué à la 
rumeur que les prix élevés allaient amener le Gouverne- 
ment américain à mettre sur le marché ses stocks d'ar- 
gent. Aux Etats-Unis, au contraire, l'opinion tend à rendre 
le Gouvernement anglais responsable de cette baisse : il 
aurait usé de son influence pour que les banques d'Ex- 



168 LA HAUSSE DU COURS DE l' ARGENT 

trême -Orient cessent leurs achats (1). Le mouvement de 
chute fut accentué par une décision du Gouvernement 
britannique en date du 29 septembre, qui interdit, sauf 
autorisation spéciale, les exportations d'argent vers la 
Hollande et les Pays Scandinaves; des ventes de la Chine 
dont le change baissait parallèlement au cours de l'ar- 
gent, vinrent encore ajouter leur action. En outre la démo- 
nétisation en Italie des pièces de 1 et 2 lire (2), ainsi que 
les diverses mesures prises récemment par plusieurs 
Gouvernements pour restreindre les mouvements interna- 
tionaux de l'argent, ne constituaient certes point des fac- 
teurs de hausse. 

Cependant, la Monnaie américaine poursuivait ses 
achats, et l'observation des réserves de roupies du Gou- 
vernement indien qui diminuaient depuis novembre à 
grande allure, permettaient d'envisager l'espoir d'un relè- 
vement des cours. 



1. Cf. l'article de M. Edw. Brush, Vice-Président de l'American 
Smelting and Refining Company, dans YEngineering and Mining 
Journal^ 22 janvier 1917. 

Cf. aussi le discours de M. Pittman fait devant le Sénat américain 
le 18 avril 1918 (Congressional Records Sixty-Jith Congress. Second 
session, vol. LVI, n° 106). 

2. A partir du 31 décembre 1917. 



CHAPITRE III 
Avril 1918-Mai 1919 

LE CONTROLE ANGLO-AMÉRICAIN DU MARCHÉ DE L'ARGENT. 

LA CRISE INDIENNE ET LE VOTE DU PITTMAN ACT. 

LA FIXATION D'UN PRIX MAXIMUM AUX ÉTATS-UNIS 

ET EN ANGLETERRE. 

L'absence démarché à terme avait rendu la chute d'oc- 
tobre 1917 plusprofonde, et, malgré l'atmosphère de hausse 
générale qui à cette époque poussait le prix des divers 
produits vers des cours toujours plus élevés, le marché de 
l'argent était hésitant. Depuis juillet 1917 s'était créé aux 
Etats-Unis, le War Industries Board dont la tendance à 
régenter la production et les prix, trouvait tous les jours 
un nouvel aliment. Le froment, le sucre, le fer, l'acier, le 
cuivre, avaient successivement attiré son attention et été 
l'objet de mesures restrictives de sa part. L'argent, dont 
le rôle était si grand dans le financement du commerce 
d'Extrême-Orient, et à la destinée duquel le sort de l'Inde 
semblait étroitement lié, ne pouvait rester en dehors d'une 
intervention de l'Etat. Dès le mois de novembre 1917 (1), 
le bruit se répandait que le Gouvernement américain con- 
jointement avec le Gouvernement britannique, avaient 
passé des marchés avec des fonderies d'argent pour la 

1. Cf. Mocatta and Goldsmid, Annual circular, 1917, et la circu- 
laire Montagu du 22 novembre 1917. 



170 LA HAUSSE DU COURS DE l'àRGENT 

fourniture de 100 millions d'onces livrables dans le cou- 
rant de 1918. La répartition en était, disait-on, ainsi pré- 
vue : 60 millions d'onces étaient destinées à l'Inde (1) et le 
reste, soit 40 millions d'onces, devait être rétrocédé à la 
France en compensation des avances d'argent faites par 
elle pour le paiement des troupes américaines. De tels 
bruits étaient de nature à inciter le marché à la réserve et 
à l'empêcher de prendre nettement position, dans un sens 
ou dans l'autre. D'ailleurs le prix indiqué était le cours 
du moment : 86 cents par once d'argent livrable à New- 
York, soit 40 pence par once standard au cours du dollar 
de 4,76 3/8. 

Mais au lieu d'une confirmation officielle de ces rumeurs, 
le câble en apportait de nouvelles (2) : ce n'était plus une 
quantité fixe qui devait faire l'objet de l'achat, mais bien 
l'ensemble de la production du territoire de l'Union. Les 
représentants du Trésor américain (3) avaient bien tenu le 
3 décembre la première d'une série de conférences avec 
les producteurs d'argent de l'Ouest (4) afin d'arrêter un 
plan d'action. L'atmosphère trouble qui se dégageait de 
ces discussions confuses et sur lesquelles le public n'avait 
que des informations peu précises et contradictoires, ne 
fut certes point éclaircie par le dépôt du projet de loiSha- 
froth. Bimétalliste impénitent, le sénateur Shafroth vou- 

1 . Livrables au taux de 5 millions d'onces par mois. 

2. Cf. Mocatta and Goldsmid, Annual circular, 1917. 

3. C'étaient MM. Raymond T. Baker, Directeur de la Monnaie, 
Charles S. Ilamlin, membre du Fédéral Reserve Board, et Albert 
Strauss, expert cambiste, représentant du Trésor au War Trade 
Board. 

4. La plupart étaient du Nevada; les sénateurs Pitlman, Smoot, 
Ashurst, Newlands et Shafroth, ainsi que le Gouverneur Boyle de 
l'Etat de Nevada, s'étaient joints à eux. 



LE CONTROLE ANGLO-AMÉRICAIN DU MARCHÉ 171 

lait voir renouveler le geste du Président Mac-Kinley en 
1897 et proposait l'envoi d'une mission en Europe char- 
gée d'amener les divers Gouvernements à une entente 
pour la réhabilitation de l'argent. Afin de remettre les 
choses au point et préciser la ligne de conduite du Gou- 
vernement américain, le Directeur de la Monnaie com- 
muniqua le 15 décembre à la presse une note, mettant 
nettement hors de cause les principes de la circulation 
monétaire des Etats-Unis et bornant l'objet des négocia- 
tions, à l'encouragement de la production de l'argent et à 
la stabilisation du marché de ce métal, avec pour corol- 
laire la stabilisation des changes d'Extrême-Orient. 

Cependant, les négociateurs longtemps divisés par la 
question du prix, tendaient peu à peu à se mettre d'accord, 
le cours de 86 cents avait été abandonné, et celui de 
1 dollar l'once parvint à être adopté. Les rumeurs qui 
transpiraient au dehors, donnèrent en mars et avril, une 
grande poussée au marché, qui tendit à réaliser ce cours, 
cependant qu'au début d'avril, le Gouvernement indien ; 
pour éviter que la parité métallique de la roupie dépassât 
sa valeur légale, élevait le taux du change à 1 sh. 6 pence. 
Puis, survint le vote du Pittman A ct. r L'analyse que nous 
en avons déjà faite dans un précédent chapitre, nous dis- 
pense de revenir sur les détails de la teneur de cette loi 
si importante. 11 est bon cependant de faire remarquer, 
afin de prévenir une erreur assez fréquemment rencon- 
trée, qu'aucun de ses articles ne contient de disposition 
fixant directement le prix de l'argent sur le marché mon- 
dial. Les seules dispositions du Pittman Act relatives à un 
cours sont incluses dans les sections 1 et 2 et indiquent que 
le prix de vente de L'argent ne sera point inférieur à 1 dol- 
lar par once de fin, et que d'autre part, les rachats desti- 



172 LÀ HAUSSE DU COURS DE i/ARGENT 

nés à remplacer le métal vendu, se feront au cours fixé 
d'avance de 1 dollar par once de fin. Cependant, la con- 
vention signée en même temps avec la Grande-Breta- 
gne (1), contenait à cet égard une importante disposition : 
la vente d'argent était conclue à condition que l'acheteur 
s'engageât à ne point effectuer d'achats d'argent sur les 
marchés autres que ceux des Etats-Unis à un prix supé- 
rieur à celui du contrat. Ce prix fut d'ailleurs fixé, en raison 
des frais divers de l'opération à $1,01 1/2, le 10 août 1918. 
En même temps le Trésor annonçait une politique de res- 
trictions beaucoup plus sévères relativement à l'octroi des 
autorisations d'exporter : « elles ne seront désormais accor- 
« dées que pour donner satisfaction à des besoins civils ou 
« militaires indispensables à la poursuite de la guerre, et 
a seulement, dans le cas où l'exportateur, certifiera que 
« l'argent destiné à être exporté, a été acheté à un prix qui 
« directement ou indirectement n'est point supérieur à 

« $1,01 1/2 l'once de fin (2) p. 

Ainsi grâce à sa convention avec la Grande-Bretagne et 
l'Inde, ainsi qu'au contrôle de ses exportations, le Gou- 
vernement américain était parvenu à imposer le prix 
maximum de 8 1,01 1/2 non seulement aux Etats-Unis, 
mais même au marché mondial. En même temps, en effet, 
la Gaze tte de Londres publiait le 13 août, un Treasury Order 
daté du 9 août, fixant le prix de l'argent pour le Royaume- 



1. Le texte de cette convention n'a point été publié, à notre con- 
naissance, mais une allusion est faite à cette clause dans une note 
officielle publiée par le Trésor américain, le 10 août 1918. Cf. Fédé- 
ral Reserve Bulletin, 1 er sept. 1918, page 818. 

2. Ce cours s'entendait, l'argent pris à raffinerie si l'affinage avait 
eu lieu aux Etats-Unis, ou pris à la frontière dans le cas de métal 
importé . 



LE CONTROLE ANGLO-AMÉRICAIN DU MARCHÉ 173 

Uni à 48 13/16 pence par once standard, parité du cours 
de $1,01 1/2. 

Durant les mois qui suivirent, la distribution mondiale 
de l'argent fut régie de façon sévère : Etats-Unis et 
Grande-Bretagne songèrent d'abord à donner satisfaction 
à leurs propres besoins, et dans une certaine mesure à 
ceux de leurs alliés, quant aux neutres, leur approvision- 
nement fut très compromis. La situation devint critique 
pour la Chine, qui vit ainsi se fermer devant elle ses sour- 
ces normales d'approvisionnement (1). Privé du correctif 
des importations d'argent, le change chinois s'éleva très 
au-dessus de la parité métallique, le taël de Shanghaï fut 
coté officiellement 5 sh. 6 pence (2) au milieu de septem- 
bre, mais en fait les transactions avaient lieu à des cours 
beaucoup plus élevés encore. D'avril à décembre 1918, 
les stocks d'argent de Shanghaï ne cessèrent de diminuer. 
Cependant les démarches faites au mois de septembre par 
la Chine auprès des puissances étrangères afin d'être auto- 
risée à établir un embargo sur les exportations d'argent, 
de même que des envois s'élevant à un total de 2 millions 
d'onces effectués sur Shanghaï en novembre et décembre 
par suite d'une permission exceptionnelle du Gouverne- 
ment américain, eurent un effet heureux sur le change 
chinois qui, dès le mois d'octobre, commença à bais- 
ser. 

Durant la période de contrôle, le cours de l'argent ne 
subit que de faibles variations (3) tenant toutes en général 

1. Le Gouvernement canadien établit aussi au milieu d'août un 
contrôle sévère des exportations d'argent du pays. 

2. Soit 10 pence au-dessus de la parité métallique. 

3. Depuis le 2 mai 1918 jusqu'au 25 mars 1919 le cours de l'argent 
à Londres ne subit que cinq variations : le 13 mai il fut coté 48 7/8 



174 LA HAUSSE DU COURS DE L ARGENT 

à des réductions dans les taux des frets ou de l'assurance 
pour risques de guerre, qui furent surtout sensibles après 
la signature de l'armistice. 



pence, le 2 juillet 48 13/16, le 21 août 49 1/3, le 12 novembre 48 3/4, 
le 6 décembre 48 7/16. 



CHAPITRE IV 
Mai 1919-Février 1920 

L'ENVOLÉE DES COURS. 

LA LIBÉRATION DU MARCHÉ DE L'ARGENT. 

EXTRÊME DÉVELOPPEMENT DE LA DEMANDE CHINOISE. 

GROS BESOIN DE L'INDE. 



Les mouvements de cours ne reprirent point simultané- 
ment à Londres et à New- York. Le marché de Londres 
trouva en effet le premier, un élément de variation dans 
la liberté rendue à partir du 21 mars 1919 au change 
anglo-américain. Des mesures gouvernementales durent 
adapter le régime en vigueur à cette situation nouvelle et, 
dès le 25 mars, la Gazette de Londres publiait un ordre en 
Conseil fixant désormais le prix de l'argent en Angleterre 
à un taux équivalent au cours de 95 cents par once stan- 
dard, converti en pence au change de la veille. Le cours 
de l'argent à Londres devint ainsi étroitement lié aux 
variations du dollar et ce fut le début d'une hausse qui 
s'accentua tous les j ours . 

Cependant, ce régime hybride ne pouvait longtemps 
durer, d'autant que de fortes pressions exercées outre- 
Atlantique par les producteurs d'argent tendaient à faire 
rapporter une mesure d'exception que des considérations 
militaires n'étaient plus là pour justifier. Le 5 mai, Lon- 
dres apprenait à Timproviste que le contrôle exercé par le 
Gouvernement américain sur le marché de l'argent, venait 



176 LA HAUSSE DU COURS DE L'ARGENT 

de cesser. L'Angleterre n'avait point pris de mesures pour 
parer à ce nouvel état de choses et le marché fut dans la 
confusion pendant plusieurs jours, jusqu'à ce que le 9 mai, 
le Gouvernement britannique, suivît l'exemple du Gouver- 
nement américain. 

Ce brusque retour à la liberté donna une vive impulsion 
au marché. Ce fut en effet après le premier moment de 
stupeur passé, un afflux de demandes venant principale- 
ment du Continent et convergeant vers un marché aux 
réserves restreintes. La cote enregistra des bonds énor- 
mes : le 9 mai s'élevant de 4 7/8 pence passèrent de 
48 5/8 à 53 1/2, prix auquel la cote officielle indiquait 
encore des acheteurs sur les deux marchés du comptant 
et du terme. Le jour suivant le cours de 58 pence au comp- 
tant était enregistré et constituait le niveau le plus élevé 
atteint depuis janvier 1877. 

Dès le 13 mai, le secrétaire d'Etat pour l'Inde avait 
porté de 1 sh. G pence à 1 sh. 8 pence le prix des trans- 
ferts télégraphiques. Cependant, les cours élevés de l'ar- 
gent provoquaient d'abondantes ventes de New- York, 
trahissant ainsi les stocks importants que les producteurs 
américains avaient dû constituer depuis quelque temps 
en prévision d'une hausse. 

Avec le mois de juin 1919 apparut sur le marché un 
nouvel élément de fermeté qui était appelé à exercer une 
action d'une grande ampleur. La Chine commença 
à faire des achats d'une importance croissante, qui 
devaient dominer le marché et pousser les cours jusque 
dans les premiers mois de 1920 à des hauteurs jamais 
encore atteintes. Il est bon de se rappeler à ce sujet que 
durant les années 1916 et 1917, la Chine avait exporté 
une somme nette de près de Hk Tls 50 millions d'argent et 



LE MARCHÉ ET LES PRIX 177 

que la politique restrictive anglo-américaine d'août 1918 
à mai 1919 ne lui avait pas encore permis de reconstituer 
ses stocks. Ses besoins d'argent, avons-nous vu, étaient 
intenses, et alors qu'ils avaient été comprimés depuis un 
temps aussi long, la réaction ne devait être que plus forte. 
Elle fut accentuée encore, par le développement immense 
que prit durant la seconde moitié de 1919 le commerce 
mondial et surtout celui de la Chine en particulier. En 
outre, l'appel fait par la Chine fut encore augmenté par 
une large thésaurisation, conséquence du discrédit des 
monnaies de papier, par l'absorption de la Mongolie et de 
la Sibérie, ainsi que par de grosses immobilisations en des 
spéculations sur les valeurs mobilières sur la place de 
Shanghaï... Malgré des achats incessants effectués avec 
fièvre à New- York et San Francisco, les stocks de Shanghaï 
baissaient toujours. Sur le marché de New- York, une 
enchère dépassait l'autre et les cours s'élevaient chaque 
jour. Londres suivait avec peine ; sur cette place où l'offre 
raréfiée par suite de la faiblesse des envois des Etats- 
Unis était surtout alimentée par des refontes, l'heureux 
détenteur de métal pouvait demander presque n'importe 
quel prix, à peu près certain qu'il serait encore inférieur 
au cours câblé de New- York. 

Dès le 29 octobre 1919 le cours de l'argent atteignait à 
Londres 66 1/2 pence, parité de la monnaie blanche 
anglaise. A un niveau aussi élevé, les bases sur lesquelles 
reposaient les systèmes de monnaies divisionnaires des 
divers pays, étaient complètement bouleversées Au début 
de novembre, pour parer à une exode d'espèces, le Gou- 
vernement britannique prohiba les exportations d'argent, 
sauf autorisation spéciale ; vers la même époque la France 
prit une décision analogue. 

12 



178 LA HAUSSE DU COURS DE l' ARGENT 

Parallèlement à la hausse de l'argent, Flndia Office 
avait porté à des taux de plus en plus élevés le cours de 
la roupie qui, de 1 sh. 6 pence le 11 avril, était passé par 
paliers successifs à 2 sh. 4 pence le 12 décembre 1919. 
Cette docilité de la part d'hommes responsables de la 
direction financière d'un des pays les plus gros consom- 
mateurs d'argent, paraissait donner à cjhaque hausse 
nouvelle une sorte de consécration officielle et une appa- 
rence de stabilité pour l'avenir. En outre, vers cette 
époque, circulait dans la presse anglo-américaine une 
évaluation excessive qui faisait apparaître un énorme 
déficit dans la satisfaction des besoins d'argent (1). 

Le 25 novembre le cours de 76 pence fut atteint et si 
anormal était le nouvel état de choses que le stock d'écus 
de la Banque de France aurait pu avec profit être échangé 
contre de l'or, malgré la prime qui existait alors sur le 
métal jaune. Ce fait indique le gros élément de risque 
qui existait pour le marché à ce cours si élevé. Dès le 
10 novembre d'ailleurs, avec le cours de $ 1.305 par once 
à New-York, la parité du dollar d'argent — $ 1,2929 — 

1 . L'évaluation de M. S. N. Soupkoff publiée dans le Sait Lake Herald 
et reproduite dans le Mining Journal du 12 juillet, fut très largement 
répandue par la presse américaine et acquit ainsi une apparence 
d'autorité. Elle était ainsi formulée : 

Besoins d'argent Millions d'onces 

Frappe de monnaies divisionnaires. . . 60 

Consommation industrielle 75 

Inde 150 

Chine 40 

Afrique . 25 

35Ô~ 

Production 180 

Déficit 170 



LE MARCHÉ ET LES PRIX 179 

fut dépassée et il devint ainsi théoriquement profitable 
à partir de ce moment d'exporter les dollars américains et 
de les vendre sur le marché de l'argent pour leur valeur 
métallique. Une situation aussi exceptionnelle ne pouvait 
laisser le Gouvernement américain indifférent et, en appli- 
cation des dispositions du Pittmann Act, il prit des mesu- 
res pour faire mettre en vente à Shanghaï une partie du 
solde de 350 millions de dollars libérés par l'Act, qui 
n'avaient point encore été utilisés. 



CHAPITRE V 
Mars 1920. 

LA CHUTE DES COURS. 

L'initiative du Gouvernement américain ne fut point 
superflue et mit un frein à l'ardeur spéculative du marché 
de l'argent. Cependant, la hausse n'était point pour cela 
enrayée à Londres. Les mois de janvier et de février 1920 
furent les témoins d'une baisse continue du change anglo- 
américain qui de $ 3,78 (1) le 5 janvier tomba à $ 3,26 le 
4 février, soit une dépréciation de plus de 13 0/0 d'un 
cours déjà 22 0/0 au-dessous du pair. Le prix de l'argent 
à Londres passait dans le même temps de 76 5/8 pence 
à 88 1/4, et devenait ainsi le jouet de ces fortes variations 
de change dont il enregistrait directement tous les mou- 
vements (2). 

Cependant des manifestations de l'instabilité d'une 
situation aussi anormale commençaient à apparaître de 
divers côtés. Dès le début de l'année l'on avait appris 
que le Ministre des Finances du Reich allemand avait 
rapporté le texte prohibant la fonte des monnaies d'argent 
nationales. Au même moment aussi venait la nouvelle de 



1 . En 4918 le cours de la £ était de $ 4,75. 

2. Le maximum de la hausse des cours de l'argent fut 89 1/2 
pence à Londres le 11 février, il avait été de 135 1/2 cents à New- 
York le 29 janvier. 



LE MARCHÉ ET LES PRIX 181 

l'adoption par la seconde Chambre hollandaise d'un pro- 
jet de loi abaissant le titre des monnaies d'argent à 
720 millièmes. La Colonie des Détroits prenait aussi une 
mesure analogue, et dès le 10 février une note officielle 
portait à la connaissance du public, le prochain dépôt par 
le Chancelier de l'Echiquier d'une proposition de loi pour 
réduire de 925 à 500 millièmes le titre des pièces division- 
naires du Royaume-Uni. 

Ce fut une brusque variation de change qui déclencha 
la baisse du cours de Londres. A la nouvelle que l'emprunt 
anglo-français de £ 100 millions contracté aux Etats-Unis 
en 1915 allait être remboursé, un revirement de la spécu- 
lation se produisit, et la £ passa de $ 3,36 1/4 le 25 février 
à $ 3,80 le 11 mars, pour atteindre même $ 4,03 1/4 le 
8 avril. En même temps, le Continent d'ordinaire acheteur 
sur le marché de Londres, lui expédiait de grosses quan- 
tités de métal provenant de refontes de monnaies et d'objets 
divers. Les affineries de Londres submergées par ces 
gros arrivages étaient obligées de demander de longs 
délais. 

Cette place étant ainsi surabondamment pourvue put 
même faire des expéditions à New- York (1), et un fait 
aussi exceptionnel ne fut pas sans influencer défavorable- 

1 . Les statistiques des importations et exportations d'argent de la 
Grande-Bretagne présentent à ce moment un aspect curieux : 

Importations Exportations 

(provenant de vers 

1920 France) Etats-Unis 

Onces troy Onces troy 

Février . . . 598.733 60.908 

Mars. . . . 1.241.689 322.061 

Avril. . . . 1.041.464 242.091 

Chiffres extraits des Monthly accounts relating to trade and navi- 
gation of the United Kingdom. 



182 LA. HAUSSE DU COURS DE l' ARGENT 

ment les cours. En outre, les éléments habituels de soutien 
du marché faisaient défaut : le Gouvernement de F Inde 
avait suspendu ses achats, cependant que les bazars, à qui 
la liberté d'importer de l'argent avait été rendue depuis 
le début de février hésitaient à prendre position en face 
de cours élevés et instables. L'échéance du Nouvel An (1) 
passée, la demande de la Chine fut sensiblement réduite, 
les stocks d'argent dans les ports étaient devenus énor- 
mes, et, au début de mars, ce pays commença même à 
effectuer des ventes qui augmentèrent encore le désarroi 
du marché de Londres. Enfin la crise économique partie 
du Japon ne tarda point à faire sentir ses effets sur l'en- 
semble du monde et entraîna une chute de l'argent plus 
profonde. Les exportations de la Chine et de l'Inde furent 
presque arrêtées, le cours du taël déclina et la roupie ne 
dut un ralentissement de sa baisse qu'à l'intervention du 
Gouvernement indien. 

Aux Etats-Unis le prix de l'argent tomba en mai au- 
dessous de 1 dollar, et l'hésitation mise par la Monnaie à 
effectuer les rachats prévus par le Pittman Act accrut 
encore l'incertitude du marché et la chute des cours. En 
fait, les lenteurs de la Monnaie tenaient à des difficultés 
techniques pour l'application de l'Act, notamment pour 
l'identification du métal acheté. Après des négociations 
laborieuses un arrangement fut adopté et les achats de la 
Monnaie américaine commencèrent dans la troisième 
semaine de juin. A partir de ce moment deux prix furent 
cotés simultanément pour l'argent à New-York : l'un fixe 
de 99 1/2 cents pour l'argent américain (2), l'autre varia- 



4. Le Nouvel An chinois fut cette anhée le 20 février, 
2. Extrait et affiné sur le territoire des Etats-Unis. 



LE MARCHÉ ET LES PRIX 183 

ble, correspondant au cours du marché mondial et qui 
depuis cette époque devait rester toujours inférieur à 1 dol- 
lar. Les rachats en vertu du Pittman Act devant s'élever 
à environ 207 millions d'onces, durant plusieurs années 
la production d'argent des ^Etats-Unis allait être absor- 
bée par l'Etat et se trouver en fait hors du commerce. 
Cette perspective, ainsi que la nouvelle d'achats impor- 
tants par le Gouvernement mexicain pour ses besoins 
monétaires, déterminèrent en juillet et août une hausse 
des cours sur le marché de Londres, mais ce ne fut qu'un 
mouvement passager. Tandis que les ventes du Continent 
persistaient, la situation économique de l'Extrême-Orient 
accentuait encore cette tendance déprimante. En septem- 
bre, le Gouvernement de l'Inde se vit obligé de renoncer 
à soutenir le change de la roupie et vers la même époque, 
aux informations défavorables relatives à la mousson, vint 
se joindre la nouvelle d'une terrible famine qui ravageait 
cinq provinces chinoises. En mars 1921, l'argent atteignit 
le cours de 30 5/8 pence, qui devait être le plus bas de 
l'année. 

La nouvelle de la suspension des paiements de la Ban- 
que Industrielle de Chine qui fut connue au début de 
juillet provoqua en Chine une recrudescence de deman- 
des de remboursements de billets, et bien des banques, 
pour fortifier leur encaisse, durent effectuer d'importants 
achats à Londres. En outre, de bonnes nouvelles relatives 
à la mousson et surtout des achats de l'Inde en contre- 
partie de ventes spéculatives d'or donnèrent une certaine 
activité au marché jusqu'en octobre. Mais un tel mouve- 
ment ne pouvait être de longue durée et en décembre 
1921, les cours retombèrent de nouveau. 

La situation du marché de l'argent est en ce moment 



184 LA HAUSSE DU COURS DE L'ARGENT 

exceptionnelle. Durant deux années encore le Gouverne- 
ment des Etats-Unis va absorber la totalité de la produc- 
tion nationale, et un tel fait pourrait être envisagé comme 
un facteur de hausse si, en regard, on n'y pouvait mettre les 
ventes d'argent effectuées par les divers Gouvernements. 
Abaissements de titres et démonétisations ont mis bien 
des Etats en possession de stocks disponibles d'argent qui 
au cours de l'année 1921 ont accru les quantités de métal 
offertes sur le marché. En revanche, la demande d'argent 
est très réduite. La consommation industrielle souffre de 
la crise économique, la frappe des monnaies blanches a 
partout cessé, et tant que les exportations de la Chine et 
de Tlnde n'auront point retrouvé leur activité d'antan, on 
ne peut espérer ni une hausse durable des cours ni peut- 
être même leur maintien à leur niveau actuel. 



L'AVENIR DE L'ARGENT 



Les importantes variations du cours de l'argent pendant 
la guerre ont bouleversé le marché de ce métal et le sys- 
tème monétaire de bien des nations. La hausse considé- 
rable d'un métal dont on avait coutume de voir les cours 
baisser presque sans arrêt depuis 1872, obligea plusieurs 
Etats à modifier la législation relative à la frappe de leurs 
monnaies divisionnaires. Certains en réduisirent le titre, 
quelques-uns procédèrent à la démonétisation de l'argent, 
d'autres enfin constatant la disparition des monnaies 
blanches, se contentèrent de mesures provisoires — émis- 
sion de faibles coupures ou frappe de jetons — sans 
prendre de décision définitive à cet égard. 

L'instabilité des cours de ces dernières années a donc 
très sensiblement réduit le rôle monétaire de l'argent. 
Dans quelle mesure cet état de choses va-t-il se perpé- 
tuer ? Il est malaisé de le prévoir. Certes la valeur intrin- 
sèque des monnaies divisionnaires fut toujours inférieure 
à leur valeur légale et l'utilisation des métaux communs 
pour la frappe de ces pièces permettrait d'importantes 
économies : cette mesure rendrait disponibles des capi- 



186 LA HAUSSE DU COURS DE L* ARGENT 

taux plus nécessaires que jamais à la vie économique. 
L'adoption d'une telle politique serait au surplus facilitée 
par l'habitude acquise au cours de la guerre, d'utiliser 
des monnaies divisionnaires en papier ou en métaux com- 
muns. Seule la force de la tradition pourrait décider cer- 
tains Gouvernements à reprendre la frappe de l'argent 
lorsque les circonstances le permettront à nouveau. 

De plus l'Extrême-Orient dont la demande exerça une 
action si forte sur le marché de l'argent au cours de la 
guerre, sera vraisemblablement, et longtemps encore, un 
important acheteur. Sans doute, le développement écono- 
mique de ces pays et la prospérité croissante de leurs 
habitants réservent à l'or une place de plus en plus 
grande dans la circulation monétaire tandis que la thésau- 
risation deviendra de pratique moins courante, mais les 
besoins d'argent resteront considérables. Sur de vastes 
espaces le niveau économique des populations ne permet 
qu'une circulation de cuivre qui, elle aussi, cédera d'abord 
la place à un système monétaire à base d'argent. Pendant 
longtemps cette demande nouvelle suffira à compenser la 
préférence donnée à l'or pour la frappe des monnaies, et 
aussi le recul de la thésaurisation. 

L'histoire des siècles passés retrace une évolution 
curieuse du rôle de l'argent dans le monde. Le dévelop- 
pement de la civilisation et de la richesse dans les pays 
occidentaux amena d'abord une augmentation parallèle de 
leur demande d'argent. Puis ce métal parut incapable de 
suffire à assurer des transactions d'une valeur croissante 
et il fut supplanté par l'or. 

Semblable évolution peut se produire en Extrême- 
Orient, et peut-être viendra-t-il une époque où l'argent 
n'aura plus que des usages industriels. Quelque longue que 



LE MARCHÉ ET LES PRIX 187 

doive être cette évolution, les événements de ces dernières 
années n'en auront pas moins marqué une importante 
étape dans l'histoire de l'argent. 



BIBLIOGRAPHIE 



OUVRAGES DIVERS 



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çaise, sous le titre : Le prix de l'argent), Londres, 1920. 

Soetbeer (A.). — Matériaux pour faciliter r intelligence et l'examen 
des rapports économiques des métaux précieux et de la question 
monétaire (traduction française Ruau et Ringeisen), Paris, 1889. 

Sou-Hi-Suen. -- Etude sur la Banque de Chine, thèse, Paris, 1920. 

Touzet (A.). — Les emplois industriels des métaux précieux, thèse, 
Paris, 1910. 



190 LÀ HAUSSE DU COURS DE L*ÀRGENT 

Vissering (Dr G.). — On Chinese currency, 2 vol., Amsterdam, 1912. 
Wagel(S.-R.). — Finance in China, Shanghaï, 1914. 
Wagel (S.-R.). — Chinese Currency and bankiny, Shanghaï, 1915. 
Sfalding (W.-F.). — Eastern exchange, currency and Jinance, 2 e éd., 
Londres, 1918. 



DOCUMENTS OFFICIELS 



A. - RELATIFS A LA PRODUCTION DE L'ARGENT 



Annual Report of the Minister of Mines of Ontario, Ottawa. 

Annual Report of the Minister of Mines of British Columbia, Vic- 
toria. 

Summary Report of the Geological Survey. Department of Mines 
Canada (annuel) Ottawa. 

Minerai Resources of the United States (annuel), Washington. 

Annual Report of the Department of Mines of New South Wales, 
Sydney. 

Annual Statement of the Minister of Mines of New- Zealand, Wel- 
lington. 

Annual Report of the Secretary of the Secretary of Mines ofQueens- 
land, Brisbane. 

Annual Report of the Secretary of Mines of Tasmania, Hobart. 

Year-Book of the Commonwealth of Austral ia t Londres. 



B. — RELATIFS A LA DEMANDE ET AU MARCHÉ 
DE L'ARGENT 



Rapport annuel de l'Administration des Monnaies et Médailles, 
Paris. 

Rapport annuel de la Commission de contrôle de la circulation moné- 
taire, Paris. 

Annual Report of the Director of the U. S. Mint and Report on the 
Production of the Precious Metals, Washington. 



BIBLIOGRAPHIE 191 

Monthly summary of the Foreign Commerce of the United States, 

Washington. 
Congressional Record, Sixty-fifth Congress. Second session. 
Vol. LVI, n° 106 (Senate). 

Vol. LVI, no 408 (Représentatives), Washington. 
Daily Consular and Trade Reports (1), Washington. 
Reports of the Commission on International Exchange, 1 vol. 1903; 

1 vol., 1904, Washington. 
Annuaire économique et financier du Japon, Tokio. 
China. The Maritime Customs. Returns of Trade and Trade Reports , 

8 vol. (annuels), Shanghaï. 
Annual Report of the Deputy Master and Comptroller of the Mint of 

the United Kingdom, Londres. 
Monthly accounts relating to trade and navigation ofthe United King- 
dom, Londres. 
India Office. Retum of Correspondence with the Bank of En gland 

and Messrs. Samuel Montagu and Company, relating to the Purcha- 

ses of Silver, in 1912, Londres, 1912. 
Royal Commission on Indian Finance and Currency, 1913-1914. 

Minutes of Evidence, 2 vol.; Appendices, 3 vol.; Final Report, 

1 vol.; Index, t vol., 1914, Londres. 
Commitlee on Indian Exchange and Currency, 1919, 4 vol. {Report, 

Minutes of Evidence, Appendices, Index), 1920, Londres. 
Report on the Opérations of the Currency Department, the Movement 

of Funds and on the Resource Opérations of the Government of 

India (annuel), Calcutta. 
Indian Financial S tatement and Budget (annuel), Calcutta. 
Review ofthe Trade of India (annuel), Calcutta. 
Annual S tatement of the Sea-borne Triade of British India, Calcutta. 
Priées and Wages in India (annuel), Calcutta. 
Index numbers of Indian Priées, 1861-1918, Calcutta, 1919. 

1 . Cités au cours de l'ouvrage sous le titre abrégé de Commerce 
Reports. 



192 LA HAUSSE DU COURS DE L'ARGENT 



PUBLICATIONS PÉRIODIQUES 



A. — DE LANGUE FRANÇAISE 

Bulletin du Comité de l'Asie Française (mens.). 

Economiste Français (hebd.). 

Economiste Européen (hebd.). 

Information (quot.). 

Journal des Economistes (mens.). 

Journal de la Société de Statistique de Paris mens.) . 

Revue économique internationale (mens.), Bruxelles. 

Revue d'Economie Politique (trim.). 

Rapport annuel de la Banque de V Indo-Chine. 

B. - DE LANGUE ANGLAISE 

American Economie Review (mens.), New-Haven (Etats-Unis). 

Bankers Magazine (mens.), Londres. 

China Year-Book (ann.), Londres. 

Chartered Bank of India and China (rapport annuel). 

Economie Journal (mens.), Londres. 

Engineering and Mining Journal (hebd), New-York. 

Fédéral Reserve Bulletin (mens.), New-York. 

Hong-Kong and Shanghaï Banking Coiyoration (rapport annuel). 

Journal of the Royal Statistical Society (mens.), Londres. 

Manchester Guardian (quot.), Londres. 

Manchester Guardian Commercial (hebd.), Londres. 

Minerai Industry (ann.), New-York. 

Mining and Scientijic Press (hebd.), San Francisco. 

Morning Post (quot.), Londres. 

North-China Herald (hebd.), Shanghaï. 

Quarterly Journal of Economies (trim.), Cambridge (Etats-Unis). 

Statist (hebd.), Londres. 

Times (quot.), Londres. 

Times Tirade Supplément (hebd.), Londres. 

Circulaires des courtiers en métaux précieux de Londres : Mocatta 

and Goldsmid, Samuel Montagu and Co, Pixley and Abell, Sharps 

and Wilkins. 
Rapports annuels des principales Sociétés minières productrices 

d'argent au Canada, Etats-Unis, Mexique, Australasie. 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages 
Introduction 1 



PREMIERE PARTIE 
LA PRODUCTION 

Chapitre I. — Minerais et gisements d'argent 3 

Chapitre II. — Canada. L'épuisement des gisements de 

Cobalt . 7 

Chapitre III. — Ausiralasie . La guerre ralentit le traitement 

des minerais 12 

Chapitre IV. — Mexique. La guerre civile y détermine une 

chute de la production 49 

Chapitre V. — Etats-Unis. Décroissance des quantités pro- 
duites malgré la hausse des cours. — 
Conditions locales de la production de 
l'argent. — Généralisation : Application 
à la production mondiale 24 

DEUXIÈME PARTIE 
LA DEMANDE 

Chapitre I . — La consommation industrielle des pays occi- 
dentaux 39 

13 



194 LA HAUSSE DU COURS DE i/ARGENT 

Pages 
Chapitre II. — La frappe monétaire des pays occidentaux . 45 

Chapitre III. — La demande indienne » 55 

I. La demande d'argent de l'Inde avant 
1914. Son importance.— Les premières 
années de la guerre et la désorgani- 
sation du commerce extérieur de 
l'Inde 55 

II. 1916 et 1917. Les besoins croissants d'ar- 

gent et les difficultés monétaires du 
Gouvernement indien 65 

A. Développement de la demande de 
roupies dans l'Inde 66 

1. Arrêt des importations d'argent 

pour le compte des particuliers . 66 

2. Diminution notable des importa- 

tions d'or 69 

3. Solde favorable de la balance du 

commerce extérieur 73 

4. Paiements effectués par le Gouver- 

nement de l'Inde pour le compte 

du Gouvernement anglais ... 75 

5. Hausse des prix 76 

B. Mesures prises par le Gouvernement 

pour y faire face 77 

1 . Hausse du change 78 

2. Gros achats d'argent sur divers 

marchés 78 

3. Restriction des ventes de Council 

bills et contrôle du change et des 
exportations 80 

4. Expansion de la circulation fidu- 

ciaire 82 

5. Ventes d'or 84 

III. 1918. La crise monétaire. — Achat au 

Gouvernement américain de 200 mil- 
lions d'onces d'argent (Pittman Act) . 86 
IV. 1919 et 1920. L'absorption continue de 
roupies. — La réunion d'une Commis- 
sion de réforme monétaire puis la crise 
économique mondiale de 1920 et l'ar- 



TABLE DES MATIÈRES 195 

Pages 
rêt des achats d'argent du Gouverne- 
ment indien 92 

Chapitre IV. — La demande chinoise 100 

I. La complexité du problème monétaire 

en Chine 100 

IL 1914-1915. Arrêt des importations d'ar- 
gent en Chine. — Concentration de 
fortes réserves d'argent dans les ban- 
ques de Shanghaï et de Hong-Kong . 106 

III. 1916-ler semestre 1917. Les ventes d'ar- 

gent à l'Inde. — La spéculation sur 

l'or 114 

IV. Juillet 1917-Mai 1919. Le grand besoin 

d'argent de la Chine . — L'état de son 
commerce extérieur, puis le contrôle 
anglo-américain du marché de l'argent 
l'empêchent de lui donner satisfac- 
tion 118 

V. Mai 1919-Mai 1920. Libération du marché 
de l'argent.— Expansion de la demande 
chinoise 128 



TROISIEME PARTIE 
LES STOCKS 

Chapitre I. — Stocks commerciaux et stocks monétaires. 

Evaluations 138 

Chapitre II. — Le Pittman Act (23 avril 1918) 142 

Chapitre III. — Refontes clandestines de monnaies. — Apport 
sur le marché d'objets en argent. — 
Ventes de métal provenant de refontes 
légales (abaissements de titre, démoné- 
tisations) 150 



196 LA HAUSSE DU COURS DE L'ARGENT 

QUATRIÈME PARTIE 
LE MARCHÉ ET LES PRIX 



Pages 



Chapitre I . — Londres, centre des transactions sur l'argent. 

— La première année de la guerre et la 
désorganisation du marché 154 

Chapitre II. — Août 19 15-Avrit 1918 . La hausse des cours. 
Le développement des besoins monétai- 
res dans les pays occidentaux et dans 
l'Inde. — Le déplacement du marché de 
l'argent de Londres à New- York et San 
Francisco 164 

Chapitre III. — Avril 1918-Mai 1920. Le contrôle anglo- 
américain du marché de l 'argent. 
La crise indienne et le vote du Pittman Act. 

— La fixation d'un prix maximum aux 
Etats-Unis et en Angleterre .... 169 

Chapitre IV. — Mai 1919-Février 1920. L'envolée des cours. 
La libération du marché de l'argent. — 
Extrême développement de la demande 
chinoise. — Gros besoins de l'Inde . . 175 

Chapitre V. — Maj*s 1920. La chute des cours .... 180 

L'avenir de l'argent 185 

Bibliographie 189 



IMPRIMERIE BARNEOUD. 



1914 



1915 



1916 



1917 



1918 



1919 



1920 



1921 



ÏS; 



200 
8 
6 

2 

190 

8 

6 



2 
140 



F =: 



GRAPHIQUE A/?/ 

(Moyennes mensuelles) 

Cours de /' 'argent a Londres _ en pence. 
Cours de l'argent à New-York- en cents. 
Cours de la roupie à Londres _ en pertce. 
Cours a fi/ew- York de l'argent produit aux Ststs-Unis . en cents. 



i 



Nota.. Londres cote l'once troy d'argent au titre standard(^) 
New-York cote l'once troy d'argent au titre de j^- 

Pour cette dernière place, la courbe est établie 
d'après la cote publiée pari 'Inynemn^ and Mining Journal. 



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1915 1916 1917 


1918 1919 1920 


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6 GRAPHIQUE n?2 








2 Extrait du Fédéral Reserve Bulletin 




230% (I* r sept.etl« r déc.igi8, nov. iqzo) 








e Variations en % 














220° 












7 ~~* i : 


2 Cours de l'argent a New-York. 






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^ .+.+..!»+: Cours de la £ à New-York. 




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